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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Commune de Montmartre / Cafetière : l’empowerment, kezaco ?

dimanche 15 mai 2011, par :

Ci-dessous les textes qui ont été présentés lors de la Cafetière/ Commune théologique de Montmarte le 5 mai à la Maison Verte sur le thème de l’empowerment. Le prochain rendez-vous aura lieu au Foyer de Grenelle 17 rue de l’Avre Paris 15e M°La Motte Picquet Grenelle le 23 juin à 19h. Nous envisageons de commencer la réflexion sur les peurs sociales et nos moyens de les combattre. Que chacun s’empare du sujet à sa manière et nous aurons ainsi un bon "garde-manger" pour nous nourrir pendant les vacances !

Empowerment, un mot ambigu.

Le mot « empowerment » couvre un vaste domaine de significations et d’interprétations, dans des disciplines allant de la psychologie ou la philosophie à l’industrie et aux sciences de la motivation (1). Il peut se traduire littéralement par « augmentation de pouvoir (ou de puissance) », mais on ne sait pas trop de quel pouvoir il s’agit. Ce pourrait être le pouvoir de choisir, le pouvoir politique, ou autre chose : il convient de bien cerner l’ambiguïté de ce mot. C’est dans les années 1960, aux Etats-Unis, que ce terme a été répandu pour la première fois. C’était l’époque des « guerres de libération » dans divers pays, notamment en Amérique Latine : les peuples opprimés étaient en guerre contre les pouvoirs en place. Les différentes Eglises se sont alors exprimées sur les aspects sociaux et théologiques de ces luttes. Ainsi, la Conférence mondiale d’Eglise et Société s’est réunie à Genève, en Juillet 1966 : le thème de l’éthique politique et celui de la théologie de la révolution y ont été fortement discutés (2). En particulier, la question de la violence a révélé des opinions divergentes. Parmi les diverses prises de position, notons celle-ci qui concerne assez directement la notion de puissance (ou de pouvoir). « La théologie se voit imposer l’analyse de la société humaine en même temps que l’Eglise se voit pour sa part appelée à attester sa solidarité avec des groupes adverses de la société humaine qui peuvent se rencontrer dans le mouvement œcuménique. Dans ce processus, la théologie est appelée à percevoir la forme d’une puissance de changement et de réconciliation » (2, page 117). Ici, la puissance semble déjà obtenue, contrairement au changement. A la fin des années 1960, aux Etats-Unis certains Noirs se sentaient opprimés et voulaient aller plus loin que ce qu’ils venaient d’obtenir avec les nouveaux Droits civiques, quelques décennies après la fin de l’esclavage. La liberté ne suffisait pas, il fallait plus ! Petite question : « Puisque le règne et la puissance appartiennent à Dieu, quel pouvoir ont les humains ? » Pour des Noirs : « Nous avons le pouvoir que donne le Saint-Esprit ! » Un slogan apparemment unificateur a été lancé, dans les années 1960, c’est : « Black Power » (pouvoir pour les Noirs). En fait, les Protestants Noirs Américains n’avaient pas les mêmes points de vue sur la façon d’obtenir ce pouvoir. Ainsi, les partisans de Martin Luther King voulaient améliorer ce pouvoir, grâce à un changement non violent de la société. James Cone, un théologien auteur du livre « Black Theology and Black Power », pensait que les Noirs Américains étaient dans la même situation que ceux qui se battaient en Amérique Latine (3). Les Musulmans (Noirs Américains) de Nation of Islam ou les Black Muslims voulaient un pouvoir propre aux Noirs, en allant jusqu’à créer une nouvelle nation, quitte à détruire la société Blanche.

Ces ambiguïtés concernant le terme « power » se retrouvent aujourd’hui encore sur le mot « empowerment » qui en dérive. L’empowerment économique concerne soit l’augmentation du pouvoir personnel d’achat, soit le pouvoir économique de la Communauté Noire (par comparaison, par exemple, avec la Communauté Juive aux Etats-Unis). Un exemple d’empowerment de la Communauté Noire serait, par exemple, que chaque Noir favorise, par ses achats ou recrutements, les entreprises et salariés Noirs. Une autre définition de l’empowerment concerne les entreprises. Ce mot se traduit alors parfois, par « capacitation » ou « habilitation » (4). Il s’agit d’organiser les entreprises d’une façon telle que les salariés voient s’améliorer certains de leurs pouvoirs. Par exemple, la circulation de l’information doit être mieux organisée, ou les conditions de travail salariés doivent être améliorées. Une troisième application de ce mot concerne des actions auprès de groupes de personnes défavorisés, marginalisés pour une raison ou une autre. Pour éviter les malentendus, je propose que le mot « empowerment » soit ici traduit par « débridage ». Ce terme, si concret a priori, peut décrire diverses actions et mériterait d’être discuté et approfondi. Il s’agit de donner à des personnes, le pouvoir et les possibilités qu’elles ont perdus, du fait d’entraves diverses. Ainsi, il est important de commencer par briser des chaines injustes. Ensuite, les marginaux sont perçus comme manquant de qualités couramment requises ou comme étant ceux qui dévient des normes du groupe : ils tendent à être exclus par la société globale et ostracisés, déclarés indésirables. D’une façon générale, les personnes marginalisées n’ont plus la possibilité de vivre par et pour eux-mêmes : elles dépendent très fortement des aides sociales publiques ou privées 1). Elles perdent leur confiance en elles, car elles n’ont plus la fierté d’accomplir ce que d’autres peuvent développer pour eux-mêmes. Il convient de leur redonner les possibilités de bien vivre. Des actions de débridage existent en France. André, le 3 mai 2011

Références (1) « Empowerment » selon l’encyclopédie électronique Wikipedia, en anglais (2) H. GOLLWITZER, J. M. LOCHMANN, R. SHAULL, Ch. C. WEST « Une théologie de la révolution ? » Edition Labor et Fides 1967 (3) James H. CONE « Théologie Noire de la libération » Collection S’Ouvrir, Commission Générale d’évangélisation de l’ERF, 1970 (4) « Empowerment » selon l’encyclopédie Wikipedia, en français.

