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	<title>...Se r&#233;clamant du christianisme social</title>
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		<title>...Se r&#233;clamant du christianisme social</title>
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		<title>La ruine des consciences avant &#171; l'&#226;ge de pierre &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Nu&#241;ez</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>

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&lt;p&gt;Lorsque, en conf&#233;rence de presse, Donald Trump a &#233;voqu&#233; la possibilit&#233; de &#171; renvoyer l'Iran &#224; l'&#226;ge de pierre &#187;, il ne faut pas entendre l'une de ces outrances dont il a fait un style politique. D'ailleurs, il a prolong&#233; cette menace sur son propre r&#233;seau social en parlant d'envoyer d&#233;sormais l'Iran &#171; en enfer &#187;. Ces phrases doivent &#234;tre prises &#224; la lettre de ce qu'elles rendent pensable : non pas une simple pression diplomatique accrue, mais l'hypoth&#232;se assum&#233;e d'une destruction des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.christianismesocial.org/local/cache-vignettes/L150xH145/jpn-2-7b92d.png?1780246760' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lorsque, en conf&#233;rence de presse, Donald Trump a &#233;voqu&#233; la possibilit&#233; de &#171; renvoyer l'Iran &#224; l'&#226;ge de pierre &#187;, il ne faut pas entendre l'une de ces outrances dont il a fait un style politique. D'ailleurs, il a prolong&#233; cette menace sur son propre r&#233;seau social en parlant d'envoyer d&#233;sormais l'Iran &#171; en enfer &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces phrases doivent &#234;tre prises &#224; la lettre de ce qu'elles rendent pensable : non pas une simple pression diplomatique accrue, mais l'hypoth&#232;se assum&#233;e d'une destruction des conditions m&#234;mes de la vie sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fait s'inscrit dans une s&#233;quence d&#233;j&#224; satur&#233;e par la logique guerri&#232;re : apr&#232;s Gaza comme seuil de l'acceptable, apr&#232;s l'extension du conflit au Liban, apr&#232;s la banalisation des frappes dites pr&#233;ventives, la menace contre l'Iran ne surgit pas comme une rupture, mais comme l'&#233;largissement d'un vocabulaire d&#233;j&#224; acclimat&#233; &#224; la destruction totale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est vis&#233; ici n'est pas d'abord le r&#233;gime des mollahs dans sa seule dimension politique ou militaire. Dire &#171; l'&#226;ge de pierre &#187;, puis &#171; l'enfer &#187;, c'est viser l'ensemble de la soci&#233;t&#233; iranienne dans sa texture concr&#232;te : ses centrales, ses r&#233;seaux, ses h&#244;pitaux, ses routes, ses syst&#232;mes de soin, ses circuits alimentaires, ses moyens de communication &#8212; autrement dit tout ce qui permet &#224; une collectivit&#233; humaine de demeurer une soci&#233;t&#233; plut&#244;t qu'un espace de survie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les paroles de Trump installent dans la langue du pouvoir l'id&#233;e qu'un peuple entier peut &#234;tre reconduit &#224; l'effondrement de ses m&#233;diations vitales. Elles rendent pensable l'an&#233;antissement des conditions civiles d'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour imaginer la destruction totale des infrastructures d'un pays, il faut que ceux qui y vivent aient d&#233;j&#224; cess&#233; d'appara&#238;tre comme des sujets de droit et de vuln&#233;rabilit&#233;. Ils deviennent une masse strat&#233;gique, absorb&#233;e dans la cat&#233;gorie hostile de &#171; l'ennemi &#187;. La population civile, les enfants, les malades, les &#233;coles, les h&#244;pitaux, les r&#233;seaux d'eau et d'&#233;lectricit&#233; se trouvent symboliquement fondus dans une m&#234;me totalit&#233; &#224; frapper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous touchons ici au point o&#249; le droit se brise, et avec lui l'id&#233;e m&#234;me d'un monde commun habitable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce point de rupture n'est d'ailleurs pas propre &#224; Donald Trump ; on le retrouve, sous des formes diverses, chez d'autres dirigeants qui, de Washington &#224; Tel-Aviv, de T&#233;h&#233;ran &#224; Moscou, acclimatent eux aussi dans la langue du pouvoir la possibilit&#233; de la destruction civile. Trump, encore lui, d&#232;s le d&#233;but du mois de janvier, affirmait n'avoir pas &#171; besoin du droit international &#187; et que la seule limite &#224; son pouvoir r&#233;sidait dans sa &#171; propre moralit&#233; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, ce qui a chang&#233; avec l'embrasement du Moyen-Orient, c'est le m&#233;pris fanfaron avec lequel les &#201;tats-Unis, Isra&#235;l &#8212; et m&#234;me l'Iran &#8212; rejettent, moquent ou bafouent les normes internationales prot&#233;geant les civils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'il devient &#224; nouveau possible de parler la langue de l'an&#233;antissement, ce ne sont pas seulement Gaza, le Liban, l'Iran ou d'autres zone du monde qui sont menac&#233;s. Le plus inqui&#233;tant est ailleurs : le droit international, d&#233;j&#224; longtemps fragilis&#233;, ne sert m&#234;me plus de sc&#232;ne oblig&#233;e o&#249; les puissances devaient encore feindre la retenue. C'est dans cette disparition m&#234;me du d&#233;tour justificatif que commence une accoutumance morale qui atteint d&#233;sormais les consciences elles-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gaza a servi de seuil. Des zones enti&#232;res du Liban sont aujourd'hui d&#233;truites par Isra&#235;l &#171; en prenant Gaza comme mod&#232;le &#187;, selon une logique o&#249; le plan m&#234;me de destruction se pr&#233;sente comme une voie vers la paix. Ce point est d&#233;cisif : nous ne sommes plus seulement face &#224; la violence brute des op&#233;rations militaires, mais devant une grammaire politique o&#249; la ruine m&#233;thodique d'un territoire peut encore se dire dans le vocabulaire de la stabilisation et de la s&#233;curit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, lorsque un propos, comme celui de Donald Trump, reprend ici, &#224; propos de l'Iran un lexique d'&#233;crasement civilisationnel, cette parole n'arrive plus comme l'impensable. Elle trouve un terrain d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233; par des mois de normalisation de la violence de masse, au cours desquels la langue guerri&#232;re s'est progressivement substitu&#233;e &#224; la langue du droit. &#171; Paix par la force &#187;, &#171; droit de se d&#233;fendre &#187;, &#171; frappe pr&#233;ventive &#187;, &#171; restauration de la dissuasion &#187;, &#171; s&#233;curit&#233; des alli&#233;s &#187; : autant de formules reprises en boucle par les m&#233;dias et les chancelleries, qui fonctionnent d&#233;sormais comme les op&#233;rateurs linguistiques par lesquels l'Empire transforme une guerre d'agression en n&#233;cessit&#233; strat&#233;gique. Le mot ne sert plus &#224; qualifier le r&#233;el ; il sert &#224; le rendre acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus inqui&#233;tant n'est alors peut-&#234;tre plus la violence elle-m&#234;me, mais notre adaptation &#224; son annonce.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car enfin, o&#249; sont pass&#233;es les voix qui, hier encore, savaient reconna&#238;tre dans le langage et les faits de la guerre les signes avant-coureurs de l'imp&#233;rialisme, de l'agression et du crime contre les civils ? O&#249; sont les traditions non violentes, les consciences anti-imp&#233;riales, les d&#233;fenseurs des droits humains, les intellectuels critiques, les autorit&#233;s morales et religieuses qui avaient fait de la vigilance une exigence politique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus grave n'est peut-&#234;tre pas seulement que les expressions de massacres reviennent au sommet des &#201;tats. C'est qu'elles ne rencontrent plus, en face d'elles, une force symbolique capable de les interrompre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, les rapports existent, les communiqu&#233;s se succ&#232;dent, les alertes s'accumulent. Mais ce qui semble s'&#234;tre affaibli, c'est la capacit&#233; m&#234;me du langage des droits &#224; produire encore du scandale. Le droit survit parfois comme proc&#233;dure, comme documentation, comme archivage minutieux de la catastrophe, pendant que s'efface la force proph&#233;tique qui faisait autrefois de la d&#233;fense des civils une parole capable d'interrompre le pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement dit, le langage des droits demeure, mais la conscience qui lui donnait sa puissance se retire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce retrait est peut-&#234;tre le sympt&#244;me le plus profond de notre moment historique. Une civilisation ne se mesure pas seulement &#224; la solidit&#233; de ses institutions ou &#224; la pr&#233;cision de ses normes. Elle se mesure &#224; la vitalit&#233; de ses contre-pouvoirs moraux : ces traditions, ces mouvements, ces voix qui savent dire NON avant que le pire ne devienne irr&#233;versible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque les mouvements non violents se taisent, lorsque les critiques de l'imp&#233;rialisme n'identifient plus l'Empire, lorsque les d&#233;fenseurs des droits humains parlent encore sans parvenir &#224; recr&#233;er l'effroi moral, alors quelque chose de plus grave qu'une crise g&#233;opolitique se produit.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la d&#233;sertion des consciences critiques elles-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et cette d&#233;sertion cr&#233;e autour de la violence un vide symbolique dans lequel les pouvoirs peuvent de nouveau parler la langue de l'an&#233;antissement sans rencontrer la r&#233;sistance qui, autrefois, faisait encore obstacle &#224; sa normalisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus grave n'est donc peut-&#234;tre pas seulement ce que disent les puissants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus grave est que ceux dont la vocation historique &#233;tait de nommer l'imp&#233;rialisme, de prot&#233;ger les civils et de d&#233;fendre le droit semblent d&#233;sormais parler trop bas &#8212; ou ne plus parler du tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pr&#233;cis&#233;ment ce vide moral que l'histoire du XXe si&#232;cle avait tent&#233; d'emp&#234;cher de se reformer. Car elle nous a appris une chose essentielle : le crime ne commence jamais avec les ruines. Il commence dans l'espace symbolique o&#249; sa possibilit&#233; cesse d'&#234;tre imm&#233;diatement repouss&#233;e. Nous l'avons oubli&#233;, mais tout l'h&#233;ritage de Nuremberg tient dans cette le&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime contre la paix ne d&#233;signe jamais le seul instant de l'explosion ni l'image finale des villes en cendres. Il commence bien avant, dans la cha&#238;ne presque invisible des d&#233;cisions, des justifications, des ob&#233;issances, des prudences institutionnelles, des complicit&#233;s internationales, des fournitures des moyens et des silences diff&#233;r&#233;s qui rendent pensable puis praticable la destruction du tissu civil. Avant les immeubles effondr&#233;s, il y a les mots qui acclimatent la violence ; avant les colonnes d'exil&#233;s, il y a les doctrines qui absorbent l'eau, l'&#233;lectricit&#233;, les h&#244;pitaux et les &#233;coles dans la cat&#233;gorie indistincte de la menace ; avant les enfances amput&#233;es, il y a toujours une soci&#233;t&#233; qui s'est habitu&#233;e &#224; entendre la ruine comme une hypoth&#232;se de s&#233;curit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous croyons parfois n'&#234;tre que les spectateurs lointains de ces bascules. Mais l'histoire enseigne l'inverse : les crimes de masse n'ont jamais seulement besoin d'armes, ils ont besoin d'une zone grise faite de fatigue morale, de fragmentation des causes, de proc&#233;dures qui temporisent et de voix qui pensent pouvoir parler plus tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi les ruines ne sont jamais l'instant final d'un crime, mais son inscription dans la dur&#233;e. Les ruines ne sont jamais seulement des pierres : elles deviennent des institutions manquantes, des enfances amput&#233;es, des fronti&#232;res sans retour et des g&#233;n&#233;rations enti&#232;res condamn&#233;es &#224; h&#233;riter non d'un monde, mais de son humanit&#233; perdue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui sommes-nous pour &#244;ter la dignit&#233; aux personnes &#233;trang&#232;res ?</title>
		<link>https://www.christianismesocial.org/spip.php?article754</link>
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		<dc:date>2026-02-03T17:47:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine-Marie P. </dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Vivre ensemble</dc:subject>
		<dc:subject>Femmes, hommes</dc:subject>
