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Jeudi Noir à Matignon, Esaïe peut s’en mêler ?

jeudi 13 janvier 2011, par :

Le 7 janvier le collectif Jeudi Noir a inauguré un squat au 22 avenue de Matignon. Habitués des réquisitions spectaculaires, les militants frappent cette fois à deux pas de l’Elysée pour dénoncer la non application de la loi de réquisition et faire entendre leur propositions pour lutter contre la crise du logement. La réaction ne s’est pas faîte attendre : depuis les CRS entourent le bâtiment. La gauche est unanime pour dénoncer ce qu’elle appelle un « siège » et soutenir les squatteurs. La classe politique dans son ensemble se sent concernée. Les médias ne sont pas en reste devant cette mise en scène d’ouverture de squat (car il s’en ouvre de moins prestigieux tous les jours). Et les chrétiens ?

« Réjouissez-vous plutôt et soyez à toujours dans l’allégresse, A cause de ce que je vais créer ; Car je vais créer Jérusalem pour l’allégresse, Et son peuple pour la joie. Je ferai de Jérusalem mon allégresse, Et de mon peuple ma joie ; On n’y entendra plus Le bruit des pleurs et le bruit des cris. Il n’y aura plus ni enfants ni vieillards Qui n’accomplissent leurs jours ; Car celui qui mourra à cent ans sera jeune, Et le pécheur âgé de cent ans sera maudit. » Esaïe 65-18 à 20

Le Seigneur nous promettait une Jérusalem accueillante où chacun pourrait vivre jusqu’à plus de cent ans. On peut en déduire facilement que tous aurait donc un logement décent. En France aujourd’hui, et particulièrement à Paris, le marché immobilier est devenu fou avec toutes les conséquences que l’on sait et la nécessité pour beaucoup de militants chrétiens (ou non) de s’engager dans les associations de soutien et d’accompagnement des mal-logés. Dans toutes les villes de France, comme dans certaines campagnes, des gens, seul-es, en famille, avec un travail ou non, ayant fait des études ou non, avec des papiers ou non, vont s’installer là où il y a de la place. Parfois leur action se double d’un militantisme, ce sont des lieux qui se veulent des lieux de vie, de rencontres, d’expériences concrètes d’un autre mode de vie. Souvent il s’agit simplement d’une solution de misère pour éviter la rue quand on arrive en France après avoir traversé le Sahara à pied, ou simplement quand on se retrouve à la rue. Le plus souvent ce ne sont pas des lieux insalubres qui sont occupés, mais des immeubles vides depuis longtemps mais habitables, propres, avec l’eau et l’électricité, où les squatteurs s’installent pour… se loger dignement.

Dieu ne tient pas ses promesses ? La faute au marché, à la spéculation, aux mégalopoles, aux riches, la faute aux hommes ? C’est une question pour un théologien. Je note simplement qu’il est de la responsabilité des hommes de réparer aujourd’hui. Dans les associations d’aide mais plus que jamais en proposant des alternatives, en les faisant vivre, en attirant l’attention… bref en militant. C’est ce que font de nombreuses associations ou collectifs, le Collectif des Associations Unies pour une Nouvelle Politique du Logement, Jeudi Noir, Droit Au Logement, entre autres.

« Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, Et qui joignent champ à champ, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace, Et qu’ils habitent seuls au milieu du pays ! Voici ce que m’a révélé l’Éternel des armées : Certainement, ces maisons nombreuses seront dévastées, Ces grandes et belles maisons n’auront plus d’habitants » Esaïe 5. 8-9

Pour le collectif Jeudi Noir, la lutte contre le mal logement se décline en réquisition de logements vides, en squats médiatisés, vécus comme des actions politiques. Les lieux ouverts permettent de loger des « galériens du logement » et il s’y pratique souvent des expériences alternatives, culturelles, politiques, festives. Cependant, le but premier semble être d’attirer l’attention des médias et des pouvoirs publics sur cette question. Et force est de constater que cela fonctionne.

Le 7 janvier Jeudi Noir a rendu public un squat investi depuis fin décembre, dans un immeuble vide depuis quatre ans au 22 rue de Matignon, à deux pas de l’Elysée. Cette occupation fait suite à l’expulsion le 25 octobre 2010 du squat « La Marquise », rue de Birague, prés de la place des Vosges. Jeudi Noir s’installe et revendique dans des lieux de pouvoir, de culture, d’Histoire. Bien évidemment il s’agit d’une stratégie médiatique. Mais ne peut-on aussi y voir (ce qui n’apparaît pas dans leur discours) la volonté de ne pas faire de nos centres historiques des mausolées à la gloire d’un temps révolu, et de leur redonner leur fonction première : loger les citadins, riches ou pauvres. « Ils ne bâtiront pas des maisons pour qu’un autre les habite, Ils ne planteront pas des vignes pour qu’un autre en mange le fruit ; Car les jours de mon peuple seront comme les jours des arbres, Et mes élus jouiront de l’œuvre de leurs mains. » Jérusalem n’a pas été bâtie pour être un musée mais bien un lieu de vie, Paris aussi !

« Ils bâtiront des maisons et les habiteront ; Ils planteront des vignes et en mangeront le fruit. Ils ne travailleront pas en vain, Et ils n’auront pas des enfants pour les voir périr » Esaïe 65 18-22

L’action de Jeudi Noir ne serait qu’un feu de paille si elle ne s’accompagnait de propositions réfléchies et réalistes pour mettre un terme à la crise du logement. C’est certainement l’une des conditions de leur audience : les actions « désobéissantes » sont soutenues par une réflexion sérieuse et des revendications politiques concrètes. On note, à chaque réquisition, un double mouvement, d’une part des revendications immédiates concernant le bâtiment en question, d’autre part un rappel incessant des mesures générales à adopter, des lois à faire appliquer pour lutter contre la crise du logement. http://www.mediapart.fr/files/Chap_13_Jeudi_noir.pdf

Est-ce l’activisme de Jeudi Noir, leurs méthodes d’agitateurs publics qui gênent le pouvoir ? Ou serait-ce plutôt qu’ils mettent en avant des revendications réalisables que le gouvernement, mais aussi les maires, ne sont pas prêts du tout à relayer ? Toujours est-il que ce collectif fait désordre, la meilleure preuve est qu’on essaie de le faire taire. Ils se trimballent une queue de procès tous plus coûteux les uns que les autres et ils sont actuellement encerclés par les CRS avenue de Matignon.

Bien sûr, cela fait partie du jeu, sans procès et sans CRS, tout ceci amuserait moins les journalistes. Mais n’y a-t-il pas là un problème de renversements des valeurs ? Le pouvoir préfère protéger le droit à la propriété, plutôt que de faire vivre le droit au logement, inversant ainsi la balance entre les intérêts privés et les intérêts communs… Il n’y a pas que le marché de l’immobilier qui perd la tête !

Héloïse Duché

Pour s’informer sur Jeudi Noir et soutenir leur action : http://www.jeudi-noir.org


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