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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Quand l’actualité fait violence

Qui sommes-nous pour ôter la dignité aux personnes étrangères ?

Une vision séculière qui interroge nos croyances

mardi 3 février 2026, par :

Traquées, menacées d’expulsion, souvent réduites au silence par la peur, des personnes étrangères peuvent vivre l’expérience de la perte de leur dignité. Cet article interroge des pratiques qui conduisent parfois à une déshumanisation. De qui devons-nous avoir peur ?

Une réalité contemporaine peu engageante

Dans de nombreux pays, des milliers de personnes étrangères vivent dans la crainte permanente d’être arrêtées, séparées de leurs proches, espérant une vie meilleure. Aux États-Unis, la chasse à l’individu est devenue particulièrement violente à la suite d’opérations menées par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Cette réalité relève d’un débat politique, économique mais engage profondément la question de la dignité humaine. Pour les chrétiens, cette situation éthique et spirituelle interroge directement la vision biblique de la personne humaine.

La dignité humaine : une valeur historique et universelle

Emprunté au latin dignitas, signifiant « estime, considération ; honorabilité ». La dignité induit le respect de l’autre. La notion de dignité de la personne humaine, en droit international, a été introduite dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 qui reconnaît que tous les êtres humains possèdent une « dignité inhérente » (Préambule) et qu’ils « naissent libres et égaux en droits et en dignité  » (article 1er). Cet aspect juridique mérite d’employer des mesures relatives à la juste condition d’une personne étrangère en situation de migration. En langue hébraïque, le ger (גֵּר) est un habitant d’un pays qui n’est pas sa terre d’origine comme ce fut le cas d’Abraham dans le livre de la Genèse (23.4) ou encore avec Moïse (Livre de l’Exode 2.22). Le statut d’illégalité de la personne étrangère migrant sur une terre semblant plus prometteuse ne renvoie pas à l’atteinte de son intégralité.

Loi, justice et discernement moral

Reconnaître la dignité humaine ne signifie pas nier l’existence des lois. L’histoire chrétienne s’illustre par des textes fondateurs, comme les dix commandements, cela induit la légitimité des cadres législatifs. Cependant, l’histoire des hommes qui fut traversée par les guerres, nous rappelle que toute loi doit être ordonnée au bien commun et respectueuse de la personne. Lorsque l’application de la loi engendre humiliation, violence ou destruction des liens familiaux, un discernement moral s’impose. La justice biblique est orientée vers la vie. Elle cherche à relever plutôt qu’à écraser. En relisant les Écritures, je constate combien Celui en qui je crois depuis toujours aime protéger les étrangers sur la terre. Que dois-je comprendre aujourd’hui du passage biblique dans le livre de l’Exode (23,9) : « Tu n’opprimeras pas l’étranger, car vous avez été étrangers au pays d’Égypte ».

Traquer des familles étrangères : un questionnement chrétien

Les pratiques de traque, de surveillance et d’arrestations brutales génèrent un climat de peur durable : familles désunies, enfants terrorisés, personnes contraintes à l’invisibilité. Cette logique de contrôle transforme des êtres humains en « dossiers » ou en « cibles », niant leur singularité. D’un point de vue chrétien, cette déshumanisation n’est pas conforme à ce que nous lisons dans les Evangiles. Ne pouvons nous pas les accueillir ? Jésus lui-même s’identifie à l’étranger : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli » (Matthieu 25,35). Ne pas reconnaître la dignité de l’étranger, n’est-ce pas risquer de ne pas reconnaître le Christ lui-même ?

Une responsabilité citoyenne face à l’injustice

Face à ces atteintes à la dignité, le silence n’est pas neutre. Les chrétiens peuvent se sentir appelés à :
 Nommer l’injustice, sans haine ni simplification.
 Soutenir les personnes vulnérables, par l’accueil, l’accompagnement et la solidarité concrète.
 Interpeller les consciences, dans l’Église comme dans l’espace public.
 Prier et agir, en tenant ensemble compassion et exigence de justice.

L’Espérance demeure

L’Espérance ne nie pas la dureté du réel, mais elle affirme que toute personne reste infiniment précieuse aux yeux de Celui qui nous a aimés le premier et qui nous accueille dans son invisible demeure. Défendre la dignité des personnes étrangères traquées, c’est témoigner que l’Évangile n’est pas une parole abstraite, mais une force de vie qui résiste à la peur et à l’exclusion. Dans un monde marqué par les frontières et la suspicion, l’engagement chrétien rappelle qu’aucun être humain n’est illégal aux yeux de Dieu.
Sans condamner ni simplifier des situations complexes, cette réflexion invite à demeurer attentifs aux conséquences humaines des choix collectifs et/ou individuels. Là où la peur et la suspicion gagnent du terrain, il reste possible de choisir une posture empreinte de vigilance, de compassion et d’espérance. Qui sera le bon samaritain ?

P.-S.

Pour aller plus loin :
Article en ligne. Tout comprendre à l’ICE, la police de l’immigration au cœur des polémiques aux États-Unis : https://theconversation.com/tout-comprendre-a-lice-la-police-de-limmigration-au-coeur-des-polemiques-aux-etats-unis-274229
Site Lueur.org : https://www.lueur.org/bible/strong/ger-h1616
Charte CPDH : https://www.cpdh.org/qui-sommes-nous/charte-chaque-etre-humain-devrait-etre-respecte


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