		<dc:subject> Culture &#233;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Foi, la&#239;cit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cet article propose une lecture chr&#233;tienne de la situation des personnes &#233;trang&#232;res confront&#233;es &#224; des politiques de traque et d'expulsion, notamment aux &#201;tats-Unis. En s'appuyant sur la notion de dignit&#233; humaine, les textes bibliques et la tradition chr&#233;tienne, il interroge les cons&#233;quences humaines, morales et spirituelles de pratiques qui engendrent peur, d&#233;shumanisation et rupture des liens familiaux. Il invite les croyants &#224; un discernement &#233;thique et &#224; un engagement fond&#233; sur la justice, la compassion et l'esp&#233;rance &#233;vang&#233;lique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?mot82" rel="tag"&gt;Femmes, hommes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?mot229" rel="tag"&gt; Culture &#233;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?mot232" rel="tag"&gt;Foi, la&#239;cit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Traqu&#233;es, menac&#233;es d'expulsion, souvent r&#233;duites au silence par la peur, des personnes &#233;trang&#232;res peuvent vivre l'exp&#233;rience de la perte de leur dignit&#233;. Cet article interroge des pratiques qui conduisent parfois &#224; une d&#233;shumanisation. De qui devons-nous avoir peur ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;alit&#233; contemporaine peu engageante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En occident, des milliers de personnes &#233;trang&#232;res ont tout quitt&#233; (maison, famille, etc.) en esp&#233;rant avoir une vie meilleure, malgr&#233; la crainte permanente d'&#234;tre arr&#234;t&#233;es. Aux &#201;tats-Unis, la chasse &#224; l'individu est devenue particuli&#232;rement violente &#224; la suite d'op&#233;rations men&#233;es par l'&lt;i&gt;Immigration and Customs Enforcement&lt;/i&gt; (ICE). Cette r&#233;alit&#233; rel&#232;ve d'un d&#233;bat politique, &#233;conomique mais engage profond&#233;ment la question de la dignit&#233; humaine. Pour les chr&#233;tiens, cette situation &#233;thique et spirituelle interroge directement la vision biblique de la personne humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dignit&#233; humaine : une valeur historique et universelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emprunt&#233; au latin &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt;, signifiant &#171; &lt;i&gt;estime, consid&#233;ration ; honorabilit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. La dignit&#233; induit le respect de l'autre. La notion de dignit&#233; de la personne humaine, en droit international, a &#233;t&#233; introduite dans la D&#233;claration universelle des droits de l'homme de 1948 qui reconna&#238;t que tous les &#234;tres humains poss&#232;dent une &#171; &lt;i&gt;dignit&#233; inh&#233;rente&lt;/i&gt; &#187; (Pr&#233;ambule) et qu'ils &#171; &lt;i&gt;naissent libres et &#233;gaux en droits et en dignit&#233; &lt;/i&gt; &#187; (article 1er). Cet aspect juridique m&#233;rite d'employer des mesures relatives &#224; la juste condition d'une personne &#233;trang&#232;re en situation de migration. En langue h&#233;bra&#239;que, le &lt;i&gt;ger (&#1490;&#1468;&#1461;&#1512;)&lt;/i&gt; est un habitant d'un pays qui n'est pas sa terre d'origine comme ce fut le cas d'Abraham dans le livre de la Gen&#232;se (23.4) ou encore avec Mo&#239;se (Livre de l'Exode 2.22). Le statut d'ill&#233;galit&#233; de la personne &#233;trang&#232;re migrant sur une terre semblant plus prometteuse ne renvoie pas &#224; l'atteinte de son int&#233;gralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Loi, justice et discernement moral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre la dignit&#233; humaine ne signifie pas nier l'existence des lois. L'histoire chr&#233;tienne s'illustre par des textes fondateurs, comme les dix commandements, cela induit la l&#233;gitimit&#233; des cadres l&#233;gislatifs. Cependant, l'histoire des hommes qui fut travers&#233;e par les guerres, nous rappelle que toute loi doit &#234;tre ordonn&#233;e au bien commun et respectueuse de la personne. Lorsque l'application de la loi engendre humiliation, violence ou destruction des liens familiaux, un discernement moral s'impose. La justice biblique est orient&#233;e vers la vie. Elle cherche &#224; relever plut&#244;t qu'&#224; &#233;craser. En relisant les &#201;critures, je constate combien Celui en qui je crois depuis toujours aime prot&#233;ger les &#233;trangers sur la terre. Que dois-je comprendre aujourd'hui du passage biblique dans le livre de l'Exode (23,9) : &#171; &lt;i&gt;Tu n'opprimeras pas l'&#233;tranger, car vous avez &#233;t&#233; &#233;trangers au pays d'&#201;gypte&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traquer des familles &#233;trang&#232;res : un questionnement chr&#233;tien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pratiques de traque, de surveillance et d'arrestations brutales g&#233;n&#232;rent un climat de peur durable : familles d&#233;sunies, enfants terroris&#233;s, personnes contraintes &#224; l'invisibilit&#233;. Cette logique de contr&#244;le transforme des &#234;tres humains en &#171; dossiers &#187; ou en &#171; cibles &#187;, niant leur singularit&#233;. D'un point de vue chr&#233;tien, cette d&#233;shumanisation n'est pas conforme &#224; ce que nous lisons dans les Evangiles. Ne pouvons nous pas les accueillir ? J&#233;sus lui-m&#234;me s'identifie &#224; l'&#233;tranger : &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais &#233;tranger et vous m'avez accueilli&lt;/i&gt; &#187; (Matthieu 25,35). Ne pas reconna&#238;tre la dignit&#233; de l'&#233;tranger, n'est-ce pas risquer de ne pas reconna&#238;tre le Christ lui-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une responsabilit&#233; citoyenne face &#224; l'injustice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces atteintes &#224; la dignit&#233;, le silence n'est pas neutre. Les chr&#233;tiens peuvent se sentir appel&#233;s &#224; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nommer l'injustice, sans haine ni simplification.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Soutenir les personnes vuln&#233;rables, par l'accueil, l'accompagnement et la solidarit&#233; concr&#232;te.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Interpeller les consciences, dans l'&#201;glise comme dans l'espace public.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Prier et agir, en tenant ensemble compassion et exigence de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Esp&#233;rance demeure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Esp&#233;rance ne nie pas la duret&#233; du r&#233;el, mais elle affirme que toute personne reste infiniment pr&#233;cieuse aux yeux de Celui qui nous a aim&#233;s le premier et qui nous accueille dans son invisible demeure. D&#233;fendre la dignit&#233; des personnes &#233;trang&#232;res traqu&#233;es, c'est t&#233;moigner que l'&#201;vangile n'est pas une parole abstraite, mais une force de vie qui r&#233;siste &#224; la peur et &#224; l'exclusion. Dans un monde marqu&#233; par les fronti&#232;res et la suspicion, l'engagement chr&#233;tien rappelle qu'aucun &#234;tre humain n'est ill&#233;gal aux yeux de Dieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans condamner ni simplifier des situations complexes, cette r&#233;flexion invite &#224; demeurer attentifs aux cons&#233;quences humaines des choix collectifs et/ou individuels. L&#224; o&#249; la peur et la suspicion gagnent du terrain, il reste possible de choisir une posture empreinte de vigilance, de compassion et d'esp&#233;rance. Qui sera le bon samaritain ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Pour aller plus loin&lt;/strong&gt; : &lt;br class='autobr' /&gt;
Article en ligne. Tout comprendre &#224; l'ICE, la police de l'immigration au c&#339;ur des pol&#233;miques aux &#201;tats-Unis : &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/tout-comprendre-a-lice-la-police-de-limmigration-au-coeur-des-polemiques-aux-etats-unis-274229&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theconversation.com/tout-comprendre-a-lice-la-police-de-limmigration-au-coeur-des-polemiques-aux-etats-unis-274229&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Site Lueur.org : &lt;a href=&#034;https://www.lueur.org/bible/strong/ger-h1616&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lueur.org/bible/strong/ger-h1616&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Charte CPDH : &lt;a href=&#034;https://www.cpdh.org/qui-sommes-nous/charte-chaque-etre-humain-devrait-etre-respecte&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cpdh.org/qui-sommes-nous/charte-chaque-etre-humain-devrait-etre-respecte&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une th&#233;ologie exigeante port&#233;e par le christianisme social</title>
		<link>https://www.christianismesocial.org/spip.php?article751</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.christianismesocial.org/spip.php?article751</guid>
		<dc:date>2026-01-19T22:39:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>KABONGO-MBAYA Philippe</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vous souvenez-vous de l'histoire qu'aimait raconter le pasteur Martin Niemoller, dirigeant de l'&#201;glise confessante allemande pendant le 3&#232;me Reich ? On est venu prendre un homosexuel... On est venu arr&#234;ter un tzigane... On est venu enlever un communiste... Chaque fois, il ne disait rien. Et quand les SS sont arriv&#233;s chez l'homme de Dieu, il n'y avait plus personne, ne serait-ce que pour t&#233;moigner. &lt;br class='autobr' /&gt; Pourquoi nos &#201;glises ne disent rien face &#224; l'effondrement effrayant du droit international (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;Rubrique principale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Justice&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vous souvenez-vous de l'histoire qu'aimait raconter le pasteur Martin Niemoller, dirigeant de l'&#201;glise confessante allemande pendant le 3&#232;me Reich ? &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On est venu prendre un homosexuel...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On est venu arr&#234;ter un tzigane...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On est venu enlever un communiste...&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque fois, il ne disait rien. Et quand les SS sont arriv&#233;s chez l'homme de Dieu, il n'y avait plus personne, ne serait-ce que pour t&#233;moigner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi nos &#201;glises ne disent rien face &#224; l'effondrement effrayant du droit international et l'obsession colonialiste de D.Trump ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a commenc&#233; avec un afro-pessimisme irrationnel. Le d&#233;mant&#232;lement du Moyen-Orient, qui a laiss&#233; le chaos en Irak, Syrie et aujourd'hui la Palestine sans corps ni &#226;me...et l'enfer de Gaza.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sinistre mouvement est all&#233; avec la d&#233;sarticulation des &#233;quilibres fondamentaux de la plan&#232;te cons&#233;quence du n&#233;olib&#233;ralisme intraitable de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ferons-nous quand le m&#234;me Trump, r&#233;ussissant son coup au Groenland, se mettra &#224; r&#233;clamer la Nouvelle Cal&#233;donie, la Polyn&#233;sie ou nos territoires de Cara&#239;bes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1995 et 2005, les milieux protestants progressistes ont d&#233;nonc&#233; sans rel&#226;che la logique de l'Empire. L'organisation mondiale des &#201;glises de tradition r&#233;form&#233;e ont appel&#233; leurs membres, dont l'ERF &#224; l''&#233;poque, &#224; prendre toute la dimension de ces d&#233;fis et &#224; s'unir par un m&#234;me t&#233;moignage au moyen d'une confession de foi partag&#233;e et volontairement &#034;dissidente&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de notre &#201;glise, non seulement ont rejet&#233; cette d&#233;marche th&#233;ologique d&#233;non&#231;ant l'Empire, mais l'ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment torpill&#233;e en la d&#233;nigrant dans tous les forums internationaux et &#339;cum&#233;niques. En la discr&#233;ditant au sein des Eglises locales, on ne voit pas la plus-value que cela a apport&#233; &#224; notre &#201;glise...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attendons-nous que M. Trump, avec le consentement empress&#233; de Melonie, fasse main basse sur la Corse pour enfin comprendre qu' Ez&#233;chiel 33, 7 n'est pas un mythe, mais un avertissement actuel de lucidit&#233; tragique ? &#171; Ez&#233;chiel, toi qui n'est qu'un homme, je fais de toi un guetteur &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre international est gravement mis &#224; mal, comme le vivant sur l'ensemble de la plan&#232;te et les populations les plus exploit&#233;es au pr&#232;s comme au loin. Un Christianisme de justice n'est pas une position de juste langage, de justes mani&#232;res ou de postures politiquement justes, mais un combat. Une lutte pugnace contre des fausses justices. Celles-ci sont toujours des contorsions, des autojustifications souveraines, criantes et r&#233;actives, succ&#233;dan&#233;s de la justification quand celle-ci est bien trahie. Leur incarnation s'exhibe, sans masque et sans pudeur, dans la personne et l'&#339;uvre de d&#233;molition de la civilisation humaine entreprise cyniquement par Donald Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lorsqu'on a d&#233;truit les pauvres aux USA...je n'ai rien dit ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lorsqu'on a fait de Gaza ou de Caracas ce que vous voyez...je n'ai rien di ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lorsqu'on a trait&#233; l'Europe de puissance rabougrie et v&#233;tuste...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lorsque Groenland est pass&#233; par pertes et profits...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lorsqu'il a fallu n&#233;gocier, le couteau sous la gorge, pour la Corr&#232;ze ou le Zamb&#232;ze...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il &#233;tait trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;ologie est une discipline qui emp&#234;che l'&#201;glise de dormir sur ses deux oreilles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Violences sexuelles intrafamiliales </title>
		<link>https://www.christianismesocial.org/spip.php?article748</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.christianismesocial.org/spip.php?article748</guid>
		<dc:date>2026-01-05T12:08:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine-Marie P. </dc:creator>


		<dc:subject>Prendre soin</dc:subject>
		<dc:subject>Foi, la&#239;cit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Justice</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;comment pr&#233;venir, agir, accompagner les familles, les victimes de violences intrafamiliales ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Communes de Paris&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?mot249" rel="tag"&gt;Prendre soin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?mot232" rel="tag"&gt;Foi, la&#239;cit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Justice&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les violences intrafamiliales sont pr&#233;sentes dans de nombreux foyers, quelles que soient les cat&#233;gories sociales ou religieuses. Elles demeurent invisibles. Elles prennent des formes multiples : climat incestuel, inceste dit fraternel (qui n'a rien d'amical), des attouchements, des maltraitances, des viols. &#201;voquer ces violences reste un tabou incompr&#233;hensible. Je pense d'ailleurs qu'un adulte qui ne souhaite pas parler de l'inceste contribue &#224; se rendre complice de faits pervers irr&#233;pr&#233;hensibles. M&#234;me la Bible ne dissimule pas les violences intrafamiliales et ses cons&#233;quences. Le r&#233;cit de Dina (Gen&#232;se 34), est l'un des textes les plus troublants &#224; cet &#233;gard. Dina est victime d'une agression sexuelle commise par Sichem. Le texte biblique ne cherche pas &#224; minimiser l'acte. Pourtant, un &#233;l&#233;ment frappe le lecteur : Dina ne parle pas. Elle est absente des d&#233;cisions qui concernent sa propre vie, son propre corps. Ce silence n'est pas anodin. Il r&#233;v&#232;le des m&#233;canismes bien connus, la confiscation de la parole de la victime, la violence redoubl&#233;e par le d&#233;ni et l'instrumentalisation. Relire l'histoire de Dina, c'est reconna&#238;tre que la violence sexuelle est un probl&#232;me qui n'a pas &#233;t&#233; r&#233;solu au 21e si&#232;cle. Remettre ce r&#233;cit en perspective en 2026, c'est comprendre que les textes bibliques ne sacralisent pas la famille &#224; n'importe quel prix, mais mettent en lumi&#232;re ses failles, ses d&#233;rives possibles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une probl&#233;matique sociale intemporelle&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'inceste reste un sujet profond&#233;ment sensible, y compris dans les communaut&#233;s religieuses. Aucune &#201;glise, aucun courant, aucune tradition n'est &#233;pargn&#233;e. Il est donc n&#233;cessaire de regarder ces situations au regard de la nature humaine qui peut s'av&#233;rer d&#233;shumanisante. Nommer ces r&#233;alit&#233;s demeure indispensable afin de permettre un juste positionnement de n'importe quel citoyen, par une action pr&#233;ventive, avec une orientation juridique et pastorale adapt&#233;e au b&#233;n&#233;fice des victimes. Malgr&#233; les mouvements de r&#233;centes d&#233;nonciation sur les r&#233;seaux sociaux, les victimes parlent encore trop peu. Le silence demeure, avec le sentiment de honte ou avec la crainte de ne pas &#234;tre cru (l'expression &#034;tu es un-une menteur-euse' est une r&#233;action devenue malheureusement classique).