Le concept de l’ « Empowerment » visité par Catherine Rapp, à partir de certains auteurs et de ses actions au Foyer de Grenelle, Mission Populaire Evangélique de France.

Tout d’abord à partir de la présentation de Francis ALFÖLDI , enseignant à Paris III, qui le définit ainsi : « L’empowerment est l’appropriation d’une part significative du pouvoir de décision par les personnes que cette décision concerne »1 . Yann le Bossé, chercheur canadien, (l’Empowerment est une expression anglo-saxone donc il a essayé de le définir au plus près de sa signification dans ce contexte nord-américain, ce mot n’ayant pas trouvé de véritable traduction en langue française ). Il le définit comme « La capacité des personnes et des Communautés à exercer un contrôle sur la définition et la nature des changements qui les concernent (Rappaport,1987) »2. Il parle d’appropriation de ses actes par la personne elle-même. Cela permet d’aborder deux notions, celle de la capacité à agir de la personne mais/et en interaction avec des conditions structurelles qui permettent cette action. Cette interaction apparait comme fondamentale dans le processus de l’Empowerment, il doit y avoir une articulation entre les deux. C’est dans ce cadre là que l’on pose nos actions au Foyer de Grenelle. Nous avons effectué au Foyer en 2010, un travail collectif sur ce concept et nous l’avons rebaptisé en termes Mission Populaire « remettre l’homme debout », lui redonner le pouvoir d’agir, de se mettre en mouvement, en action. Cette finalité est au cœur des accompagnements que nous proposons : Des accompagnements individuels et collectifs permettent à la personne de se réapproprier son parcours personnel, « passer du statut d’acteur » (+ ou- passif)« à celui d’auteur » de sa vie professionnelle et personnelle. C’est à partir de la conscientisation de ses compétences, de ses valeurs, de ses savoirs sur lui, de ses ressources donc, qu’il pourra se mettre en projet, avec plus d’assurance en sa capacité à agir. Cela peut suffire à remettre la personne en mouvement en dehors du Foyer, y trouver le lieu de son action. Cet espoir est celui visé dans l’ activité « recherche d’emploi », mais pour certains, un temps plus ou moins long sera nécessaire. C’est ce que nous offrons au Foyer, du temps et un lieu pour agir (conditions structurelles à l’action). Le Foyer permet à la personne de se préparer à agir à l’extérieur en utilisant ce lieu comme un terrain d’expérimentation de son « pouvoir d’agir ». C’est là qu’il réapprendra les règles de la vie collective, c’est dans cet espace protégé, sécurisé (on n’impose pas les consignes courantes de l’extérieur : papiers, références…) qu’ il pourra proposer ses services. C’est ce cheminement que nous pouvons qualifier d’Empowerment, c’est ainsi que nous présentons le passage de l’accueilli à celui d’animateur d’une activité. Le changement de statut de celui qui vient prendre un café à celui qui le sert aux autres est mesurable. De ce fait il faut ensuite être vigilant sur les risques de la prise de pouvoir sur les autres, là encore les règles du Foyer doivent permettre d’être attentif car en effet dans Empowerment il y a bien la notion de pouvoir. Appropriation de son pouvoir sur soi d’abord , d’agir ensuite mais aussi sur les autres… Sur le plan individuel on met donc l’accent sur le processus social de reconnaissance de la capacité des personnes à agir, en s’appuyant sur des caractéristiques personnelles : sentiment de compétence personnelle (SEP : sentiment d’efficacité personnelle3), de prise de conscience et de motivation à l’action sociale et sur des caractéristiques liées à l’action, aux relations à l’environnement, aux autres et à la dimension dynamique de l’action . L’Empowerment est un « processus centré sur les forces, les droits et les habiletés des individus et de la communauté, plutôt que sur les déficits et les besoins »(Gibson, 1991, Anderson, 1996)4 . Hawley et Mc Whirter (1991) ajoutent à la dimension individuelle, les perspectives sociales et communautaires lorsque l’empowerment se situe au niveau collectif, ils parlent d’Empowerment communautaire. Là encore on peut faire un rapprochement avec nos actions dans les Frats de la Mission Populaire qui s’appuient sur ces caractéristiques : « les capacités réfèrent aux connaissances et habiletés de la communauté ou de ses membres … l’empowerment communautaire devient un processus au moment où il y a interaction entre la coopération, la synergie, la transparence et la circulation de l’information, le tout basé sur les forces du milieu »5. L’unité d’analyse devient le groupe qui pose lui-même le diagnostic de la situation et des objectifs à atteindre (exemple du groupe de travail sur le café du Foyer). L’objectif est de rendre la communauté, le groupe, en capacité d’analyser sa situation, de définir ses problèmes et de les résoudre. « L’empowerment touche le plus souvent des groupes de personnes sans pouvoir reconnu… 6 ».


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