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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Calvin et les migrants : la responsabilité d’un chrétien

mercredi 24 février 2016, par :

À l’heure où l’Angleterre est capable de contempler froidement sa sortie hors de l’Union Européenne, il ne nous est plus possible de nier l’ampleur de la crise que nous traversons. À l’heure où nos valeurs les plus hautes se négocient comme des titres de bourse, il ne nous est plus possible de négliger la fissure qui s’est déclarée au cœur de l’Europe. Il aura suffi d’un million de réfugiés pour que prennent peur sept cent millions d’hommes libres.

L’accueil des réfugiés suscite néanmoins le trouble et l’indécision chez beaucoup de chrétiens français. Accorder l’hospitalité pleine et entière aux étrangers apparaît encore comme une question optionnelle, épineuse voire irréaliste qu’un chrétien serait bien avisé de traiter avec circonspection. Jusque dans ces pages (ici), on trouve au nom d’une éthique de la responsabilité un appel à une « Realpolitik chrétienne » — ironie des mots, grâce auxquels Bismarck peut serrer la main de Jésus, alors que dans les faits la Realpolitik n’est que le christianisme enseveli. Un pasteur nous invite à considérer une série de mesures parmi lesquelles la création de « camps de réfugiés provisoires mais suffisamment confortables » (!) dans lesquels les migrants pourront vivre et s’organiser, pourvu qu’ils le fassent entre eux. Un ghetto, certes, mais avec tout le confort moderne : voilà la nouvelle devise du christianisme social.
Peut-on accepter qu’un chrétien puisse ruminer le Sermon sur la Montagne tout en étant entendu qu’il ne l’appliquera pas lorsque la situation politique ne s’y prêtera plus ? À cette aune-là, on peut être bien certain qu’il ne l’appliquera jamais, car la politique ne tend pas l’autre joue, elle ne marche pas deux lieues quand elle peut n’en faire qu’une. Tout au plus aurons-nous un commandement d’amour pour le « prochain », et nos sympathies navrées pour les lointains. Littéralement un « christianisme des familles », tant il est plus facile d’aimer ceux qui nous aiment.
Il y a donc un malentendu quant à ce/ceux dont nous sommes responsables en tant que chrétiens. Comme si cette question de l’accueil du migrant n’avait pas déjà été tranchée une fois pour toutes et depuis des siècles par l’Évangile. Comme si l’on pouvait être chrétien et ne pas accorder l’hospitalité pleine et entière aux étrangers, être chrétien et ne pas œuvrer à la réalisation de cette hospitalité toutes les fois et si peu que cela nous soit possible. C’est pour dissiper ce malentendu — un malentendu qui risque tout de même d’engloutir l’Europe — qu’il faut en revenir aux fondamentaux.
Revenir aux fondamentaux, pour un protestant, c’est se remémorer l’intention spirituelle qui fut à l’origine de la Réforme. Ce procédé d’anamnèse est un trait propre à la tradition réformée : c’est en se souvenant de sa propre histoire que l’on éclaire l’action présente. Lorsqu’on demande à cette institutrice pourquoi elle accueillit des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, elle répond que ces « nouveaux persécutés » rejouent à leur tour ce que sa propre famille avait subi pendant les guerres de religion.
Pourtant, nul ne songe à appliquer le même raisonnement concernant la situation des réfugiés. On l’a oublié, mais les réformés sont un peuple de migrants : lorsque Jean Calvin entra à Genève en 1541 pour y établir la Réforme, il fit de cette ville un refuge pour des milliers de persécutés. Prise entre eau et montagne et dans les tourments du siècle, cette obscure république de 12 000 âmes vit déferler sur elle une vague d’immigration sans commune mesure avec celle que connaît actuellement n’importe quel pays européen . Genève en dix années avait doublé de taille. Elle s’était boursoufflée de bâtiments auxquels il avait fallu ajouter en hâte un étage au-dessus de l’autre, mais elle était debout.
Nous dira-t-on qu’il s’agissait d’accueillir des frères chrétiens, et non de véritables étrangers ? Mais ce serait mal comprendre la xénophobie avec laquelle les réfugiés étaient accueillis. Non seulement ils accouraient des quatre coins de l’Europe, ce détail seul ayant suffi à les rendre haïssables, mais beaucoup étaient luthériens ou moins encore, c’est-à-dire à peine chrétiens. Certes, la plupart étaient Français, mais qu’est-ce qu’un Français pour un Suisse du XVIe siècle ? L’ennemi héréditaire dont il vient tout juste de secouer le joug. De fait, les grandes tribulations que Calvin rencontra dans son ministère, il les valut aux vieux Genevois effrayés par ce Français rameutant d’autres Français. La Réforme dû se construire en imposant l’idée que l’homme était de Dieu avant qu’être d’un pays.
Les réfugiés qui furent aux portes de Genève désormais frappent aux portes de l’Europe. Ils ne viennent plus de la France sanglante au vêtement déchiré dont parlait d’Aubigné, mais de Syrie ou d’autres pays encore où la misère tue plus sûrement que la guerre. Ils sont les « nouveaux persécutés », et nous avons le choix entre jouer le rôle du vieux Genevois accroché à son indépendance ou celui de Calvin et de ses ministres. Ces derniers étaient confrontés à des défis qui passaient de loin les nôtres. Pourtant ils n’ont pas séparé les chrétiens de plein droit des chrétiens de loin, ils n’ont pas reçu ceux-ci à la condition qu’ils repartent. Ils ont accueillis d’abord en (s’)accommodant ensuite, tant il est vrai qu’on n’accomplit rien de grand en politique sans supposer d’abord le problème résolu.
Être responsable, ce n’est pas renoncer aux valeurs au nom de la réalisation de buts politiques ; la responsabilité est l’engagement pour ces valeurs-là dont on décide qu’elles doivent prioritairement s’inscrire dans le réel. La seule Realpolitik chrétienne, c’est celle qui refuse la réalité de la frontière au profit de la réalité humaine qui pousse à la franchir. Une fois la politique remise sur ses pieds, on peut alors mettre en œuvre les solutions pragmatiques pour accommoder celui qui vient, et qu’on n’attendait pas. Quitte à ajouter quelques étages à nos immeubles. On trouait bien les toits pour écouter le Christ.