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour reprendre l'article du journal Le Monde (janvier 2021), &#034;&lt;i&gt;5 % et 10 % des Fran&#231;ais ont &#233;t&#233; victimes de violences sexuelles durant leur enfance, qui se d&#233;roulent, dans 80 % des cas, au sein de la sph&#232;re familiale. Dans un sondage Ipsos r&#233;alis&#233; en novembre 2020 pour l'association Face &#224; l'inceste, un Fran&#231;ais sur dix affirme en avoir &#233;t&#233; victime&lt;/i&gt;&#034;. L'inceste rel&#232;ve de l'interdit universel, cela signifie que l'ensemble des soci&#233;t&#233;s a r&#233;dig&#233; des r&#232;gles sociales contre les relations sexuelles entre parents, cousins. Les communaut&#233;s religieuses sont atteintes par ce ph&#233;nom&#232;ne. Les protestants (r&#233;form&#233;s, &#233;vang&#233;liques&#8230;) n'&#233;chappent pas &#224; ce type de violence sexuelle. La famille n'est pas toujours le lieu de s&#233;curit&#233; id&#233;alis&#233; : elle peut devenir le premier espace de violence faite aux enfants. L'&#233;ducation et la pr&#233;vention sont donc des enjeux majeurs. Comment ne pas rester alors dans une vision incr&#233;dule ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comprendre les violences sexuelles intrafamiliales&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le terme inceste provient du latin incestum, signifiant &#171; sacril&#232;ge &#187;. Il d&#233;signe les relations sexuelles entre proches parents : parents et enfants, fr&#232;res et s&#339;urs, cela concerne les grands-parents,les oncles et tantes, les cousins. Le Conseil de l'Europe d&#233;finit la violence sexuelle comme &#171; le fait de se livrer &#224; des activit&#233;s sexuelles avec un enfant qui, conform&#233;ment aux dispositions du droit national, n'a pas atteint l'&#226;ge l&#233;gal pour entretenir des activit&#233;s sexuelles ; et comme le fait de se livrer &#224; des activit&#233;s sexuelles avec un enfant en faisant usage de la contrainte, de la force ou de menaces ; ou en abusant d'une position reconnue de confiance, d'autorit&#233; ou d'influence chez l'enfant, y compris au sein de la famille ; ou en abusant d'une situation de particuli&#232;re vuln&#233;rabilit&#233; de l'enfant, notamment en raison d'un handicap physique ou mental ou d'une situation de d&#233;pendance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enfant ne peut &#234;tre impliqu&#233; dans la sexualit&#233; de l'adulte&lt;/strong&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il d&#233;couvre naturellement son corps dans une curiosit&#233; saine li&#233;e &#224; son d&#233;veloppement, un enfant ne dispose ni du recul ni des connaissances n&#233;cessaires pour consentir de mani&#232;re &#233;clair&#233;e. Certaines manifestations spontan&#233;es de l'enfant sont parfois interpr&#233;t&#233;es de fa&#231;on perverse par l'adulte, qui abuse alors de son autorit&#233;. L'enfant n'invite jamais &#224; l'acte. Lorsqu'un adulte utilise un enfant pour assouvir son d&#233;sir, en paroles ou en actes, il s'agit de maltraitance sexuelle. Celle-ci englobe la cruaut&#233; mentale, les n&#233;gligences graves aux cons&#233;quences durables, etc. La violence sexuelle sur mineur repose toujours sur un abus d'autorit&#233; et de confiance. Elle exploite la vuln&#233;rabilit&#233; de l'enfant et instaure une relation profond&#233;ment d&#233;s&#233;quilibr&#233;e. L'inceste constitue une forme sp&#233;cifique de p&#233;dophilie, circonscrite &#224; l'espace familial. On distingue g&#233;n&#233;ralement deux profils, parfois associ&#233;s : &lt;i&gt;le parent incestueux autoritaire, rigide, dominateur et le parent incestueux immature, pouvant aller jusqu'&#224; justifier ses actes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'inceste est un acte pervers&lt;/strong&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La perversion implique une dimension de transgression : voyeurisme, exhibitionnisme, manipulation affective. L'agresseur sexualise la relation en niant la dignit&#233; de l'enfant. Les femmes peuvent &#233;galement &#234;tre auteures d'abus sexuels, bien que cela reste moins fr&#233;quent et encore largement invisibilis&#233;. Des adolescents, voire des enfants, peuvent aussi exercer des violences sexuelles, notamment dans des contextes de d&#233;veloppement psychologique perturb&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les actes peuvent aller de l'exposition &#224; la nudit&#233; jusqu'aux attouchements ou aux rapports sexuels. Ces violences sont souvent rationalis&#233;es par l'agresseur comme &#233;ducatives, affectives. Les cons&#233;quences sont majeures et durables : troubles anxieux et d&#233;pressifs, atteinte de l'estime de soi, troubles du sommeil, conduites addictives, automutilations, difficult&#233;s relationnelles, sexuelles et spirituelles. Plus l'agresseur est proche et en position d'autorit&#233;, plus l'impact psychique est profond. Les victimes d&#233;veloppent des strat&#233;gies de survie, souvent au prix d'une culpabilit&#233; injustement int&#233;rioris&#233;e. Le silence, impos&#233; ou int&#233;rioris&#233;, devient un facteur aggravant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cadre l&#233;gal et la responsabilit&#233; collective&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le Code p&#233;nal fran&#231;ais, les situations d'agressions sexuelles sont int&#233;gr&#233;es dans la cat&#233;gorie des &#171; crimes et d&#233;lits contre la personne''. Selon l'article 131-36-1 alin&#233;a 2 du Code p&#233;nal &#171; &lt;i&gt;le suivi socio-judiciaire comporte, pour le condamn&#233;, l'obligation de se soumettre, sous le contr&#244;le du juge d'application des peines et pendant une dur&#233;e d&#233;termin&#233;e par la juridiction de jugement &#224; des mesures de surveillance et d'assistance destin&#233;es &#224; pr&#233;venir la r&#233;cidive&lt;/i&gt;&#034;, et selon l'article 131-36-4, &#034;&lt;i&gt;le suivi socio-judiciaire peut comprendre une injonction de soins &#187;. Selon l'article 131-36-4 alin&#233;a 2, le pr&#233;sident de la juridiction avertit le condamn&#233;, &#034;qu'aucun traitement ne pourra &#234;tre entrepris sans le consentement du condamn&#233; mais si ce dernier refuse les soins propos&#233;s, l'emprisonnement, prononc&#233; en application du troisi&#232;me alin&#233;a de l'article 131-36-1, pourra &#234;tre mis &#224; ex&#233;cution&lt;/i&gt; &#187;. La famille repose sur le principe de s&#233;curit&#233; affective en s'appuyant sur l'&#233;ducation. Elle se d&#233;finit &#8220;une structure cr&#233;ationnelle qui trouve sa norme dans la famille divine trinitaire. La famille s'enracine dans la famille c&#233;leste&#8221;. Construite sur le principe de Vie, la famille n'en reste pas moins reli&#233;e aux obligations sociales, l&#233;gales. Le Code de l'&#233;ducation, dans son article L121-1, pr&#233;voit que &#171; les &#233;coles, les coll&#232;ges et les lyc&#233;es assurent une mission d'information sur les violences et une &#233;ducation &#224; la sexualit&#233; &#187; et que les personnels doivent &#234;tre form&#233;s (article L542-1). La loi n'est pas toujours suffisante. L'inceste est un g&#233;nocide identitaire, car il s'agit d'un crime des liens qui d&#233;truit la filiation, le rapport au corps. Cela devrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un crime contre l'humanit&#233; tout autant qu'un fait imprescriptible. La loi fran&#231;aise pr&#233;voit le principe de &#8220;prescription&#8221;, c'est-&#224;-dire la p&#233;riode au-del&#224; de laquelle l'auteur d'une infraction ne peut plus &#234;tre poursuivi, autrement dit jug&#233; par un tribunal. Le d&#233;lai de la prescription a &#233;t&#233; allong&#233; en 2017. Il varie selon l'infraction et, pour les mineurs, il d&#233;bute &#224; la majorit&#233; : pour les crimes (viol), il est de trente ans apr&#232;s la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;venir, prot&#233;ger, agir&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Accompagnatrice en relation d'aide, j'ai entendu divers r&#233;cits li&#233;s aux abus sexuels, il en ressort que bien de parents accordent parfois une confiance inexpliqu&#233;e &#224; des personnes en situation d'autorit&#233; : responsables religieux, enseignants, m&#233;decins, coachs, membres de la famille &#233;largie. Pourtant, toute atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; physique, psychologique ou spirituelle d'un enfant le place imm&#233;diatement sous le statut de victime. Aucune communaut&#233; religieuse n'est &#233;pargn&#233;e par les abus de pouvoir envers une personne en situation de vuln&#233;rabilit&#233;. Les responsables spirituels sont soumis aux lois civiles et ont un devoir de signalement. L'&#201;glise est appel&#233;e &#224; &#234;tre un lieu s&#251;r, un tiers protecteur, o&#249; la v&#233;rit&#233; lib&#232;re et o&#249; la dignit&#233; est restaur&#233;e. Les pasteurs, aum&#244;niers, conseillers en relation d'aide pourraient &#234;tre syst&#233;matiquement form&#233;s &#224; rep&#233;rer, pr&#233;venir, agir. Des chartes, des codes de d&#233;ontologie sont des outils de pr&#233;vention indispensables. La Bible mentionne la maltraitance envers les enfants. Nous lisons dans l'Evangile de Matthieu 18, 5-6 cette phrase qui sonne comme un p&#233;ricope fondateur &#8220;&lt;i&gt;Et quiconque re&#231;oit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me re&#231;oit moi-m&#234;me. Mais, si quelqu'un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on suspend&#238;t &#224; son cou une meule de moulin, et qu'on le jet&#226;t au fond de la mer&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le silence et l'omerta ne sont pas acceptables&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Prot&#233;ger les plus fragiles rel&#232;ve d'une responsabilit&#233; spirituelle et &#233;thique majeure. La pr&#233;vention rel&#232;ve de la responsabilit&#233; parentale et &#233;ducative. Elle implique de cr&#233;er un climat de s&#233;curit&#233;, de dialogue et de confiance. &#201;duquer au respect du corps, au consentement, &#224; la reconnaissance de ce qui est normal ou non, est essentiel. Il ne s'agit pas de susciter la peur ou la parano&#239;a, mais de sortir du d&#233;ni. L'enjeu est la pr&#233;vention de la sant&#233; mentale. Apprendre &#224; un enfant qu'il peut dire NON, qu'il n'est pas oblig&#233; d'embrasser ou de toucher, qu'il peut parler sans &#234;tre jug&#233; ou &#234;tre moqu&#233;. Le pire est qu'il peut &#234;tre trait&#233; de menteur. L'utilisation du consentement est un acte &#233;ducatif fondamental. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les agressions sexuelles entre fr&#232;res et s&#339;urs, demi-fr&#232;res, demi-s&#339;urs ou cousins constituent l'un des tabous les plus lourds (inceste dit fraternel). Elles brouillent les rep&#232;res affectifs, faussent les valeurs relationnelles et compromettent le d&#233;veloppement. Les cons&#233;quences peuvent &#234;tre graves : troubles psychiques, conduites &#224; risque, hypersexualisation, auto-agressions, tentatives suicidaires. Le manque de dialogue et l'absence de cadre &#233;ducatif renforcent ces d&#233;rives. La restauration est possible, mais elle demande du temps, de l'accompagnement et un cadre s&#233;curisant. Les violences sexuelles intrafamiliales d&#233;truisent les liens, l'identit&#233; et la confiance. Elles rel&#232;vent de la responsabilit&#233; des adultes et des institutions. L'esp&#233;rance chr&#233;tienne affirme que les parcours bris&#233;s ne sont pas condamn&#233;s &#224; le rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'accompagnement rogerien dans un but spirituel : r&#233;parer la honte&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Accompagner, c'est accueillir et croire en la parole de &#8220;l'autre&#8221;, orienter vers les dispositifs adapt&#233;s, respecter le cadre judiciaire, et offrir un espace de reconstruction. La justice et la compassion ne s'opposent pas : elles se compl&#232;tent. Des chemins de r&#233;silience existent. La r&#233;silience est un terme parfois galvaud&#233;. La r&#233;silience revient &#224; mettre des mots sur une blessure invisible mais d&#233;vastatrice, le traumatisme. La r&#233;silience n'excuse pas le bourreau et ne banalise pas le crime. C'est un outil professionnel contribuant &#224; la restauration spirituelle (se r&#233;concilier avec Dieu, avec la soci&#233;t&#233;) et psychologique (estime de soi, confiance affective et relationnelle, ne pas &#234;tre &#233;cras&#233; par une culpabilit&#233; qui ne lui appartient pas). Cette r&#233;conciliation s'op&#232;re avec le consentement de la personne aid&#233;e. Le pros&#233;lytisme ne peut pas &#234;tre utilis&#233; face &#224; une personne en situation de grande vuln&#233;rabilit&#233;. Ce qui freine avant tout le parcours de la r&#233;silience, c'est la honte. Il y a la honte du corps, du plaisir parfois ressenti, la honte du silence ou encore d'avoir aim&#233; l'agresseur. Il s'agit de restaurer une relation non manipulatrice car l'inceste repose sur le mensonge, la manipulation, la double contrainte, l'emprise. La congruence de l'accompagnant (&#234;tre vrai, coh&#233;rent, non manipulateur) permet de recr&#233;er une relation sans emprise, de restaurer une exp&#233;rience relationnelle saine, de r&#233;apprendre que l'autorit&#233; peut &#234;tre s&#233;curisante. Pour la victime, cette relation devient un contre-mod&#232;le vivant de la relation incestueuse. J'utilise des outils relevant de la psychologie (Carl Rogers) dans un but spirituel : restaurer la personne avec J&#233;sus qui lib&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'approche rogerienne est semblable &#224; la d&#233;marche pastorale&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui ou celle qui accompagne ne dirige pas, ne conseille pas, ne d&#233;cide pas &#224; la place de l'autre mais permet &#224; la victime de reprendre la ma&#238;trise de son rythme, de choisir ce qu'elle dit ou ne dit pas, de redevenir sujet, et non objet d'un autre. Cette d&#233;marche est non directive et facilite l'&#233;mergence de la parole pour reprendre des souvenirs fragment&#233;s, des contradictions internes, des zones de flou, des &#233;motions ambivalentes. Poser un cadre permet &#224; la victime de s'approprier d'une nouvelle s&#233;curit&#233; affective. L'accompagnant accepte les silences, accueille les incoh&#233;rences, respecte les h&#233;sitations et n'exige pas de r&#233;cit lin&#233;aire. L'accompagnant aide la victime de l'inceste en lui offrant une relation sans emprise, une &#233;coute active sans jugement et un espace o&#249; la parole favorise la restauration, la reconstruction identitaire en respectant le contexte social de la personne suivie. Dans le r&#233;cit de la victime, il existe ce qui demeure et ce qui change. Accompagn&#233; sur ce qui peut &#234;tre transform&#233; est un enjeu port&#233; par la narration et la personne consciente du cheminement. Ce type d'accompagnement est compatible avec l'enseignement de J&#233;sus parce qu'il repose sur une relation non violente, sur la reconnaissance de la personne, avec une &#233;coute respectueuse du rythme int&#233;rieur et une autorit&#233; naturelle qui ne domine pas mais invite &#224; l'introspection dans un divin filet de s&#233;curit&#233;. J&#233;sus rel&#232;ve et restaure les personnes bless&#233;es. Identifier des concepts cl&#233;s permet de comprendre ce cheminement afin d'utiliser des m&#233;thodes cliniques dans un objectif spirituel, avec J&#233;sus qui lib&#232;re les cha&#238;nes du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques concepts cl&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;li&gt;Le regard positif inconditionnel et la gr&#226;ce infinie&lt;/li&gt;
