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Article publié

Lettre ouverte pour une œuvre contestée

lundi 25 avril 2011, par :

L’ERF d’Avignon réagit à la polémique sur le Piss Christ.

Les membres du conseil presbytéral de l’Eglise Réformée d’Avignon, avec ses pasteurs, tiennent à exprimer quelques remarques au sujet d’une polémique « avignonnaise » :

– A propos d’une œuvre d’un artiste, nous voulons souligner qu’avant de juger il nous faut chercher à comprendre. Ainsi, la photo contestée de « Piss Christ » s’inscrit, pour l’artiste, dans une série qui a comme thématique les “humeurs corporelles”, en référence aux humeurs du Christ, très en vogue au Moyen Age, à l’image de phénomènes comme le Saint Suaire, et qui étaient considérées comme des œuvres de piété. De plus, cette photo est datée de 1987 et dans les années 80, A. Serrano travaillait une série sur les fluides. « C’était les débuts du Sida. La bave, la salive, le sperme... On ne savait pas encore précisément comment la contamination pouvait se faire ». En réalisant cette photo au cœur de ces « années Sida », qui avaient rendu si anxiogènes les liquides corporels, l’auteur voulait dépasser ces peurs en montrant de façon paradoxale que Dieu transcendait tout. Le Christ dans l’urine, cela peut être assimilé à une affirmation de l’Evangile où « c’est en s’abaissant qu’on s’élève », ou de Jésus lavant les pieds de ses disciples. Il peut donc s’agir d’une application très forte du message chrétien et qui peut être comprise à l’inverse de ce que certains ont pu y voir comme atteinte au christianisme. C’est l’ignorance qui est souvent source de violence, de rejet, de fanatisme ou d’intégrisme.

– Nous reconnaissons cependant que l’œuvre peut choquer et déranger lorsqu’elle est présentée sans explication mais nous ne comptons plus les nombreuses œuvres ou artistes qui ont pu choqués dans l’histoire de l’art et qui ont été rejetés ou incompris à leur époque. Cependant, la liberté de l’artiste est un bien précieux à défendre car elle est la condition même de son expression.

Par ailleurs, nous ne sommes plus à l’époque où c’était le clergé de l’Eglise qui commandait et contrôlait les œuvres d’art. Heureusement, la culture a opérée cette séparation d’avec l’institution ecclésiale et s’est émancipée de sa tutelle, obtenant ainsi son indépendance et son autonomie, à l’image de la séparation du politique et du religieux, source de liberté et d’apaisement. Les institutions ecclésiales ne peuvent plus, et ne doivent plus, aujourd’hui dicter ce que doit être toute forme de culture, même si elles conservent, comme tout un chacun, la liberté de critiquer et le souci du « plus faible » qui peut être troublé par une expression qui heurte ses convictions.

– En tant que chrétiens, nous affirmons que cette œuvre, comme toutes les autres, ne remet absolument pas en question notre foi qui n’est en rien tributaire des expressions libres et humaines que chacun peut projeter sur une tradition ou une histoire car notre référence en matière de foi, c’est la Bible, éclairée par le témoignage intérieur de l’Esprit Saint. Il y a, par ailleurs, des expressions de “foi” qui nous semblent bien plus contestables et contraires au message de l’Evangile lorsqu’elles donnent une image d’un dieu que nous ne reconnaissons pas dans le témoignage de la Bible, à l’instar, par exemple, d’un dieu guerrier, partisan, discriminant, que l’on peut invoquer comme justification d’actes humains de violence. Il s’agit là de dramatiques contres-témoignages au message d’amour et de miséricorde que nous lisons dans la Bible. « Se servir de Dieu » n’est pas « servir Dieu » !

– Nous rappelons que le premier à avoir subi la violence et la mort à cause d’une accusation de blasphème, c’est Jésus lui-même. La croix est la conséquence directe de cette accusation. Il serait paradoxal, et même scandaleux, que cette accusation serve désormais à condamner encore d’autres humains, quels qu’ils soient, pour qui Jésus a donné sa vie par amour.

– Enfin, nous sommes convaincus qu’il y a des sujets d’indignation bien plus graves et importants que l’exposition d’une photographie et nous exhortons tous les croyants à s’indigner surtout du sort qui est fait à nombres d’humains dans le monde qui subissent l’injustice, la violence, la misère, la haine, le rejet, l’humiliation… C’est à cette œuvre là que nous devons travailler pour être fidèles au message de la Bonne Nouvelle de l’amour, révélée en Jésus-Christ.