  • #1 Le 25 février 2016 à 16:25, par Marout

    Bel article.
    Romantique à souhait.
    Mais plein de questions. En quoi y a t’il besoin d’une foi ou d’une doctrine pour tendre la main à un frère en humanité ? Les textes de foi doivent-ls être lu à la lettre première ? En quoi Matthieu 25 est-il préférable à Marc 7 et à la force de la syro-phénicienne d’évangéliser le Jésus méprisant de prime abord ?
    Quand à Calvin... n’oublions jamais qu’il fut admirable d’hospitalité avec Miguel Servet... Et sa théocratie en la belle année de 1555 pleine d’expulsions, d’exécutions ? C’est Matthieu 25 et sa géhenne (pardon ces camps de rétention) ? Effectivement comme vous le dites : "Ils ont accueillis d’abord en (s’)accommodant ensuite, tant il est vrai qu’on n’accomplit rien de grand en politique sans supposer d’abord le problème résolu. " Du Cameron ou De Cazeneuve dans le texte. Du Rocard (calviniste s’il en est) : Nous ne pouvons accueillier ect...". Le chrétien ne franchit pas la frontière...il est d’ailleurs : citoyens des cieux dit Paul le prématuré. Un vrai communard ! La commune c’est pas une frontière c’est être et produire local en vue de la république universelle... Celle de l’inter-nationalisme, sorte de royaume des cieux, qui n’a rien à voir avec le sanfrontièrisme libéral que porte aujourd’hui toutes les nouvelles dames patronesses... Celles qui veulent que le migrant qui n’est pas mort sous les bombes deviennent le déchet du marché roi ( un veau d’or ?). Bien à vous.


  • #2 Le 26 février 2016 à 13:00, par Philippe Vinsonneau

    les patronymes de mes aïeux ont des consonances anglaise, allemande, suisse, irlandaise… Ils ont posé leurs baluchons il y a plus de deux siècles sur les quais de ce qui fut un grand port, afin d’y reconstruire leurs vie endommagées, car la vérité c’est qu’ils ont fuient la faim, la misère, les violences d’un temps peu œcuménique et surtout les guerres… ils sont partis des quatre coins de l’Europe - eux aussi à pied - avec eux aussi l’espoir au ventre d’être accueillis sans rejet par cette ville, de cette nation au moment tout juste entrain de graver aux frontons de ses édifices les mots Liberté, Égalité Fraternité. Ils se sont rassemblés autour de leur Foi et bâti leur Temple. Ainsi entre les intimidants murs de pierres des Chartrons ils ont partagé baptêmes, communions, unions, liturgies et deuils. Puis la guerre a poussé à Bordeaux d’autres enfants depuis l’Italie, l’Espagne, l’Indochine, l‘Afrique. Aujourd’hui à leur tour de nouveaux frappent à notre porte depuis l’Iran, la Syrie.. c’est compliqué de faire encore un peu de place mais on devrait pouvoir y arriver, à condition de ne pas se tromper d’ennemi et de saisir là où cela est nécessaire le partage, car voyez vous il est grand temps non plus de réformer l’Église chrétienne, mais le monde dans lequel nous vivons. Des milliers d’enfants, oui des enfants… meurent chaque jour parce qu’ils n’ont pas un euro pour un vaccin tandis que des gros lards pourris comme les dix premières fortunes de France qui représentent 16 % du produit national brut se roulent dans la fange libéraliste. Votre chronique est pleine d’enthousiasme mais permettez moi aujourd’hui de hurler : aux armes citoyens !


  • #3 Le 26 février 2016 à 23:50, par CHEL Gabriel

    A propos de réalpolitik : « Le réalisme, c’est précisément le bon sens des salauds »
    Georges Bernanos


  • #4 Le 10 mars 2016 à 09:38, par mehdi mountather

    Ces séismes en Maroc et l’augmentation des séismes dans le monde signe de la fin du monde en islam si la fin du monde Mars 2016 aux non musulmans de se convertir a l’islam et aux musulmans d’appliquer le Coran a 100% pour éviter la panique l’enfer et pour éviter Daech Boko Haram et leurs fondateurs a l’enfer ALLAH dit ( Quiconque recherche en dehors de l’islam une autre religion, celle-ci ne sera point acceptée de Lui , et dans l’autre monde, il sera du nombre des réprouvés.) verset 85 sourate Al-i’Imran merci.



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