&lt;p&gt;Le regard positif inconditionnel induit l'accueil de la personne sans jugement en dissociant la valeur de la personne de ses actes, pens&#233;es ou &#233;motions. Dans l'Evangile de Luc 4:18, J&#233;sus pr&#233;cise qu'Il est venu &#224; notre rencontre &#8220;pour gu&#233;rir ceux qui ont le c&#339;ur bris&#233;, Pour proclamer aux captifs la d&#233;livrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue. Pour renvoyer libres les opprim&#233;s&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;li&gt;L'empathie : J&#233;sus rejoint les personnes l&#224; o&#249; elles sont&lt;/li&gt;
&lt;p&gt;L'empathie rogerienne consiste &#224; entrer dans le monde int&#233;rieur de l'autre, &#224; comprendre sans interpr&#233;ter, &#224; &#233;couter sans corriger de fa&#231;on non directive avec une juste distance. J&#233;sus agit ainsi avec la femme samaritaine (il part de son v&#233;cu), avec les malades (il demande : &#171; Que veux-tu que je fasse pour toi ? &#187;), avec les personnes exclues (il les laisse parler, pleurer, toucher) J&#233;sus ne parle pas &#224; la place de l'autre, Il cr&#233;e un espace o&#249; la personne peut se dire et se reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;li&gt;La congruence : une autorit&#233; non manipulatrice&lt;/li&gt;
&lt;p&gt;La congruence signifie &#234;tre vrai, coh&#233;rent, non dissimul&#233;, sans jeu de pouvoir. Avec J&#233;sus, il n'existe pas de manipulation, pas de chantage spirituel, pas de double discours. C'est une divine autorit&#233; qui lib&#232;re, qui n'&#233;crase pas son prochain. Dans un contexte d'abus, cette dimension est essentielle : J&#233;sus restaure une relation sans domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le respect du rythme : J&#233;sus ne force jamais la transformation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'accompagnement pastoral ne force pas le changement, il respecte le rythme int&#233;rieur et n'impose ni d&#233;cision, ni d&#233;voilement. J&#233;sus nous a donn&#233; ce mod&#232;le, il ne contraint jamais &#224; parler, il ne d&#233;voile pas la v&#233;rit&#233; avant que la personne soit pr&#234;te. si l'inceste transforme la personne en objet, L'approche psychologique vise &#224; instaurer une relation de confiance entre un responsable form&#233; et une victime apeur&#233;e, honteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#8221;accompagnant facilite la restauration de la personne qui devient le sujet actif de son parcours alt&#233;r&#233;. Comme J&#233;sus, nous nous positionnons pour donner la parole aux silencieux, aux invisibles, aux personnes bless&#233;es et contribuer &#224; r&#233;parer ce qui a &#233;t&#233; cass&#233;. Avec J&#233;sus, l'&#233;coute devient un acte de justice. Il est notre Lib&#233;rateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce type d'accompagnement permet d&#8216;&#233;tablir une &#233;coute active, une relation empathique, sans emprise, sans jugement moral ou spirituel. C'est un objectif de vie interpersonnel : restaurer la personne dans sa dignit&#233; avec un espace o&#249; la foi peut (re)na&#238;tre, sans &#234;tre impos&#233;e. Tout accompagnement pastoral qui culpabilise ou moralise trahit l'enseignement de J&#233;sus. Notre Seigneur gu&#233;rit nos blessures, nos c&#339;urs bris&#233;s ( Psaume 147:3). Quand l(approche humaine et psychologique est non-directive, elle ouvre une voie du possible &#224; l'&#234;tre humain en le r&#233;conciliant avec Son sauveur. L'accompagnement pastoral conduit vers un projet d'Esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En conclusion&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;vention, la protection et l'accompagnement exigent une vigilance collective, un cadre clair et une parole responsable. Dans le contexte des violences intrafamiliales, toute d&#233;marche pastorale s'inscrit n&#233;cessairement en articulation avec les dispositifs m&#233;dicaux, psychologiques, sociaux et judiciaires comp&#233;tents. L'&#201;glise n'agit jamais seule et ne se substitue pas &#224; la justice. L'accompagnement est une relation d'aide qui permet de restaurer la dignit&#233; l&#224; o&#249; l'emprise et la honte ont d&#233;truit le sujet. Il offre une &#233;coute respectueuse du rythme int&#233;rieur et une reconnaissance inconditionnelle de la personne. Toute restauration spirituelle ne peut &#234;tre ni exig&#233;e ni pr&#233;cipit&#233;e ; elle ne peut advenir que si la personne le souhaite. Fid&#232;le &#224; l'enseignement de J&#233;sus, l'accompagnant est appel&#233; &#224; prot&#233;ger les plus vuln&#233;rables, &#224; refuser toute forme de silence complice et &#224; devenir un lieu s&#251;r. Des dispositifs formalis&#233;s tels que Stop Abus (CNEF) constituent des rep&#232;res essentiels pour la pr&#233;vention, le signalement et l'orientation des situations de violences sexuelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nommer la violence, &#233;couter la parole bless&#233;e, respecter le cadre l&#233;gal permet de conduire son prochain sur les sentiers de la Justice. Le but &#233;tant de marcher avec les plus fragiles afin de les aider &#224; se reposer dans de verts p&#226;turages, vers Celui qui nous dirige pr&#232;s des eaux paisibles et restaure notre &#226;me. (Psaume 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;El&#233;ments bibliographiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectif. &lt;i&gt;On n'a rien &#224; cacher 1 Agression sexuelle, inceste, abandon, violences&lt;br class='autobr' /&gt;
conjugales&lt;/i&gt;. Gr&#233;zieu-la-Varenne : Viens et Vois. 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devos Pascale. &lt;i&gt;L'inceste le silence sur un crime&lt;/i&gt;. Paris : Cerf. 2013&lt;br class='autobr' /&gt;
Holcomb Justin et Holcomb Lindsey. &lt;i&gt;Dieu m'a cr&#233;&#233; comme je suis&lt;/i&gt;. Canada : Impact. 2019&lt;br class='autobr' /&gt;
Centre de Ressources sur l'inceste de l'Association Docteurs Bru : Site d'information et&lt;br class='autobr' /&gt;
documentation sur les violences sexuelles &#224; caract&#232;re incestueux. URL : &lt;a href=&#034;https://cri-adb.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cri-adb.org/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
CIIVISE &#183; Commission Ind&#233;pendante sur l'Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants : URL : &lt;a href=&#034;https://www.ciivise.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ciivise.fr/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
SOS Inceste : URL : &lt;a href=&#034;https://assoeva-inceste.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://assoeva-inceste.fr/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Stop Abus (CNEF). URL : &lt;a href=&#034;https://www.stop-abus.fr/page/1750254-accueil&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.stop-abus.fr/page/1750254-accueil&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier t&#233;moignage t&#233;l&#233;visuel fran&#231;ais en 1986, les dossiers de l'&#233;cran, Eva Thomas : URL : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=RUk1m7ArV1k&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=RUk1m7ArV1k&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les enfants du presbyt&#232;re : Filiations et transmissions dans les familles pastorales&lt;br class='autobr' /&gt;
par Claire-Lise Weick/ &lt;a href=&#034;https://theses.fr/2002EPHE5039&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theses.fr/2002EPHE5039&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jubil&#233; d'un christianisme de justice</title>
		<link>https://www.christianismesocial.org/spip.php?article746</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.christianismesocial.org/spip.php?article746</guid>
		<dc:date>2025-12-06T17:46:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>KABONGO-MBAYA Philippe</dc:creator>


		<dc:subject>Foi, la&#239;cit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Justice</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Mouvement du Christianisme social vous invite
&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Samedi 13 d&#233;cembre 2025 &#224; 16H30
&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la Maison du Protestantisme
&lt;br class='autobr' /&gt;
47 Rue de Clichy, 75009 PARIS &lt;br class='autobr' /&gt; C'est le centenaire de l'Appel &#224; l'engagement des Eglises en vue d'un Christianisme &#171; pratique &#187;, plaidoyer qui aboutit, &#224; ce moment-l&#224;, au rapprochement entre les Eglises protestantes et orthodoxes.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Les incertitudes au lendemain de la 1&#232;re guerre, l'aggravation des in&#233;galit&#233;s li&#233;es &#224; l'envol du capitalisme, ont inspir&#233; un vif d&#233;sir de justice (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;Rubrique principale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?mot232" rel="tag"&gt;Foi, la&#239;cit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.christianismesocial.org/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Justice&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Mouvement du Christianisme social vous invite&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Samedi 13 d&#233;cembre 2025 &#224; 16H30&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la Maison du Protestantisme&lt;br class='autobr' /&gt;
47 Rue de Clichy, 75009 PARIS&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est le centenaire de l'Appel &#224; l'engagement des Eglises en vue d'un Christianisme &#171; pratique &#187;, plaidoyer qui aboutit, &#224; ce moment-l&#224;, au rapprochement entre les Eglises protestantes et orthodoxes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les incertitudes au lendemain de la 1&#232;re guerre, l'aggravation des in&#233;galit&#233;s li&#233;es &#224; l'envol du capitalisme, ont inspir&#233; un vif d&#233;sir de justice et de solidarit&#233; pour l'ensemble du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, des nouvelles menaces se pr&#233;cisent, notamment au plan &#233;cologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vous attendons pour ce temps de r&#233;flexion et souhaitons compter sur vous pour nos engagements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Table ronde avec :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Karin BURSTRAN, Pasteure, &#201;glise su&#233;doise, Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean BAUB&#201;ROT-VINCENT, Professeur &#233;m&#233;rite, &#201;cole pratique des hautes &#233;tudes, Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
Julija NAETT-VIDOVIS, Professeure, Institut de th&#233;ologie orthodoxe, Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
Laurent GAGNEBIN, Professeur &#233;m&#233;rite, Institut protestant de th&#233;ologie, Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin d'apr&#232;s-midi un pot d'amiti&#233; sera offert par le Christianisme Social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rupture anthropologique, rupture &#233;thique</title>
		<link>https://www.christianismesocial.org/spip.php?article730</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.christianismesocial.org/spip.php?article730</guid>
		<dc:date>2025-06-12T07:11:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>olivier bres</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La &#171; rupture anthropologique &#187; fleurit partout. La Conf&#233;rence des responsables de culte en France et Bruno Retailleau l'utilisent pour r&#233;cuser la loi sur l'aide &#224; mourir. Et dans L'&#339;il de R&#233;forme du 10 juin, il est question de &#171; rupture &#233;thique &#187;. Ce serait une rupture dans une histoire et une culture mill&#233;naires, boulevers&#233;es par cette possibilit&#233; offerte d'&#234;tre aid&#233; &#224; mourir, de choisir de mourir plut&#244;t que de continuer &#224; vivre. Une rupture pour le corps m&#233;dical par rapport &#224; sa mission de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La &#171; rupture anthropologique &#187; fleurit partout. La Conf&#233;rence des responsables de culte en France et Bruno Retailleau l'utilisent pour r&#233;cuser la loi sur l'aide &#224; mourir. Et dans L'&#339;il de R&#233;forme du 10 juin, il est question de &#171; rupture &#233;thique &#187;. Ce serait une rupture dans une histoire et une culture mill&#233;naires, boulevers&#233;es par cette possibilit&#233; offerte d'&#234;tre aid&#233; &#224; mourir, de choisir de mourir plut&#244;t que de continuer &#224; vivre. Une rupture pour le corps m&#233;dical par rapport &#224; sa mission de prendre soin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais il est des &#233;coles de pens&#233;e, tout &#224; fait humaines et respectables, qui ont admis, voire justifi&#233;, le suicide assist&#233; ou non, le choix de mourir. Si ce qui caract&#233;rise l'&#234;tre humain est d'un c&#244;t&#233; de savoir que la mort l'attend, et de l'autre l'exercice de sa libert&#233;, il n'y a rien ici qui soit une rupture. Au contraire, c'est peut-&#234;tre l'expression d'une pleine humanit&#233;. &#192; condition bien s&#251;r que rien ne vienne obliger cette libert&#233;. Et l'accompagner serait aussi un geste d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait parler de &#171; rupture th&#233;ologique &#187; dans une conception o&#249; l'existence est consid&#233;r&#233;e tout enti&#232;re comme suscit&#233;e par un Dieu et dont le d&#233;roulement serait soumis &#224; sa seule volont&#233;. Ce serait une rupture envers Dieu que d'interrompre son cours, de refuser d'&#234;tre soumis &#224; des souffrances intol&#233;rables pour soi-m&#234;me et pour ceux qui nous entourent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce une &#171; rupture chr&#233;tienne &#187; ? La d&#233;cision de mourir et le choix d'aider &#224; mourir pourraient-ils &#234;tre compatibles avec la &#171; libert&#233; chr&#233;tienne &#187; ? Avec cette libert&#233; qui nous est donn&#233;e par l'amour du Dieu de J&#233;sus-Christ qui n'a rien &#224; voir avec une loi (Ga 5/4) ; un amour dont rien ne peut nous s&#233;parer, ni la mort, ni la vie (Ro 8/18). &lt;br class='autobr' /&gt;
Posons-nous au moins la question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fin de vie : pour une nouvelle dignit&#233;</title>
