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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

En souvenir d’un beau gâchis

mardi 8 février 2011, par :

On commente volontiers une soi-disante métaphormose du Front National à l’occasion du changement de sexe du Le Pen qui le dirige. Est-ce tellement le cas ? Un rappel avec ce texte de Jean-Pierre Molina du 8 décembre 2003...

En avril 2002, lorsque Jospin a tenté de faire entendre sa différence en proposant le sécuritaire de gauche, on a surtout entendu qu’il n’avait ni les mots ni le ton et tout le monde , y compris ses électeurs, a cru que cette infirmité était « de gauche » : ni les mots, parce qu’il ne connaissait pas ceux qui sont assez directs pour toucher le peuple et pas assez bas pour le vexer ; ni le ton, parce qu’il n’était pas ému. Et du coup toute la gauche paraissait froide, donnant l’impression que la petite délinquance quotidienne, celle qui gâche la vie des petits blancs, l’ennuie ; le sentiment qu’à ne pas se laisser réduire à des courbes, des taux et des indices l’inquiétude populaire lui pose un problème terriblement… conceptuel. Du coup, la gauche perd le pouvoir pour avoir mal imité ses ennemis au lieu d’avoir parlé son seul langage identitaire, celui de l’égalité des chances, de la fraternité des races et de la liberté des consciences, qui lui aurait permis de gagner ou de tomber avec honneur.

Face à cette morne inaptitude à la démagogie, Le Pen a eu les mots et le ton. Des mots volés à la CGT, à la Miss Pop ou à la JOC pour en appeler à (presque) tous les « sans » ( sans voix, sans droit, sans piston… ) et prononcer le nom devenu tabou : « ouvrier » ; et le ton qu’autrefois on prenait au monument aux morts pour évoquer « le sacrifice de nos chers camarades », cet accent pour lequel les petits pardonnent aux gros de les tromper, parce qu’eux au moins leur parlent. Et leur parlent de leur réalité : le monde nouveau, sa mixité raciale, son incertitude religieuse, ses rapports inédits à la nature ou au travail … s’expérimentent sur votre dos et aujourd’hui au moins je vous honore publiquement...

Et puisque aucun candidat honnête ne les nomme et ne leur rend justice, les oubliés vont à celui qui s’adresse à eux avec l’apparence du respect, même s’ils le savent flagorneur et arriviste. Alors, entre une gauche qui avait quelque chose à dire et qui ne l’a pas dit et une droite goujate qui prend les mots de la gauche pour habiller les idées du fascisme, la droite bourgeoise, qui n’a rien à dire et en parle très bien, offre l’illusion du moindre mal et tire les marrons du feu.


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