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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Ils n’ont vraiment rien compris

dimanche 27 juin 2010, par :

Par Olivier Abel.

Nous sortons d’une année de crise, d’une année de craquements prolongés de l’ensemble de notre système, et que voyons-nous ? Que nous sommes pris dans une profonde crise morale qui traverse non seulement le monde, mais nos sociétés, et qui déchire jusqu’à nos familles et nos âmes.

D’une part, ceux qui tiennent le haut du pavé, qui savent se vendre et se faire valoir, et qui n’ont vraiment rien compris ! Ceux-là sont repartis de plus belle dans leurs spéculations financières (normal : on a injecté d’énormes liquidités pour empêcher le système bancaire de s’écrouler), dans leurs appétits de toujours plus, dans leur fuite en avant, dans leur consommation effrénée du monde. Pour eux c’est simple : la vie est une lutte acharnée, qui sépare à chaque coup les gagnants des perdants. Et ceux qui gagnent ne doivent rien à personne, s’ils gagnent c’est qu’ils le méritent. On n’a que ce qu’on mérite. C’est eux, le plus souvent issus de jeunesses gonflées à l’ambition, et auxquelles on a insufflé depuis le biberon qu’ils sont les meilleurs, qui partout mettent la pression sur les autres, pourrissent le monde du travail et en font un monde totalitaire, où il faut se durcir pour continuer
— jusqu’à ce qu’on craque et que d’autres plus jeunes et plus voyous vous passent dessus. Ceux-là conduisent le monde entier à la mort.

De l’autre, et de plus en plus nombreux, ceux qui partout se retournent vers les autres, vers le monde. Et qui sont désormais tournés non vers ceux qui courent plus vite qu’eux, mais vers ceux qui courent moins vite. Ils ont compris que la crise, non pas le petit jeu de bascule qui donne un frisson de plaisir au capitalisme, mais cette crise qui jette des populations entières, chaque jour, dans les bras de la mort, n’était rien d’autre que cette course même où personne ne se retourne. Croyez vous que la solidarité soit une utopie moraliste ? Mais aux USA, il y a un an, c’est la déréliction des liens familiaux qui a entraîné la non solvabilité des individus, chacun dans sa bulle, et l’affaissement du système bancaire. Et en Russie comme partout, aujourd’hui, ce que la crise réveille, c’est tout simplement l’importance des solidarités, d’abord conjugales, mais aussi familiales, amicales, etc. Nous n’existons que par un prodigieux endettement mutuel et nul ne peut dire qu’il ne doit rien à personne. Oui, le mariage, l’amitié, les fidélités ont de belles années devant elles, au fur et à mesure que l’on découvrira que plus rien ne tient que ces attachements-là.

On dira que mon schéma d’aujourd’hui est un peu manichéen, mais j’ai seulement voulu faire voir ce qui est déjà là. Ceux qui veulent gagner « doivent » leur vie et leur monde à ceux qui entretiennent les fidélités sans lesquelles ils ne seraient rien. En ce sens l’éthique n’est pas la cerise sur le gâteau, mais le noyau profond de nos sociétés. Max Weber avait naguère montré l’importance de l’éthique protestante dans la formation de l’esprit capitaliste. Il serait temps de réveiller d’autres avenirs de notre passé, de prendre appui sur ce que l’éthique des débuts de la modernité comportait aussi de gratitude envers le monde, de sobriété, de responsabilité, de solidarité. Et de réveiller les figures oubliées de tous ces « pères fondateurs » qui, de Saint-François d’Assise à Calvin, et de Montaigne à Rousseau, avaient l’audace de proposer un pacte social assez large pour comprendre tout ce qui dans le monde aujourd’hui est en souffrance.

  • #1 Le 28 juin 2010 à 00:18

    merci de bien remettre en page ce beau texte qui me parle tant ; les
    paragraphes sont inversés


  • #2 Le 28 juin 2010 à 16:11

    Je consonne avec les propos d’Olivier Abel. Merci de les avoir
    écrites.
    Je vous joins un article que je viens d’écrire pour le site " Marcel Légaut"
    intitulé : "Marcel Légaut et la crise actuelle". Marcel Légaut (1900-1990) est
    un des grands spirituels du XXème siècle qui m’a beaucoup marqué et reste pour
    moi une source vive d’inspiration.