		<link>https://www.christianismesocial.org/spip.php?article664</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.christianismesocial.org/spip.php?article664</guid>
		<dc:date>2022-09-19T09:56:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>KABONGO-MBAYA Philippe</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>
		<dc:subject>Prendre soin</dc:subject>
		<dc:subject> Culture &#233;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Les &#226;ges de la vie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Un vieillard qui meurt, c'est une biblioth&#232;que qui br&#251;le &#187;, cette phrase, attribu&#233;e &#224; Amadou Hamp&#226;t&#233; B&#226; lors de son discours prononc&#233; en 1960 &#224; l'UNESCO, personne ne l'a oubli&#233;e. Elle se r&#233;f&#233;rait express&#233;ment &#224; l'Afrique. Qu'il nous soit permis de la reprendre &#224; notre compte. Elle parle de la mort. Elle parle du respect que l'on doit aux anciens. Elle peut inspirer la r&#233;flexion fran&#231;aise en cours sur la fin de vie, en y m&#234;lant un peu d'humanit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi, &#224; l'heure o&#249; l'on annonce la mort, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Un vieillard qui meurt, c'est une biblioth&#232;que qui br&#251;le &#187;, cette phrase, attribu&#233;e &#224; Amadou Hamp&#226;t&#233; B&#226; lors de son discours prononc&#233; en 1960 &#224; l'UNESCO, personne ne l'a oubli&#233;e. Elle se r&#233;f&#233;rait express&#233;ment &#224; l'Afrique. Qu'il nous soit permis de la reprendre &#224; notre compte. Elle parle de la mort. Elle parle du respect que l'on doit aux anciens. Elle peut inspirer la r&#233;flexion fran&#231;aise en cours sur la fin de vie, en y m&#234;lant un peu d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ainsi, &#224; l'heure o&#249; l'on annonce la mort, -choisie-, du cin&#233;aste Jean-Luc Godard et que sur les &#233;crans de cin&#233;ma est projet&#233; un film japonais intitul&#233; &#171; Plan 75 &#187; o&#249;, pour lutter contre le vieillissement de la population, une prime est propos&#233;e &#224; toute personne &#226;g&#233;e d'au moins 75 ans qui mettrait fin &#224; ses jours, l'avis du Conseil consultatif national d'&#233;thique sur la fin de vie fait &#233;cho aux pr&#233;occupations d'une soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#224; la d&#233;rive et r&#233;sonne comme une mise en garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le titre &#171; Questions &#233;thiques relatives aux situations de fin de vie &#8211; autonomie et solidarit&#233; &#187;, le Comit&#233; national consultatif d'&#233;thique (CCNE) juge possible en effet d'autoriser &#171; une aide active &#224; mourir &#187;, ce que certains appellent &#171; le suicide assist&#233; &#187;. Nous prenons acte que plusieurs pays europ&#233;ens (Suisse, Belgique, etc&#8230;) ont ouvert la porte &#224; cette possibilit&#233;. Nous prenons acte aussi que, si ce texte a &#233;t&#233; vot&#233; &#224; la majorit&#233; des membres du Comit&#233;, il ne l'a pas &#233;t&#233; &#224; l'unanimit&#233;, huit de ses membres ayant souhait&#233; exprimer une &#171; r&#233;serve &#187; qui figure en fin de l'avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci interroge le chr&#233;tien que je suis. Dans son rapport &#224; la maladie, &#224; la mort, la mienne et celle de mes proches. Cette &#233;ch&#233;ance &#224; laquelle personne n'&#233;chappe est toujours une exp&#233;rience douloureuse pour les familles. Elle suscite l'empathie. Elle nous interroge sur le sens m&#234;me de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport du Conseil national consultatif d'&#233;thique stipule que &#8230;. &#171; La demande d'aide active &#224; mourir devrait &#234;tre exprim&#233;e par une personne disposant d'une autonomie de d&#233;cision au moment de la demande, de fa&#231;on libre, &#233;clair&#233;e et r&#233;it&#233;r&#233;e. &#187; Le texte &#233;voque la possibilit&#233; &#171; d'un acc&#232;s l&#233;gal &#224; l'euthanasie, (&#8230;) sous la (..) condition d'un pronostic vital engag&#233; &#224; un horizon de moyen terme &#187;. Evoquer une possible &#233;ch&#233;ance vitale &#224; moyen terme &#187; ne peut satisfaire personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du rapport &#224; la mort : j'ai vu &#233;voluer en quarante-deux ans de minist&#232;re pastoral le rapport &#224; la mort et j'ai pu constater le passage de processus d'inhumation largement majoritaires &#224; des processus de cr&#233;mation, avec ou sans urne, et le cas &#233;ch&#233;ant avec dispersion des cendres au &#171; jardin du souvenir &#187; ou d&#233;p&#244;t des cendres au &#171; jardin des roses &#187;. Le deuil n'en est pas moins difficile &#224; vivre, et le rapport au d&#233;funt, et &#224; sa m&#233;moire, toujours complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;pression et la solitude des personnes &#226;g&#233;es nous interrogent. Et l'avis du Comit&#233; consultatif national d'&#233;thique sonne comme le &#171; coup de gr&#226;ce &#187; port&#233; &#224; une g&#233;n&#233;ration qui depuis deux ans, notamment, s'est trouv&#233;e confin&#233;e, priv&#233;e de visite dans les &#233;tablissements de sant&#233;, ou r&#233;duite &#224; manger sur la terrasse pour ne pas risquer de contaminer les autres membres de la famille&#8230; N'avons-nous pas vu des familles r&#233;duites &#224; saluer sur le trottoir leur proche confin&#233; derri&#232;re une vitre ? Le constat que je fais est que la d&#233;sesp&#233;rance s'est install&#233;e en d&#233;pit du d&#233;vouement et de la comp&#233;tence des personnels de sant&#233;. Cette soci&#233;t&#233; qui est la n&#244;tre, sans perspective, sans projet, est r&#233;duite aux acqu&#234;ts. Elle ne sait &#233;laborer ni nouvel humanisme ni utopie, et n'offre &#224; ses anciens pas plus qu'&#224; sa jeunesse, d'apaisement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans parler du co&#251;t soci&#233;tal &#224; l'infini r&#233;affirm&#233; : les personnes &#226;g&#233;es co&#251;teraient cher. Elles apparaissent ainsi de plus en plus comme un poids pour la soci&#233;t&#233;, comme une charge insupportable. En outre, la soci&#233;t&#233; &#233;voluant rapidement, les anciens n'auraient plus rien &#224; transmettre, leur savoir &#233;tant p&#233;rim&#233;. En r&#233;ponse &#224; cela, il convient de promouvoir une soci&#233;t&#233; plus inclusive, favorisant le lien social c'est-&#224;-dire int&#233;grative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me prononce pour l'application de la loi Claeys-L&#233;onetti de 2016, orientation qui ne dispose pas des moyens n&#233;cessaires. La loi avait retenu la s&#233;dation &#171; profonde et continue &#187; dans un relatif consensus, que n'offrent pas les r&#233;flexions d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me prononce &#233;galement pour le d&#233;veloppement des services de soins palliatifs pour accompagner des personnes &#226;g&#233;es devenues d&#233;pendantes et toujours fragilis&#233;es physiquement et psychiquement. Dans ce contexte, le r&#244;le des aum&#244;niers d'h&#244;pitaux ou de maisons de retraite, est une utile contribution &#224; un accompagnement personnalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier paragraphe de l'avis du CCNE, celui-ci &#233;voque une clause de conscience, un &#171; droit de retrait &#187; que pourraient exercer les professionnels de sant&#233; sous r&#233;serve de r&#233;f&#233;rer le patient a un autre praticien (&#8230;). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t que la vie ne peut se r&#233;duire &#224; son utilit&#233; sociale. Elle renvoie aussi &#224; des r&#233;alit&#233;s symboliques et spirituelles. La Bible interroge l'humanit&#233; sur ce point et nous dit : &#171; J'ai mis devant toi la vie et la mort, la b&#233;n&#233;diction et la mal&#233;diction. Choisis la vie afin que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en l'&#233;coutant et en t'attachant &#224; lui : c'est lui qui est ta vie, la longueur de tes jours, pour que tu habites sur la terre que le Seigneur a jur&#233; de donner &#224; tes p&#232;res, Abraham, Isaac et Jacob &#187;. (Deut&#233;ronome 30/19-20). Notre soci&#233;t&#233; doit choisir la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc retrouver l'amour des anciens, respecter fondamentalement ce qu'ils sont et ce que nous leur devons de connaissance, de transmission d'&#233;l&#233;ments de culture et de spiritualit&#233;. Leur faire une nouvelle place parmi nous et inventer de nouvelles relations au c&#339;ur m&#234;me de situations familiales fr&#233;quemment recompos&#233;es. Sans quoi notre soci&#233;t&#233; sera vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, et priv&#233;e d'espoir et d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici et l&#224; dans nos communes apparaissent des lieux nouveaux, des p&#244;les interg&#233;n&#233;rationnels, des r&#233;sidences s&#233;niors avec services partag&#233;s. La mise en commun des savoirs, des outils du savoir, et la promotion de l'accompagnement et de l'&#233;coute doivent &#234;tre encourag&#233;es pour un mieux vivre ensemble. Il n'y aura pas d'alternative &#224; cela pour permettre &#224; notre pays de faire preuve de dignit&#233;. Yves Parrend&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vivre avec Alzheimer</title>
		<link>https://www.christianismesocial.org/spip.php?article629</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.christianismesocial.org/spip.php?article629</guid>
		<dc:date>2020-04-27T20:47:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Baub&#233;rot</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il m'a fallu plusieurs mois pour me d&#233;cider &#224; &#233;crire cet article, sollicit&#233; par plusieurs amis, et je n'ai pu me r&#233;soudre &#224; le r&#233;diger en m'exprimant &#224; la premi&#232;re personne&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Presque toi, presque moi &#187;, chante, avec justesse, Alain Souchon : il existe toujours un &#233;cart entre la r&#233;alit&#233; empirique, infinie, insondable en tant que telle, et l'univers du langage qui veut la ma&#238;triser. Paradoxalement, je ressens davantage cette non-co&#239;ncidence quand il s'agit d'aborder un sujet &#171; v&#233;cu &#187; que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il m'a fallu plusieurs mois pour me d&#233;cider &#224; &#233;crire cet article, sollicit&#233; par plusieurs amis, et je n'ai pu me r&#233;soudre &#224; le r&#233;diger en m'exprimant &#224; la premi&#232;re personne&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Presque toi, presque moi &#187;, chante, avec justesse, Alain Souchon : il existe toujours un &#233;cart entre la r&#233;alit&#233; empirique, infinie, insondable en tant que telle, et l'univers du langage qui veut la ma&#238;triser. Paradoxalement, je ressens davantage cette non-co&#239;ncidence quand il s'agit d'aborder un sujet &#171; v&#233;cu &#187; que lorsque je pr&#233;sente mes recherches1. La solution a consist&#233; &#224; ressusciter le double que je m'&#233;tais invent&#233; lors de mon adolescence, quand j'&#233;tais &#171; po&#232;te &#187; ! J'avais appel&#233; cet autre moi-m&#234;me Mag, je ne sais trop pourquoi2. Mais j'en ai compris le sens, quelques ann&#233;es plus tard, en d&#233;couvrant dans Molloy, l'admirable roman de Samuel Beckett, ces deux phrases : &#171; Moi, je l'appelais Mag, quand je devais lui donner un nom. Et si je l'appelais Mag c'&#233;tait qu'&#224; mon id&#233;e sans que j'eusse su dire pourquoi, la lettre g abolissait la syllabe ma, et pour ainsi dire crachait dessus, mieux que tout autre lettre ne l'aurait fait3. &#187; Comment mieux exprimer l'ambi valence, la part d'ombre de tout &#234;tre humain ? De plus, le fait que Mag soit un pr&#233;nom f&#233;minin, &#233;tait, a posteriori, loin de me d&#233;plaire. Voici donc un nouvel &#233;pisode des aventures de &#171; Mag &#187;. Les doutes de Mag commenc&#232;rent en 2013, lors d'un &#233;ni&#232;me s&#233;jour &#224; Florence. Manifestement, son &#233;pouse se comportait comme si elle voyait le d&#244;me pour la premi&#232;re fois ou n'avait jamais visit&#233; le mus&#233;e des Offices. Elle dut, elle-m&#234;me, ressentir ses trous de m&#233;moire, voulut se rassurer et, en fait, les lui rendit plus perceptibles en pr&#233;tendant reconna&#238;tre les vitraux, les statues, l'orgue d'une &#233;glise nouvellement d&#233;couverte. Semblable attitude se g&#233;n&#233;ralisa par la suite : ainsi, apr&#232;s une balade en h&#233;licopt&#232;re &#224; La R&#233;union, offerte par un ami fort d&#233;&#231;u de l'entendre affirmer l'avoir d&#233;j&#224; effectu&#233;e, Mag avait d&#251; le r&#233;conforter : &#171; Vous l'am&#232;neriez sur la lune, elle all&#233;guerait que les paysages lui sont familiers. &#187; Une strat&#233;gie de d&#233;ni, maintes fois mise en &#339;uvre, pour ne pas admettre qu'elle aurait d&#251; &#171; consulter &#187;, comme il le lui demandait p&#233;riodiquement. Ancienne orthophoniste, elle s'&#233;tait occup&#233;e de patients atteints d'Alzheimer. Elle connaissait fort bien la d&#233;cr&#233;pitude progressive li&#233;e &#224; cette maladie, l'impuissance des m&#233;decins &#224; la gu&#233;rir, leur objectif limit&#233; de retarder, autant que faire se peut, son inexorable aggravation. Tout dans sa t&#234;te lui criait : &#171; Non, pas moi, ce n'est pas possible. &#187; Mag le comprenait et temporisait&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Transgresser ses principes et faire face&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout du compte, il accepta ses d&#233;n&#233;gations pendant pr&#232;s de trois ans, voulant se montrer coh&#233;rent avec lui-m&#234;me car, selon ses convictions personnelles, &#171; on ne soignait pas les gens malgr&#233; eux &#187;. Mais la situation devenait, peu &#224; peu, intenable. Une amie, constatant que sa compagne s'exprimait de fa&#231;on confuse, l'estima &#171; d&#233;prim&#233;e &#187; et reprocha fortement &#224; Mag de ne pas l'amener voir un &#171; psychiatre &#187;. Alors, il franchit le pas : pr&#233;tendant avoir besoin d'&#234;tre rassur&#233;, il lui demanda de consulter pour sauvegarder l'&#233;quilibre de leur relation. D&#233;but d'un changement frontal dans leurs rapports de couple (le pouvoir se substituant progressivement au dialogue), il t&#233;l&#233;phona, devant elle, &#224; un service de g&#233;rontologie et prit lui-m&#234;me le rendez-vous. Elle consentit &#224; s'y rendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le verdict tomba : &#171; Alzheimer &#187; Pour elle, le coup de massue. Pour lui, une confirmation qui allait, enfin, permettre d'affronter la &#171; r&#233;alit&#233; &#187;. il pensait &#234;tre pr&#234;t. Mag fut pourtant pris au d&#233;pourvu en entendant un &#171; Bon courage, monsieur &#187;, prononc&#233;, avec un air accentu&#233; de commis&#233;ration, par &lt;br class='autobr' /&gt; l'administrative lui rendant la carte Vitale de sa conjointe. &#171; Elle s'adresse &#224; moi comme si je venais de perdre un &#234;tre cher &#187;, avait-il imm&#233;diatement &lt;br class='autobr' /&gt;
