Considérons d’abord le lieu et le parcours de la manifestation. Lyon n’est pas seulement la ville où Q. Deranque a été tué, c’est la ville du martyre de Jean Moulin, torturé par le nazi Klaus Barbie. Jean Moulin entre au Panthéon le 19 décembre 1964.
La manifestation est partie de la place Jean Jaurès. Jean Jaurès est un philosophe, un militant républicain, dreyfusard, socialiste et pacifiste, assassiné par un nationaliste. Il entre au Panthéon en 1924.
La manifestation a emprunté le boulevard Yves Farge. Yves Farge (1899-1953) est un héros de la Résistance, Compagnon de la Libération, un homme de gauche proche des communistes.
Le cortège est ensuite arrivé sur le lieu du drame, rue Victor Lagrange. Victor Lagrange (1845-1894) est un journaliste qui a travaillé à Lyon et un homme politique de gauche.
Tous ces noms sont donc loin d’être anodins, ce sont des noms d’hommes de gauche et, pour certains d’entre eux, de héros de la République.
Qu’en est-il de la date du 21 février ? Cette date est, elle aussi, pleine de sens. En effet, c’est le 21 février 1944 que le résistant Missak Manouchian et ses vingt-deux camarades FTP-MOI sont fusillés au Mont Valérien par les Allemands. Ouvrier immigré en France, poète, militant communiste internationaliste, Manouchian représente, avec ses vingt-deux camarades, tout ce que les fascistes haïssent : les étrangers (« vingt et trois étrangers et nos frères pourtant » écrit Aragon dans son poème L’affiche rouge), les juifs (la moitié du groupe est constituée de juifs), les communistes, les internationalistes. Manouchian et sa femme Mélinée entrent au Panthéon le 21 février 2024.
Cette date du 21 février deviendra pendant la guerre d’Algérie et pendant la guerre du Vietnam celle de « la journée d’action anti-impérialiste ».
D’autres événements significatifs ont eu lieu un 21 février : le dessin du symbole de la paix Peace and love ☮ de la Campaign for Nuclear Disarmament (CND) par l’artiste Gerald Holtom le 21 février 1958, l’assassinat de Malcom X le 21 février 1965, l’assassinat du jeune Ibrahim Ali (17 ans) par des colleurs d’affiches du Front National à Marseille le 21 février 1995. Sur décision du conseil municipal de cette ville, l’avenue des Aygalades où Ibrahim Ali a été abattu est rebaptisée avenue Ibrahim Ali le 21 février 2021.
C’est la mémoire fondatrice de la République, incarnée notamment dans les cendres de Jaurès, Moulin, Manouchian transférées au Panthéon « à côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec Les Misérables » (Malraux), qui a été salie par la manifestation fascisante du 21 février 2026 à Lyon. C’est aussi cette mémoire qui doit inspirer notre résistance au fascisme. « Le verbe résister, écrit l’héroïne de la Résistance Lucie Aubrac, doit toujours se conjuguer au présent. »
