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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Crise financière, crise de foi, d’espérance, de charité

samedi 29 janvier 2011, par :

Un texte de Jean-Pierre Rive. La crise que nous traversons est entre autres une crise financière, c’est-à-dire une crise due au fonctionnement de l’argent et à la place qu’il a prise dans nos sociétés. Cette place est le symptôme d’une triple perte : celle de la foi, celle de l’espérance, celle de la charité.

1. Une perte de la Foi, c’est-à-dire une perte de ce regard de confiance que nous portons sur le Monde créé et ceux qui l’habitent.

L’argent devenu centre de gravité, fétiche, de tous les fonctionnements économiques et sociaux a perdu sa vocation initiale qui était de favoriser les échanges entre les hommes ; échanges de ce que par leur travail ils ont produit, ou échange des services qu’ils peuvent se rendre dans une relation de réciprocité confiante. Non seulement l’argent dorénavant envahit tous les domaines et repousse toujours plus loin les espaces ou la gratuité et le don pouvaient encore se manifester ; mais bien plus, délaissant sa réalité économique et sociale, il devient une fin en soi ; de signe, il devient un but, un but poursuivi sans autre objectif que d’en posséder une quantité toujours plus grande. Aussi toutes nos sociétés fonctionnent selon le désir d’un petit nombre de posséder toujours plus, désir qui asservit tous ceux qui le subissent. Ce désir par ailleurs, désir d’un signe abstrait sans réalité, provoque l’évanouissement et l’oubli, donc la destruction programmée du réel au profit du virtuel.

Ce monde dominé par un signe érigé en valeur suprême est très précisément entraîné dans l’idolâtrie puisqu’il s’agit de donner sa confiance, sa vie à une image sans réalité. L’érosion de la foi à laquelle se substitue la confiance en une masse monétaire objet de tous les soins, avatar contemporain du veau d’or, génère une crise de confiance généralisée dans un monde qui a oublié qu’il était le produit d’un don à transmettre et à partager. Il y a une corrélation intime entre l’abandon de la foi en un Dieu créateur, donateur de sens et garant d’une création bien réelle confiée à l’homme et l’invasion monétaire qui substitue à la réalité du monde la virtualité des signes inconsistants dont la multiplication est une lutte insensée et perdue d’avance contre leur insignifiance.

2. Une perte de l’espérance.

L’argent qui est mis en circulation est en grande partie le produit de la création monétaire dont les banques disposent pour mettre en place des crédits. L’espérance du Royaume, sécularisée dans les attentes de lendemains qui chantent a été supplantée par l’accumulation des crédits. On peut aussi remarquer que si notre monde est d’une part marqué par la peur qui engendre méfiance et surveillance, il remplace paradoxalement cette peur par une dilatation sans fin des crédits qui comme les objets de compensation sont sensés rassurer, éliminer l’inquiétude, baliser l’avenir, pour enfin le maîtriser. Le crédit qu’accorde une banque est une mainmise sur un avenir qu’on veut assurer, sécuriser, maîtriser. Comme un toxicomane dans les comportements d’addiction se détourne du réel en s’adonnant à un produit stupéfiant, on peut s’adonner au crédit par désespérance. Ainsi, l’argent dévoyé est-il crise pour l’espérance ; la distorsion entre un avenir inconnu mais chargé de promesses et un présent crédité abusivement peut engendrer des tensions, voire des ruptures mortelles, ou des décompensations brutales qui font le cortège funèbre des espérances dénaturées.

3. Une perte de la charité.

Introduit dans tous les aspects de la vie commune, développé de manière démesurée le signe devient écran et sépare. Accumulé il consolide la séparation entre ceux qui le maitrisent et ceux qui en subissent le manque. Dans un monde où l’argent règne son manque est esclavage, sa possession domination, son accumulation tyrannie. La démultiplication de l’argent en circulation, favorise son accaparement par une minorité ; accaparement qui, adossé à l’égoïsme, permet à certains de disposer de moyens de domination sans mesure.

La séparation entre individus, entre groupes, entre nations, en est aussi confortée. Une séparation qui creuse les distances et laisse présager que tôt ou tard (cela a déjà commencé), des craquements douloureux entre nantis et démunis vont se faire sentir.

C’est pourquoi :

il est indispensable que la présence de l’argent dans toutes les relations sociales et économiques soit fortement réduite afin de leur redonner du sens.

Il est indispensable que le crédit attaché à la réalité des attentes et des capacités retrouve une dimension raisonnable pour éviter des illusions suivies de déceptions catastrophiques et insoutenables.

Il est indispensable que l’accumulation des biens et la thésaurisation de capitaux financiers soient très sérieusement encadrées et limitées et qu’une fiscalité renouvelée plus juste réduise les écarts extravagants qui ne cessent de se creuser.

L’ambition prométhéenne d’un marché unifié universel et impérial dominé par un petit nombre doit être contestée et pour ce faire il est urgent et pertinent de ré ouvrir des espaces à des monnaies sociales, locales, régionales attachées à des territoires plus modestes ancrées dans la vie quotidienne.

Ainsi le signe monétaire retrouvant du sens en redevenant outil de proximité soutiendra des échanges véritables, des redistributions équitables, des partages créateurs de richesse humaine.*

Aussi l’économie donnera corps non pas à une mondialisation dépersonnalisante et destructrice de la création mais à une réaffirmation et à une remise en œuvre de la promesse d’une fraternité heureuse pour une humanité soucieuse de partager ce qu’elle a reçu en héritage.


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