gamberg&#233;. Une conclusion s'imposait : &#171; Ce sera plus dur que pr&#233;vu. &#187; Un peu plus tard, une autre amie lui fit rencontrer une personne &#171; comp&#233;tente en la mati&#232;re &#187;. Certes, cette derni&#232;re donna deux indications utiles : cacher les clefs de la voiture ; fermer le gaz imm&#233;diatement apr&#232;s utilisation. Mais en lui d&#233;crivant, avec force d&#233;tails, les futurs stades de l'&#233;volution pour qu'il sache &#171; &#224; quoi s'attendre &#187;, elle le poussa &#224; imaginer le pire. Elle crut le rassurer en parlant de &#171; petits bonheurs &#187; qui existeraient n&#233;anmoins. Or la tonalit&#233; g&#233;n&#233;rale de son discours avait rendu ce propos inaudible. Mag sortit de l'entrevue compl&#232;tement d&#233;courag&#233;. Cette d&#233;prime s'ajoutait &#224; une autre, li&#233;e &#224; un double sentiment de culpabilit&#233;. 'abord se dire &#171; J'ai trop tard&#233; &#224; r&#233;agir. l y a trois ans, le cours de la maladie aurait pu &#234;tre frein&#233; et nous n'en serions pas l&#224;. &#187; Ensuite, &#224; l'inverse, se reprocher d'avoir agi : &#171; Puisque la maladie n'est pas curable et qu'elle ne voulait pas savoir, de quel droit l'ai-je forc&#233;e &#224; conna&#238;tre la r&#233;alit&#233; de son &#233;tat ? &#187; N'avait-il pas pens&#233; avant tout &#224; lui-m&#234;me et, par son intervention, rendu son &#233;pouse malheureuse ? Culpabilit&#233;s contradictoires ? Peut-&#234;tre &#8211; ou peut-&#234;tre pas, car sa valse-h&#233;sitation ne s'av&#233;rait-elle pas le pire des choix ? N'aurait-il pas fallu soit intervenir d&#232;s le d&#233;but, soit laisser les choses suivre leur cours ? Mais, avant tout, il devait faire face. Ladite culpabilit&#233; fut enfouie en profondeur, tel un d&#233;chet nucl&#233;aire. Deux ans plus tard, l'humour reprit m&#234;me, &#224; certains moments, quelques droits : &#171; Dommage que je ne sois pas catholique, avec tout ce que je dois faire et endurer, je serais en train de gagner un s&#233;jour &#233;ternel au paradis, voire une aur&#233;ole ! &#187; Une blague un peu nulle, engendrant de dr&#244;les de regards : &#171; Comment peut-il plaisanter sur un sujet pareil ? &#187;, se demandaient, in petto, des gens &#171; sens&#233;s &#187;. Rares ceux qui comprirent qu'il s'agissait d'un &#171; kit de survie &#187;, d'une prise de distance n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;S'adapter, ne pas se laisser aller, r&#233;agir&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Probl&#232;me mineur, Mag en affrontait d'autres plus importants. Chercheur (soi-disant &#171; retrait&#233; &#187;), historien-sociologue d'un &#171; sujet sensible &#187; objet de passions collectives, non seulement il si&#233;geait toujours &#224; des instances &#171; scientifiques &#187;, mais il participait, de plusieurs mani&#232;res, &#224; ce qu'on appelle le &#171; d&#233;bat social &#187;, o&#249; domine un affrontement m&#233;diatique largement biais&#233;. L'intellect mis en spectacle donne une prime aux lieux communs, aux &#171; allant-de-soi &#187;. Et m&#234;me, dans des &#171; tables rondes &#187; plus s&#233;rieuses, il &#233;prouvait souvent un certain malaise, se sentant un peu comme un marathonien oblig&#233; de participer &#224; un 400 m&#232;tres haies. La fatigue accentuant son trouble, il se consid&#233;rait maintenant comme &#171; mauvais &#187; face &#224; ses interlocuteurs. Son m&#233;decin ne tarda pas, d'ailleurs, &#224; constater une hypertension ; il l'incita &#224; abandonner le champ du r&#233;chauffement m&#233;diatique et m&#234;me tout d&#233;bat public : &#171; Vous &#234;tes en &#233;tat quotidien de stress, vous ne pouvez pas ajouter du stress au stress. &#187; Mag rongea son frein, devint socialement silencieux puis, frustr&#233; d'&#234;tre ainsi hors-jeu, il se mit &#224; lancer quelques &#171; scuds &#187; de chez lui, relativement &#224; l'abri : notes sur Mediapart, tribunes dans Le Monde&#8230; Auparavant, il avait d&#233;missionn&#233; des diff&#233;rents comit&#233;s et conseils, ou accept&#233; que son nom continue &#224; figurer tout en pr&#233;venant qu'il s&#233;cherait les s&#233;ances. u fil des mois, il lui devenait plus difficile de laisser son &#233;pouse seule et, d'ailleurs, celle-ci se f&#226;chait parfois quand il sortait de l'appartement sans elle. Mag continua, quand m&#234;me, de participer aux s&#233;minaires du laboratoire dont il &#233;tait le fondateur, amenant sa conjointe avec lui. Elle se montra de bonne composition. Arriva, n&#233;anmoins, le moment o&#249; cette solution ne devint plus envisageable. Les r&#233;unions duraient trop longtemps pour qu'elle puisse les supporter. l en fut de m&#234;me pour les soir&#233;es au restaurant, avec des amis et connaissances : au milieu du repas, il voyait ses yeux le supplier de partir. Mag se sentait &#224; la fois le gardien de prison et le prisonnier de sa conjointe. Comme si des menottes les liaient d&#233;sormais l'un &#224; l'autre, emp&#234;chant leur libert&#233; respective. De plus, accomplir l'ensemble des t&#226;ches quotidiennes, m&#234;me avec les quelques heures hebdomadaires d'une &#171; femme de m&#233;nage &#187; (l&#224; depuis longtemps), devenait mission impossible. Non seulement, il fallait, au quotidien, veiller sur sa compagne, mais celle-ci, ne voulant pas &#171; ne rien faire &#187;, confondait r&#233;frig&#233;rateur et cong&#233;lateur, m&#233;langeait vaisselle propre et vaisselle sale&#8230; En outre, il prenait conscience que les activit&#233;s journali&#232;res impliquent la stabilit&#233; des objets : ces derniers restent bien sagement &#224; la place qui leur a &#233;t&#233; assign&#233;e. Or ce n'&#233;tait plus du tout le cas. Quelques minutes d'inattention de sa part et ustensiles, chaussures ou livres disparaissaient, comme par magie. ne ins&#233;curit&#233; pratique devenait permanente. Enfin, il subissait une &#171; double peine &#187;, constatant que plus on aide une personne atteinte d'Alzheimer, plus celle-ci vous en veut, vous rend responsable de sa perte d'autonomie. L'&#233;v&#233;nement le plus dramatique fut une fugue lors d'une hospitalisation. Elle disparut en fin d'apr&#232;s-midi. es fils patrouill&#232;rent toute la nuit ainsi que le jour suivant, qui en voiture, qui &#224; v&#233;lo, la recherchant dans un p&#233;rim&#232;tre de plus en plus large ; Mag restait dans leur appartement, qu&#234;tant un invraisemblable retour ou, plus plausiblement, des nouvelles de la police. &#192; chaque coup de t&#233;l&#233;phone, il esp&#233;rait. En fait, la rumeur ayant fait son &#339;uvre, il s'agissait d'amis qui t&#233;moignaient de leur sympathie. D&#233;ception ! Comment supportait-elle le froid ? La faim ? Avait-elle dormi ? N'avait-elle pas fait de &#171; mauvaises rencontres &#187; ? D'heure en heure, l'espoir diminuait. N'en pouvant plus d'attendre, Mag se fit remplacer &#224; son domicile et alla se poster gare Montparnasse sa femme &#233;tait originaire de Nantes et parlait parfois d'y retourner. C'&#233;tait absurde d'arpenter ce lieu, mais il lui fallait bouger, croire qu'il faisait quelque chose&#8230; ingt-six heures s'&#233;taient &#233;coul&#233;es quand le coup de fil de la d&#233;livrance lui parvint. Elle venait d'entrer dans un commissariat, situ&#233; &#224; une bonne dizaine de kilom&#232;tres de l'&#233;tablissement d'o&#249; elle s'&#233;tait enfuie, et avait d&#233;clar&#233; &#224; une polici&#232;re &#171; Je ne sais pas ce que je fais l&#224;. &#187; l s'attendait &#224; &#233;prouver une grande joie en la revoyant &#8211; chaque minute avait dur&#233; une &#233;ternit&#233; ! Ce ne fut pas vraiment le cas, tant elle lui apparut vo&#251;t&#233;e, ses v&#234;tements puant et curieusement munie d'un sac contenant de la nourriture et des mati&#232;res f&#233;cales. Elle avait peut-&#234;tre rencontr&#233; des zonards qui, apr&#232;s une nuit et une journ&#233;e de gal&#232;re, l'avaient amen&#233;e &#224; ce commissariat sans vouloir y p&#233;n&#233;trer. On ne saura jamais ce qui lui &#233;tait arriv&#233;, mais elle dut le revivre les nuits suivantes : elle g&#233;missait en dormant et il fallait la r&#233;veiller pour la d&#233;livrer de ses cauchemars. &#201;puis&#233;, le moral &#171; dans les chaussettes &#187;, en 2019, Mag eut recours, &#224; temps partiel, aux services d'une &#171; auxiliaire de vie &#187;. Cette derni&#232;re s'av&#233;ra rapidement une aide pr&#233;cieuse : le matin, elle la levait, la douchait et lui faisait prendre son petit-d&#233;jeuner. Pendant ce temps, Mag pouvait travailler tranquillement. l aurait d l'engager bien plus t&#244;t, pensa-t-il, sachant tr&#232;s bien qu'un tel retard &#233;tait d&#251;, en partie, &#224; sa forte r&#233;ticence d'introduire chez lui un regard ext&#233;rieur qui interf&#233;rerait dans leur &#171; intimit&#233; &#187;. De plus, deux ans auparavant, son &#233;pouse avait d&#233;chir&#233; l'ordonnance qui prescrivait la venue d'une infirmi&#232;re deux fois par semaine. Ce vif refus lui avait servi d'alibi ! Certes, l'impression de claustration ne s'effa&#231;a pas totalement : toute sortie hors de son appartement, donnant lieu &#224; des heures suppl&#233;mentaires, devait &#234;tre programm&#233;e &#224; l'avance, et certaines de ces sorties, obligatoires et r&#233;currentes (faire les courses, aller chez le coiffeur ou le m&#233;decin, limitaient les autres. l retrouva, cependant, une relative libert&#233; de mouvement et un renouveau de vie sociale. l &#233;prouva, surtout, un l&#226;che soulagement en confiant &#224; l'auxiliaire de vie le soin de promener son &#233;pouse. S'il arrivait &#224; g&#233;rer (plus ou moins bien), &#224; leur domicile, ses probl&#232;mes d'incontinence, hors de chez lui, la simple perspective d'avoir &#224; le faire le terrorisait. Descendant de paysans pr&#232;s de leurs sous, Mag comptait ce que lui cotait chacun de ses d&#233;placements, charges comprises l op&#233;ra une s&#233;lection drastique de ses sorties optionnelles, assumant un crit&#232;re &#171; &#233;go&#239;ste &#187; : choisir ce qui lui procurait le plus de plaisir. Le fait d'avoir &#224; consacrer la majeure partie de son temps et de son &#233;nergie &#224; une personne malade l'incitait &#224; croire qu'il n'&#233;tait plus redevable &#224; l'&#233;gard de la communaut&#233; scientifique, ni m&#234;me envers les &#171; causes &#187; qu'il avait toujours d&#233;fendues. 'ailleurs, au fil des ans, par le bouche-&#224;-oreille, il avait acquis un nouveau statut : celui d'&#171; aidant &#187;, une sorte de passeport autorisant socialement son comportement. Pourtant, certains continuaient &#224; le solliciter, tout en ajoutant, sans craindre le paradoxe : &#171; Prends bien soin de toi ! &#187; Un avertissement l'horripilait : &#171; Fais gaffe, en g&#233;n&#233;ral, ce sont les aidants qui meurent les premiers. &#187; Mag connaissait cette phrase par c&#339;ur. Parfois, elle lui faisait croire que ses interlocuteurs s'&#233;tonnaient qu'il soit encore en vie. &#192; d'autres moments, il avait l'impression que tout un chacun se pr&#233;occupait prioritairement de sa propre sant&#233;, n&#233;gligeant le sort de sa conjointe, comme si elle se trouvait d&#233;sormais hors du monde commun. Certes, il fabulait et en avait conscience, mais continuait &#224; &#233;prouver ces ressentis. Et pourtant, si le propos ressass&#233; sur le d&#233;c&#232;s pr&#233;matur&#233; des aidants l'irritait prodigieusement, en fait, il le prenait &#233;galement tr&#232;s au s&#233;rieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Deux aspects contradictoires !&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En souffrance Le premier aspect, l'&#233;nervement, provenait de la certitude que, sans commune mesure, son &#233;pouse souffrait plus que lui. Elle oscillait constamment entre deux &#233;tats. &#192; certains moments, elle subissait passivement d'&#234;tre livr&#233;e &#224; la domination d'autrui, de ne plus garder le moindre pouvoir sur sa vie propre. Elle endurait son absence de rep&#232;res dans l'espace et le temps. &#171; O&#249; allons-nous ? &#187; ; &#171; Pourquoi les enfants ne sont pas l&#224; ? &#187; ; &#171; Je voudrais tellement voir ma m&#232;re &#187;&#8230; Et des r&#233;p&#233;titifs : &#171; Je ne sais pas&#8230; &#187; &#171; Tu projettes. Elle ne peut souffrir, n'ayant plus conscience de rien &#187;, affirmaient certains. u contraire, ses regards montraient que son impuissance lui pesait. Sans parler des angoisses qu'elle n'arrivait pas &#224; verbaliser. Ainsi, Mag ayant accept&#233; une conf&#233;rence &#224; Marseille, ils s'&#233;taient promen&#233;s tous les deux, le soir, dans le vieux port. Moment fort agr&#233;able, sauf qu'au retour, il s'av&#233;ra impossible de lui faire prendre le chemin de l'h&#244;tel. &#192; chaque croisement de rue, elle voulait bifurquer. Plus ils avan&#231;aient, plus une peur panique s'emparait d'elle. Que se passait-il donc ? Tout &#224; coup, Mag comprit : &#224; cent m&#232;tres devant eux se dressait une grande roue et, &#224; l'aller, il avait dit en gal&#233;jant : &#171; Et si, en revenant, nous montions sur la grande roue ? &#187; Et dire que, d'habitude, ses plaisanteries la faisaient rire ! De fa&#231;on r&#233;currente, elle tentait de reprendre le contr&#244;le de sa vie. Mais elle ne pouvait le faire qu'en s'opposant frontalement &#224; son mari. &#171; Je sais tr&#232;s bien ce que je fais &#187; : telle &#233;tait s&#232;chement sa r&#233;ponse quand celui-ci voulait rectifier un comportement &#171; incongru &#187;. Ou encore &#171; Je ne suis pas idiote &#187; (variante : &#171; Je ne suis pas folle &#187;). Et surtout, ses &#171; Non &#187; r&#233;p&#233;t&#233;s, cri&#233;s de fa&#231;on presque d&#233;sesp&#233;r&#233;e, quand il l'obligeait &#224; effectuer quelque chose relevant de la routine ordinaire que, pour des raisons lui restant obscures, elle trouvait intol&#233;rable de faire. Parfois, il devait imposer presque physiquement qu'elle se mette &#224; table, qu'elle aille aux toilettes, qu'elle se couche ; alors elle l'injuriait, le battait sans lui faire vraiment mal, pr&#233;tendait qu'elle allait &#171; partir &#187;. Mag mettait du temps &#224; se calmer, ensuite, et devait parfois prendre une double dose de somnif&#232;re. Les p&#233;riodes o&#249; elle se montrait passive lui simplifiaient donc &#233;norm&#233;ment la t&#226;che mais, depuis peu, ayant repris du poil de la b&#234;te apr&#232;s quelques mois d'abattement, il en &#233;prouvait un relatif malaise. &#171; Trop facile &#187;, ruminait-il. Auparavant, si le contenu de l'opposition manifest&#233;e par son &#233;pouse paraissait d&#233;nu&#233; de signification, il avait tent&#233; de donner sens &#224; son comportement en se r&#233;p&#233;tant : &#171; C'est contre sa maladie qu'elle est en col&#232;re, pas contre moi. &#187; l n'en &#233;tait nullement apais&#233; pour autant. Or, un beau soir, il avait appliqu&#233; &#224; sa propre quotidiennet&#233; les notions de Max Weber qu'il utilisait dans ses recherches. Son raisonnement fut le suivant il infligeait &#224; sa conjointe les ditats d'une &#171; rationalit&#233; instrumentale &#187; ; par son opposition, elle lui rappelait l'importance de la &#171; rationalit&#233; en valeur &#187;. Sa compagne