    Marcel Légaut et la crise actuelle

    Le titre pourra paraître curieux et mal venu, comme si de prime abord le
    spirituel Marcel Légaut avait une parole à dire en ces temps que nous vivons,
    marqués par l’incertitude, la peur du lendemain et de l’inconnu, le sentiment
    d’impuissance face aux questions posées par la mondialisation, le repli frileux
    sur son microcosme, le doute sur la capacité du politique à maîtriser le
    pouvoir de la finance et à promouvoir un monde plus juste. De fait Marcel
    Légaut ne s’est jamais engagé en politique au grand sens du terme ni à fortiori
    au sens politicien qu’il déplorait.

    Alors que peut apporter sa pensée et sa démarche dans notre monde en pleine
    gestation ? Il n’a pas manqué d’objecteurs du vivant de Légaut et encore
    aujourd’hui pour prétendre que Légaut était un spirituel un peu évaporé, sans
    beaucoup de souci pour la marche du monde, vivant lui-même comme un semi-ermite
    et s’adressant à une élite. Ces gens-là n’ont approché ou lu Légaut que très
    superficiellement et n’ont rien compris à sa spiritualité.

    Car Légaut n’était pas un spirituel désincarné, loin de là, et il a parlé de
    l’engagement à partir de sa propre expérience d’homme, dans des termes qui
    demeurent source d’inspiration pour tous ceux qui s’efforcent, avec
    authenticité et solidarité, de tenir leur place véritable dans la société des
    hommes. Certes l’enracinement historique et social de Légaut a été très
    particulier, comme le sont toutes les vies ( enseignant pendant 15 ans, paysan
    et père de famille durant 30 ans, enfin écrivain et conférencier nomade pendant
    20 ans). Mais c’est précisément dans cette existence située qu’il a tenté de
    réaliser ce qu’il appelait sa « mission » : ce qu’un homme doit être et faire
    pour devenir lui-même et prendre sa juste place dans la société.

    Car pour Légaut, le mot engagement n’a pas le sens restrictif qu’on lui
    donne spontanément : engagement syndical, politique, associatif, religieux.
    Pour lui, l’engagement désigne avant tout l’investissement de tout l’ être dans
    sa manière de vivre le plus humainement possible tous les éléments de sa vie :
    son propre cheminement personnel, sa vie de couple et de parent, sa vie
    professionnelle, sa vie de citoyen, sa vie de croyant. Ce qui est essentiel à
    ses yeux, c’est que chacun, à la mesure de ses capacités et de ses charismes,
    découvre au mieux sa propre « mission » : ce pourquoi il est fait. C’est dire
    que pour Légaut chacun a une voie propre, originale qu’il a à créer et que
    personne ne peut lui dicter. Mais c’est dire aussi que c’est un chemin exigeant
    puisqu’il appelle tout homme à écouter les exigences qui sourdent au plus
    intime de lui-même et à les incarner à sa façon singulière. C’est d’ailleurs à
    ce niveau profond que les hommes communient entre eux.

    Il en résulte que la spiritualité de Légaut, loin d’être démobilisatrice ou
    d’appeler à se retirer sur un Aventin tranquille et sans histoires, est un
    puissant stimulant à prendre en main sa vie, à ne se dessaisir de sa liberté de
    penser et d’agir sous aucun prétexte, à inventer d’une manière responsable et
    originale son existence dans la communauté des hommes et ainsi d’y apporter sa
    pierre irremplaçable. Comme Jésus, Légaut n’a pas défini de monde idéal – il
    connaît les ambiguïtés, les lourdeurs et les faiblesses humaines -, mais il a
    constamment cherché à « devenir un vivant et non demeurer simplement un vécu »
    qui prend son parti et reste passif.

    Lire Légaut personnellement, le partager en groupe en se disant l’écho que
    ses paroles ont en soi, prendre une semaine à Mirmande ( voir le programme
    d’été) sont, entre autres, des formes de ressourcement spirituel dont la
    fécondité peut être attesté par ceux qui s’y sont livrés. Leurs engagements
    particuliers sont comme irrigués par cette source vive. Le monde d’aujourd’hui
    n’est ni pire ni meilleur que les précédents : c’est la manière de le vivre,
    chacun à sa façon et selon sa « mission », qui lui donne une figure humaine.
    C’est notre responsabilité à tous. Comme tous les vrais spirituels, Légaut
    demeure d’une brûlante actualité.
    Jacques Musset



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