Le conseil presbytéral de l’Eglise Réformée d’Avignon et ses pasteurs, Christian Badet et Sibylle Klumpp

  • #1 Le 26 avril 2011 à 00:20, par Diakoneo

    - Nous rappelons que le premier à avoir subi la violence et la mort à cause d’une accusation de blasphème, c’est Jésus lui-même. La croix est la conséquence directe de cette accusation. Il serait paradoxal, et même scandaleux, que cette accusation serve désormais à condamner encore d’autres humains, quels qu’ils soient, pour qui Jésus a donné sa vie par amour.

    – Enfin, nous sommes convaincus qu’il y a des sujets d’indignation bien plus graves et importants que l’exposition d’une photographie et nous exhortons tous les croyants à s’indigner surtout du sort qui est fait à nombres d’humains dans le monde qui subissent l’injustice, la violence, la misère, la haine, le rejet, l’humiliation… C’est à cette œuvre là que nous devons travailler pour être fidèles au message de la Bonne Nouvelle de l’amour, révélée en Jésus-Christ.

    Bravo, Diakoneo


  • #2 Le 29 avril 2011 à 00:22, par baillergeau

    Je ne suis pas d’accord avec tes propos et je considère que le fait que « nous ne comptons plus les nombreuses œuvres ou artistes qui ont pu choqués dans l’histoire de l’art et qui ont été rejetés ou incompris à leur époque. » ne doit pas conduire à ne considérer dans l’art que l’aspect choquant comme digne d’intérêt, ce qui est quotidien.

    Quand on sait que cet aspect joue un rôle dans la spéculation scandaleuse des œuvres d’art, on ne devrait pas jouer à ces jeux là auxquels de médiocres critiques d’art se laissent aller.

    Nous avons assez de sujets d’indignations politiques et économiques pour les siècles à venir sans chercher là où il n’est pas nécessaire d’en provoquer.
    Que les centres d’arbitrages des mondes financiers (Bâle II et III), pharmaceutiques et atomiques ne fassent l’objet d’aucune avancée de la part de gens qui se refusent à pratiquer avec honnêteté leur art, devrait provoquer une révulsion d’une autre dimension et d’un autre intérêt que cette pauvre affaire qui devrait être remise dans l’ombre dont elle n’aurait pas du sortir.


  • #3 Le 29 avril 2011 à 16:28, par terrassier

    {{}} Il est tout à fait normal que Jésus, incarné dans un corps humain, ait eu les besoins de ce corps ? Il a expulsé aussi bien ses urines que ses excréments. Cela le rend-t-il plus humains de le rappeler ?
    Si c’est une façon de se représenter son incarnation nécessaire à certains, qu’ils la représentent librement. Ce n’est pas nécessaire pour moi. Mais je peux dire Pisse Christ si tu en as besoin. Comme Monsieur Chrirac, maire de Paris, a attaché son nom aux édicules payants parisiens avec le slogan : si tu chie raque !
    DANS LA JOIE DE PÂQUES, FRATERNELLEMENT.

    HUGUES


  • #4 Le 29 avril 2011 à 23:35

    Je vais souvent à Avignon et personnellement, Piss Christ aurait suscité chez moi l’ignorance et le désintérêt le plus flasque, mais pas la violence. J’aurais plutôt passé du temps à me balader dans les jardins du palais à contempler le Rhône. La tentative de provocation comme intention centrale de la part d’un artisan avec son objet n’est d’ailleurs pas à mon sens un critère déterminant pour qu’une réalisation acquière le statut d’œuvre d’art ; elle est tout au plus un aveu de faiblesse surfait. Donc OK avec toi, l’artisan, l’intention et son objet sont tout au plus ennuyeux à bailler à s’en décrocher la mâchoire et l’affaire aurait dû rester dans l’ombre.

    Le chapitre I de la Didachè verset 5 dit : "Aimez ceux qui vous haïssent et vous n’aurez pas d’ennemi." Je dirais aujourd’hui : "Ne voyez pas de tentative de provocation, alors il n’y en n’aura pas."

    En cela la lettre de l’ERF d’Avignon rejoint bien tes propos : si l’arbitrage des mondes financiers te semble indigne, c’est parce que comme le dit la lettre de l’ERF d’Avignon, l’idolâtrie face à l’argent provoque l’injustice, la violence, la misère, la haine, le rejet, l’humiliation dans un pauvre monde qu’elle épuise… voilà des sujets d’indignation bien réels que l’art aussi se sent parfois le devoir de dénoncer, idolâtrie comprise.

    Bien à toi



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