luttait, avec l'&#233;nergie du d&#233;sespoir, pour sauvegarder sa dignit&#233; d'&#234;tre humain, refusant de n'&#234;tre qu'un objet inerte de soins, d'attention. M&#234;me l'affection qu'il lui donnait pouvait, quelquefois, s'av&#233;rer insupportable pour elle, car ne s'agissait plus d'une relation de tendresse entre deux &#234;tres autonomes. Le sens d&#233;sormais attribu&#233; &#224; ces moments p&#233;nibles prit alors une force insoup&#231;onn&#233;e. Elle, en se rebellant, lui, en subissant, menaient ensemble le m&#234;me combat, dont l'enjeu n'&#233;tait rien moins que la &#171; dignit&#233; &#187;. Analyse pertinente ou simple sp&#233;culation d'intello ? Peu importe, puisque les instants jusqu'alors difficiles &#224; vivre prenaient d&#233;sormais un sens o&#249; le positif l'emportait. Et int&#233;rioriser ce nouveau sens permettait de mieux ma&#238;triser ces moments, de &#171; prendre sur soi &#187; de fa&#231;on &lt;br class='autobr' /&gt; r&#233;confortante, productive grce &#224; un d&#233;fi tenter de permettre &#224; cette dignit&#233; de s'affirmer autrement que par le conflit. iminuer ou m&#234;me &#233;viter l'affrontement en contournant l'obstacle. Parfois, il suffisait de peu de chose : jusqu'alors, le repas pr&#234;t, il pressait sa compagne de se mettre &#224; table, dans la hantise qu'elle mange froid. Or il suffisait de mettre en &#233;vidence un hors-d'&#339;uvre et d'attendre qu'elle veuille bien se d&#233;cider ; il avait alors largement le temps de cuire le plat principal. Autre petit exemple : comprendre qu'il fallait toujours qu'elle voie la lunette abaiss&#233;e pour avoir une chance qu'elle consente &#224; aller aux toilettes. Percevoir, &#224; force d'observation, les petits riens qui lui permettaient de vivre &#224; son rythme ou, au contraire, la rendaient phobique. Le vivable se niche dans les d&#233;tails. Une telle fa&#231;on d'agir apparaissait, a priori, chronophage ; il lui avait fallu trois ans pour la concevoir et l'adopter, &#233;tant de temp&#233;rament impatient, habitu&#233; aux affaires rondement men&#233;es, par lui comme par celles Sa compagne luttait, avec l'&#233;nergie du d&#233;sespoir, pour sauvegarder sa dignit&#233; d'&#234;tre humain, refusant de n'&#234;tre qu'un objet inerte de soins, d'attention, et ceux qu'il avait dirig&#233;s au cours de sa carri&#232;re. au final, pourtant, cette nouvelle mani&#232;re de se comporter s'av&#233;rait efficace. Le &#171; message &#187; essentiel susceptible d'aider chaque &#171; aidant &#187; &#233;tait : &#171; D&#233;sormais, le combat de votre conjoint pour maintenir sa dignit&#233; se fera, en apparence, contre vous. Soyez partie prenante de cette lutte. Vous serez tous deux gagnants. &#187; Peut-&#234;tre ne s'agissait-il, en fait, que d'une manipulation plus subtile d'autrui. Il lui fallait l'assumer car, en d&#233;finitive, moins de tristesse et de col&#232;re, plus de moments sereins : ce r&#233;sultat n'&#233;tait pas &#233;thiquement neutre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;S'aimer suf&#64257;samment &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Second aspect : la prise en compte de l'avertissement, en apparence d&#233;nigr&#233;, &#171; les aidants meurent les premiers &#187;. Ce propos trottinait dans sa t&#234;te, sous une forme un peu diff&#233;rente : &#171; continuer &#224; avoir une vie &#224; moi &#187;, en faisant primer la qualit&#233; de cette vie sur son &#233;ventuelle longueur. &#171; Aimer son prochain comme soi-m&#234;me &#187;, lui avait appris l'&#201;vangile. Cela signifiait de consid&#233;rer comme perverse toute tentation sacrificielle. S'aimer soi-m&#234;me devait &#233;quilibrer et &#234;tre le pendant d'aimer autrui. Sa &#171; blague &#187; nulle caricaturant le catholicisme, pour regretter (soi-disant de ne pas en &#234;tre, n'&#233;tait pas d&#233;nu&#233;e de signification Mag savait, en bon protestant, qu'aucun &#171; m&#233;rite &#187; ne lui permettrait de gagner un quelconque &#171; ciel &#187;, que ni lui ni personne n'avait &#224; emprunter les voies de la saintet&#233; car &#171; tout &#233;tait gr&#226;ce &#187; ; il &#233;tait donc ontologiquement licite de s'aimer soi-m&#234;me, y compris dans une certaine &#233;quivocit&#233;. Or, angle mort du discours dominant, la &#171; modernit&#233; &#187; restait d'autant plus impr&#233;gn&#233;e de sot&#233;riologie qu'elle s'en croyait indemne. Ce n'&#233;taient pas les seuls fondamentalismes religieux qui recherchaient le &#171; salut &#187;, qui &#233;taient dans la qu&#234;te sans fin, inflationniste, d'une impossible &#171; puret&#233; &#187;. La soci&#233;t&#233; s&#233;cularis&#233;e s'exprimait avec un tout autre vocabulaire mais, de la sempiternelle invocation des &#171; valeurs de la R&#233;publique &#187; &#224; la volont&#233; d'&#171; &#233;manciper &#187; des humains malgr&#233; eux, un id&#233;al salvateur implicite continuait de la faonner. &#192; sa faon, elle voulait &#171; purifier &#187;, ce qui &#233;tait illusoire, g&#233;n&#233;rateur d'hypocrisies structurelles et, surtout, contre-productif. S'estimant exon&#233;r&#233; de tout &#171; devoir social &#187; autre que le respect des lois, Mag avait concentr&#233; ses &#171; heures de libert&#233; &#187; (quand sa conjointe dormait, quand l'auxiliaire de vie &#233;tait l&#224; ou lorsqu'il laissait son &#233;pouse s'occuper toute seule, quitte &#224; faire face, ensuite, aux cons&#233;quences) sur un projet qui le taraudait depuis longtemps : proposer une perspective, qui lui semblait neuve, sur son sujet de pr&#233;dilection. &#201;crire trois tomes, ce qui, outre la possibilit&#233; de faire &#224; peu pr&#232;s le tour de la question, prendrait des ann&#233;es, &#233;loignant l'horizon d'une existence sans vis&#233;e personnelle, sans plaisir propre. Quitte &#224; ce que ce soit, peut-&#234;tre, une (nouvelle) symphonie inachev&#233;e&#8230; internet et les &#171; m&#233;chants &#187; Gafa donnaient des possibilit&#233;s in&#233;dites de recherches &#224; domicile. Avec l'aide talentueuse d'une jeune chercheuse, allant aux archives pour compenser sa difficult&#233; &#224; sortir de chez lui, il avait d&#233;j&#224;, ces trois derni&#232;res ann&#233;es, r&#233;dig&#233; le premier tome de cette oeuvre. l en &#233;tait, immodestement, assez satisfait. En tout cas, cela lui avait donn&#233; &#171; la p&#234;che &#187; : s'il esp&#233;rait vivement aller jusqu'au bout, atteindre son but, un certain apaisement l'habitait. Peu importe ce qui lui arriverait d&#233;sormais, il avait r&#233;ussi &#224; ne pas &#234;tre uniquement dans le &#171; d&#233;vouement &#187;. Assumer de pleinement s'aimer soi-m&#234;me, d'avoir des moments dont il restait le &#171; propri&#233;taire &#187;, favorisait une relation plus sereine, plus tendre avec son &#233;pouse, et rendait supportable ce qui se r&#233;v&#233;lait &#234;tre le plus pesant : vivre avec quelqu'une dont il partageait l'existence depuis un bon demi-si&#232;cle, mais avec laquelle il n'arrivait plus &#224; avoir ni souvenirs communs ni discussions qui commentaient (ou refaisaient) le monde. Ne pas savoir, &#233;galement, ce qu'il repr&#233;sentait d&#233;sormais pour elle : &#171; Je ne suis pas mari&#233;e &#187;, avait-elle affirm&#233; &#224; un m&#233;decin, tout en r&#233;pondant &#224; la question suivante : &#171; C'est mon &#233;poux qui me fait &#224; manger ! &#187; Si Mag avait un conseil, un seul, &#224; donner &#224; tout autre &#171; aidant &#187;, ce serait de r&#233;aliser une passion non encore satisfaite ou de s'en trouver une &#224; accomplir. Qu'il s'agisse de peindre, d'&#233;crire des po&#232;mes, de lire tous les romans de Micha&#235;l Ferrier et les &#171; policiers &#187; d'Andrea Camilleri, de cuisiner les diff&#233;rentes recettes du commissaire Brunetti (fournies par l'autrice Donna Leon) ou de collectionner des timbres, peu importe. L'important &#233;tait de pouvoir se dire : &#171; Je me r&#233;serve des moments exclusivement pour moi. &#187; Sans doute, le meilleur antidote aux instants de d&#233;couragement. D&#232;s 2016, et le projet de d&#233;remboursement de certains m&#233;dicaments &#224; efficacit&#233; douteuse, il avait r&#233;agi vivement sur Mediapart4. l n'allait pas revenir sur ce sujet, sauf pour donner deux pr&#233;cisions. D'abord, son &#233;pouse avait pris le patch controvers&#233;, puis ce traitement avait d&#251; &#234;tre arr&#234;t&#233; &#224; cause d'effets cardio-vasculaires. Elle avait v&#233;cu cette interruption comme une sorte de condamnation &#224; mort. En prenant son m&#233;dicament, elle luttait contre sa maladie. Ne plus le prendre avait &#233;t&#233; ressenti comme une d&#233;faite irr&#233;ductible. Le temps qu'il s'en rende compte et obtienne une ordonnance pour un placebo avait &#233;t&#233; trop long elle n'avait pas &#233;t&#233; dupe Ensuite, le discours officiel &#171; Privil&#233;gions les solutions autres que m&#233;dicamenteuses ; des dispositifs sont en place pour aider les aidants &#187; s'&#233;tait av&#233;r&#233; d'une efficacit&#233; relative. Aller, une journ&#233;e par semaine, &#224; l'h&#244;pital de jour n'avait jamais fonctionn&#233; : sa conjointe revenait le soir en faisant un chantage au suicide. En revanche, les s&#233;ances d'orthophonie (non contradictoires avec la prise de m&#233;dicament !) s'&#233;taient longtemps montr&#233;es utiles. De m&#234;me les cours d'orgue, passion de son &#233;pouse, o&#249;, apr&#232;s une demi-heure de vains efforts, elle arrivait encore &#224; structurer &#224; peu pr&#232;s son jeu. Vint le moment o&#249;, dans les deux cas, il lui fut dit : &#171; Cela ne sert plus qu'&#224; la mettre en situation d'&#233;chec. &#187; Quant &#224; diverses formules de th&#233;rapies &#224; domicile, Mag eut parfois l'impression que certains professionnels traitaient sa femme comme une enfant. &#192; moins que ce ne soit lui qui ne supportait pas des consignes normatives : &#171; Vous ne devez pas la laisser grignoter des biscuits ou du chocolat &#224; n'importe quelle heure de la journ&#233;e&#8230; &#187; R&#233;ponse non formul&#233;e : &#171; &#8220;Merde &#224; Vauban&#8221; (comme l'avait chant&#233; L&#233;o Ferr&#233;), laissez-la vivre, et moi aussi ! &#187; D'ailleurs, au bout d'un temps, elle avait refus&#233; les activit&#233;s propos&#233;es. Peut-&#234;tre le fameux &#171; Non &#187; d'une dignit&#233; ressentie obscur&#233;ment comme menac&#233;e. Mag avait particip&#233; &#224; une s&#233;ance d'un &#171; groupe de parole &#187;. l l'avait v&#233;cue comme une sorte de surench&#232;re entre &#171; aidants &#187; o&#249;, de fait, chacun pr&#233;tendait se trouver dans la situation la plus intol&#233;rable, &#234;tre le plus &#224; plaindre. l prit la parole pour inciter le collectif &#224; reconnatre que tout n'&#233;tait pas si affreux ; manifestement, ses propos cassaient l'ambiance ! L'exp&#233;rience s'av&#233;rait int&#233;ressante comme exemple de l'emprise sociale actuelle de l'id&#233;ologie victimaire, mais n'avait nul besoin d'&#234;tre renouvel&#233;e. Devenue p&#233;remptoire, obs&#233;dant, le nouveau lieu commun du &#171; plus victime que moi, tu meurs &#187; montre, une fois encore, la d&#233;rive des meilleures causes l'inflation du mieux est l'ennemi du bien En d&#233;finitive, c'&#233;tait encore l'auxiliaire de vie, la femme de m&#233;nage, ses enfants, petits-enfants, ses amis et, dans leur domaine propre, les m&#233;decins qui lui avaient apport&#233; les meilleurs soutiens. Constat vraiment tr&#232;s banal, si ce n'est que des amiti&#233;s, non &#233;videntes au d&#233;part, s'&#233;taient r&#233;v&#233;l&#233;es. Ainsi, Catherine Kintzler, une philosophe qu'il affrontait r&#233;guli&#232;rement dans des d&#233;bats publics, apprenant la maladie de sa conjointe, avait imm&#233;diatement fait preuve d'une forte empathie, trouvant des mots justes dont il avait gard&#233; pr&#233;cieusement le souvenir. Et si ladite experte de 2016 avait annonc&#233; des catastrophes et pr&#233;dit de &#171; petits bonheurs &#187;, autre chose &#233;tait arriv&#233;. D'abord, la situation n'&#233;tait pas all&#233;e de Charybde en Cylla. l s'agissait plut&#244;t d'une course-poursuite entre l'&#233;volution de la maladie et les adaptations successives. Mag avait appris &#224; courir et, jusqu'&#224; pr&#233;sent du moins, quand la maladie prenait de l'avance, il la rattrapait. Ensuite, et surtout, un soir, rentrant d'une r&#233;union au moment m&#234;me o&#249; l'auxiliaire de vie venait de coucher son &#233;pouse, cette derni&#232;re, en le voyant arriver, lui avait offert le plus merveilleux des sourires. Un sourire aussi important que ceux du tout d&#233;but de leur rencontre amoureuse. Ce n'&#233;tait pas un &#171; petit bonheur &#187;, mais le bonheur tout simplement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Appel de fond</title>
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		<dc:date>2020-04-27T20:30:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Rive</dc:creator>


		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Justice</dc:subject>

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&lt;p&gt;A l'heure de la prise de conscience douloureuse de la n&#233;cessit&#233; de retrouver un monde d'entraide ... &lt;br class='autobr' /&gt; A l'heure de la prise de conscience douloureuse de la n&#233;cessit&#233; de retrouver un monde d'entraide de proximit&#233;, de sobri&#233;t&#233; dans la consommation, de bienveillance entre les peuples, de respect des animaux, de la nature et donc de la transition qu'il faut d&#232;s maintenant organiser, ne serait-il pas judicieux d'appeler les tr&#232;s riches de notre pays &#224; une solidarit&#233; accrue et mettre en &#339;uvre un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'heure de la prise de conscience douloureuse de la n&#233;cessit&#233; de retrouver un monde d'entraide ...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'heure de la prise de conscience douloureuse de la n&#233;cessit&#233; de retrouver un monde d'entraide de proximit&#233;, de sobri&#233;t&#233; dans la consommation, de bienveillance entre les peuples, de respect des animaux, de la nature et donc de la transition qu'il faut d&#232;s maintenant organiser, ne serait-il pas judicieux d'appeler les tr&#232;s riches de notre pays &#224; une solidarit&#233; accrue et mettre en &#339;uvre un imp&#244;t exceptionnel et peut-&#234;tre durable permettant au c&#339;ur m&#234;me de cette crise sanitaire de financer cette transition tout en r&#233;tablissant une coh&#233;sion sociale bien endommag&#233;e par un capitalisme financier qui ne cesse d'aggraver les in&#233;galit&#233;s et d'autant plus dangereux qu'il per&#231;oit sa fin imminente&lt;br class='autobr' /&gt;
Pasteur Jean-Pierre Rive&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nature, cr&#233;ation et limites</title>
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		<dc:date>2019-11-13T09:45:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrice Rolin</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>
		<dc:subject>Foi, la&#239;cit&#233;</dc:subject>

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&lt;p&gt;Entrons en dialogue avec plusieurs textes bibliques qui &#233;voquent l'id&#233;e de 'nature'. Si la Bible &#233;voque en de nombreux passages ce que nous nommerions &#8216;nature', parle-t-elle pour cela de la nature ? Pour ses auteurs, l'Univers est cr&#233;ation de Dieu (Ps 24,1-2), or &#8216;Cr&#233;ation&#8216; n'est pas &#8216;nature'. Il faut nous donc clarifier ces concepts. &lt;br class='autobr' /&gt; 1.1 La nature est-elle naturelle ? Et pour commencer, qu'est-ce que &#8216;la nature' ? Dr&#244;le de question pour des occidentaux qui consid&#232;rent qu'est nature, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entrons en dialogue avec plusieurs textes bibliques qui &#233;voquent l'id&#233;e de 'nature'. Si la Bible &#233;voque en de nombreux passages ce que nous nommerions &#8216;nature', parle-t-elle pour cela de la nature ? Pour ses auteurs, l'Univers est cr&#233;ation de Dieu (Ps 24,1-2), or &#8216;Cr&#233;ation&#8216; n'est pas &#8216;nature'. Il faut nous donc clarifier ces concepts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.1 La nature est-elle naturelle ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour commencer, qu'est-ce que &#8216;la nature' ? Dr&#244;le de question pour des occidentaux qui consid&#232;rent qu'est nature, tout ce qui n'est pas culture, tout ce qui n'est pas humain ou d'origine humaine, bref tout ce qui n'est pas nous ! Pourtant, il faut nous bien r&#233;aliser que cette id&#233;e, qui para&#238;t &#234;tre une &#233;vidence, est en fait une construction. En effet, toutes les cultures humaines n'ont pas un tel concept. Et pour la majorit&#233; de nos lointains a&#239;eux comme pour beaucoup de nos contemporains encore aujourd'hui, l'humain fait partie de ce que nous nommons &#8216;nature' et il n'est donc pas besoin de nommer cette r&#233;alit&#233; comme si elle lui &#233;tait ext&#233;rieure. &lt;br class='autobr' /&gt; Ce sont les grec qui semblent avoir &#233;t&#233; les &#8216;inventeurs' de la nature, du concept de nature du moins. Le mot grec pour nature est phusis, qui a donn&#233; en fran&#231;ais 'physique', la physique. Ce mot est construit &#224; partir d'un verbe (phu&#244;) qui signifie &#8220;faire na&#238;tre&#8221;, &#8220;produire&#8221;, &#8220;faire cro&#238;tre&#8221;... la nature est donc con&#231;ue comme une r&#233;alit&#233; dynamique. Mais notre mot 'nature', lui, vient du latin natura qui renvoie plus &#224; l'essence des choses , &#8220;&#224; leur nature&#8220; comme on dit. Comme dans le grand po&#232;me de Lucr&#232;ce (1er s. av. JC) intitul&#233; De rerum natura, &#8220;de la nature des choses&#8220;, un po&#232;me qui entend lever le voile sur les myst&#232;res de la nature. Ainsi comprise, la nature devient l'objet d'observations scientifiques et de r&#233;flexions philosophiques pour la rendre intelligible, et pour, in fine, y vivre et en vivre aussi bien que possible. Absent de la Bible h&#233;bra&#239;que, ce concept de 'nature', et le mot phusis qui y renvoie en grec, appara&#238;t dans la Bible grecque des Septante, deux fois seulement, dans le livre tardif de la Sagesse (7,20 ; 13,1), d&#233;j&#224; largement influenc&#233; par l'hell&#233;nisme, mais c'est pour souligner que derri&#232;re cette &#034;nature&#034;, il y a un artisan de toutes ces &#339;uvres merveilleuses. Ainsi, les nombreux passages de la litt&#233;rature sapientiale biblique qui font l'&#233;loge de l'intelligence divine dans l'univers parlent toujours de &#8216;cr&#233;ation' (ktisis) et non de &#8216;nature' (phusis) .&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le Nouveau Testament, comme dans l'Ancien, le concept de nature comme entit&#233; s&#233;par&#233;e est donc absent, et quand le mot phusis est employ&#233; (par Paul en particulier), il d&#233;signe un &#233;tat d'&#8216;origine', &#8216;sauvage', &#8216;brute', &#8216;non-travaill&#233;' (Rm 11,24 ; Ga 2,15), un &#233;tat qui est en attente d'une restauration ou d'un accomplissement. Dans quelques autres passages Paul utilise le mot phusis dans un sens proche du latin natura qui renvoie &#224; l'essence ou &#224; l'ordre &#8220;naturel&#8220; des choses (Rm 1,26 ; 1Co 11,14 ; Ga 4,8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;1.2 La Cr&#233;ation contre la nature ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;voquons maintenant le concept de 'Cr&#233;ation'&#8230; Si la Bible H&#233;bra&#239;que ne conna&#238;t pas le concept de &#8216;nature', pour elle, ce qui est &#8216;sauvage', &#8216;non-dompt&#233;' ou &#8216;non-cultiv&#233;' par l'homme n'en est pas moins cr&#233;ation de Dieu, et ma&#238;tris&#233; par Lui ; parmi de nombreux textes, on pourra lire les grands discours de Dieu &#224; la fin du livre de Job (Jb 38&#8212;41). En h&#233;breu, les mots pour &#8216;cr&#233;ation', sont construits &#224; partir des racines verbales h&#233;bra&#239;ques &#8216;former' (y&#226;&#231;ar), &#8216;cr&#233;er' (b&#226;r&#226;'), &#8216;faire' (&#8220;&#226;s&#226;h), renvoient toujours &#224; l'acte de cr&#233;er et au Dieu Cr&#233;ateur. Ce n'est qu'avec la Bible grecque des Septante qu'un substantif, ktisis, renverra &#224; &#8216;la cr&#233;ation' comme l'ensemble des choses et des &#234;tres cr&#233;&#233;s. Mais m&#234;me comme substantif, ce terme renvoie au Dieu cr&#233;ateur qui donne sens &#224; toute chose en l'appelant &#224; l'existence.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le Nouveau Testament, c'est presque uniquement chez Paul que l'on retrouve ce terme ktisis : l'ensemble de la cr&#233;ation y est devant Dieu (Rm 8,18-25) dans l'attente ou l'esp&#233;rance d'&#234;tre transform&#233;e, ou plut&#244;t remplac&#233;e par ce que l'ap&#244;tre nomme une &#8220;nouvelle cr&#233;ation&#8221; (5).&lt;br class='autobr' /&gt; On le sent bien, si les concepts de nature et de cr&#233;ation peuvent &#224; l'occasion d&#233;signer les m&#234;mes r&#233;alit&#233;s, ils ne sont pas du m&#234;me ordre : - Parler de nature, c'est d&#233;signer un objet d'&#233;tude ; - Parler de Cr&#233;ation c'est d'abord parler de sens, poser une parole sur le monde, et non &#233;voquer la nature en elle-m&#234;me ou le processus de l'apparition de l'Univers et de la vie. Parler de Cr&#233;ation, c'est d'abord exprimer notre relation au Cr&#233;ateur, &#224; nous-m&#234;me, &#224; nos fr&#232;res et s&#339;urs en humanit&#233; et &#224; l'ensemble des cr&#233;atures anim&#233;es ou inanim&#233;es. Ainsi, quand &#224; la fin de la lettre aux Galates Paul &#233;voque la nouvelle cr&#233;ation, il s'agit de la transformation existentielle de la personne qui, du coup, porte un regard diff&#233;rent sur elle-m&#234;me, sur les autres et sur le monde. N'est-ce pas en fin de compte d'abord notre regard sur nous-m&#234;me, et sur ce que nous nommons improprement &#8220;notre environnement&#8221; qu'il convient d'abord de changer ? Ne pas exister par soi-m&#234;me et pour soi-m&#234;me, mais exister en relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Exister en relation &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une &#233;vidence d'un point de vue &#233;cologique, vivre c'est exister en relation, en interd&#233;pendance mat&#233;rielle avec le milieu dont nous faisons partie ; Cette &#233;vidence &#233;cologique, est aussi une &#233;vidence d'un point de vue th&#233;ologique, vivre et se recevoir comme cr&#233;ature, c'est exister en relation, se reconna&#238;tre en interd&#233;pendance avec Dieu et avec les autres. Ces deux &#233;vidences se retrouvent dans le titre de notre journ&#233;e qui lie &#8220;l'avenir de la plan&#232;te&#8221; et la &#8220;question de la justice&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais voil&#224;, exister en relation, c'est aussi exister de fa&#231;on s&#233;par&#233;e, distincte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1 S&#233;paration et communaut&#233; d'origine &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, dans les premiers chapitres de la Bible, la cr&#233;ation est pens&#233;e en terme de s&#233;parations, entre le lumineux et l'obscur, le haut et le bas, le sec et le mouill&#233;, entre les esp&#232;ces, entre l'humanit&#233; et son milieu de vie... Toutes ces s&#233;parations sont cr&#233;atrices de sens, et en dernier ressort d'existence. Mais ces s&#233;parations ne sont que le premier volet de l'histoire. Du point de vue biblique, celles-ci n'ont de sens que dans la relation. Aussi, s'il y a bien dans le premier chapitre de la Gen&#232;se un rejet salutaire de la confusion initiale du tohubohu, c'est pour que les diff&#233;rences, voire les opositions fassent sens. C'est pour qu'elles permettent la mise en relation, sans nier l'origine commune qui est affirm&#233;e dans le chapitre suivant de la Gen&#232;se o&#249; l'humain, l'adam, est form&#233; &#224; partir de adamah, la terre, une origine qu'il partage avec les animaux (2,7.19). Ces premiers chapitres de la Bible disent donc la cr&#233;ation &#224; la fois comme s&#233;paration et commune origine, une origine commune de toutes les cr&#233;atures dans l'intention divine qui donne sens, et dans la mati&#232;re primordiale dont toutes sont issues.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans ces r&#233;cits plusieurs r&#244;les sont donn&#233;es par Dieu aux humains &#224; l'&#233;gard des autres cr&#233;atures : &#8220;Soyez f&#233;conds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. &#8230;&#8221; Comme Calvin l'avait d&#233;j&#224; bien not&#233; dans son Commentaire de la Gen&#232;se, cette domination n'implique pas l'&#233;crasement, mais un comportement de &#8220;bon p&#232;re de famille&#8221; comme il dit. Cette domination n'invite pas &#224; l'exploitation sans limite et au pillage, mais &#224; la vie : &#8220;&#8230; Je vous donne toute herbe porteuse de semence sur toute la terre, et tout arbre fruitier porteur de semence ; ce sera votre nourriture.&#8221; (1,28-29). &lt;br class='autobr' /&gt; Plus loin : &#8220;Le SEIGNEUR Dieu prit l'homme et le pla&#231;a dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder.&#8221; (2,15)&lt;br class='autobr' /&gt; Au sein de la cr&#233;ation dont il fait partie, l'humain est ainsi plac&#233; par Dieu comme un m&#233;tayer ou un intendant appel&#233; &#224; g&#233;rer le bien qui lui est confi&#233;, ... et dont il fait partie tout en en &#233;tant s&#233;par&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2 Une alliance avec toute la cr&#233;ation&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette notion de cr&#233;ation pose encore, et d&#232;s le d&#233;but, une autre s&#233;paration : la s&#233;paration entre Dieu, le cr&#233;ateur, et le monde cr&#233;&#233;, les cr&#233;atures. Cette s&#233;paration implique le refus de la d&#233;ification ou de la sacralisation des &#233;l&#233;ments du monde, humains compris. Mais de nouveau, elle ouvre &#224; la possibilit&#233; d'une relation. Notre lecture anthropocentrique (peut-il en &#234;tre autrement ?) de la notion biblique d'alliance oublie souvent que la premi&#232;re alliance dont il soit question dans la Bible est l'alliance noachique avec toute la Cr&#233;ation : &#8220;Quant &#224; moi, &#8211;dit Dieu&#8211; j'&#233;tablis mon alliance avec vous et avec votre descendance apr&#232;s vous, avec tous les &#234;tres vivants qui sont avec vous ...&#8221; (lire Gn 9,9-17)&lt;br class='autobr' /&gt; Du point de vue biblique, toutes les alliances suivantes d&#233;pendent de cette premi&#232;re alliance universelle ; sans elle, toutes seraient priv&#233;es du cadre m&#234;me de leur existence. C'est dans ce sens qu'on peut lire la promesse de succession des saisons en Gen&#232;se 8,22 ou l'hymne &#224; la providence divine du Psaume 104. Ainsi, la s&#233;paration fondatrice &#233;voqu&#233;e plus haut trouve son sens dans le cadre de la reconnaissance de notre statut de cr&#233;ature en relation avec Dieu, avec les autres cr&#233;atures, et l'ensemble de la cr&#233;ation.&lt;br class='autobr' /&gt; Or qui dit s&#233;paration fondatrice, qui dit cr&#233;ature, dit aussi limites. Je ne suis pas l'autre, avec un petit 'a', et encore moins avec un grand 'A' ! Exister comme cr&#233;ature, c'est exister en relation, mais c'est aussi fondamentalement exister dans des limites. Un passage qui, parmi de nombreux autres, travaillent &#224; la fois cette relation &#224; la cr&#233;ation et le rapport &#224; la limite&#8230; et par lequel j'aimerais terminer, est le chapitre 25 du livre du L&#233;vitique. Il traite de l'ann&#233;e jubilaire&#8230; J'en lis les premier versets : 3. Limites 3.1 Le sabbat de la terre &#171; Quand vous serez entr&#233;s dans le pays que je vous donne, la terre fera sabbat ; ce sera un sabbat pour le SEIGNEUR. Pendant six ann&#233;es tu ensemenceras ton champ, pendant six ann&#233;es tu tailleras ta vigne et tu en r&#233;colteras le produit. Mais la septi&#232;me ann&#233;e il y aura un sabbat, un repos sabbatique pour la terre, un sabbat pour le SEIGNEUR : tu n'ensemenceras pas ton champ et tu ne tailleras pas ta vigne. Tu ne moissonneras pas ce qui provient des grains tomb&#233;s de ta moisson, et tu ne vendangeras pas les raisins de ta vigne non taill&#233;e : ce sera une ann&#233;e sabbatique pour la terre. ... &#187; (lire Lv 25,1-7)&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me si ce texte s'appuie vraisemblablement sur une pratique agricole de la jach&#232;re, on se gardera de l'anachronisme qui y verrait d'abord une pr&#233;occupation &#233;cologique. Il n'en reste pas moins que pour affirmer que la terre appartient &#224; Dieu,&lt;br class='autobr' /&gt;
ce texte ordonne pour la terre un repos sabbatique, au m&#234;me titre que celui des humains et des animaux. Une limite est ainsi pos&#233;e &#224; la soumission de la Cr&#233;ation &#224; l'humain prescrite au d&#233;but de la Gen&#232;se. Une limite qui rappelle que la terre appartient &#224; Dieu, et que l'humain n'est pas Dieu. Une limite qui permet d'&#233;chapper &#224; la rentabilisation syst&#233;matique et illimit&#233;e de la nature parce qu'elle est comprise comme cr&#233;ation appartenant &#224; Dieu, et comme don. Recevoir la Cr&#233;ation comme don, appelle &#224; la gratitude et au rejet des logiques de marchandisation, d'accaparement et de pr&#233;dation. C'est contempler et se convertir &#224; l'esprit de gratuit&#233; en s'engageant dans le partage et la transmission des dons re&#231;us, en agissant pour une juste r&#233;partition et un acc&#232;s pour tou(te)s &#224; ces dons. Et revoici la dimension de la justice ; justice climatique, justice sociale.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est int&#233;ressant &#224; cet &#233;gard que le chapitre du l&#233;vitique dont nous avons lu les premiers versets concernant le sabbat de la terre se poursuive par la mise en place de l'ann&#233;e jubilaire qui prescrit la lib&#233;ration des esclaves, la remises de dettes, la limitation des logiques d'accumulation&#8230; Ce texte &#233;tabli donc un lien &#233;troit entre l'harmonie avec la terre et l'exigence de justice entre des humains qui l'habitent.&lt;br class='autobr' /&gt; Se savoir limit&#233;, se reconna&#238;tre fini dans un monde fini, c'est r&#233;sister &#224; la tentation du &#8220;toujours plus&#8221;, pour retrouver le go&#251;t du sabbat et de la justice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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