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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Censure intégriste catholique : les églises protestantes ne diront donc rien ?

samedi 17 décembre 2011, par :

La coordination du Christianisme social prend position sur les attaques de l’extrême-droite contre des spectacles et interpelle les églises protestantes. Nous avons distribué ce texte à la manifestation unitaire du 11 décembre.

Cela a commencé en avril. Ils se sont introduits violemment dans le musée d’Avignon pour y détruire une œuvre d’art du photographe – catholique – Andres Serrano. Cela a continué au théâtre de la Ville, puis au 104, à Paris, en octobre et novembre, contre la pièce de Roméo Castelluci, Sur le concept du visage du fils de Dieu. Ils sont montés sur scène, ont fait du boucan depuis la salle, représentation après représentation, pour empêcher que se déroule cette pièce de théâtre ; les forces de l’ordre ont dû intervenir. Cela a recommencé les semaines suivantes où ils ont tenté d’empêcher la représentation de cette œuvre à Toulouse, à Rennes, puis à Lille. Et puis, ils viennent de s’en prendre à Paris à Golgotha Picnic de Rodrigo Garcia.

Qui sont-ils et que veulent-ils ? Ce sont des catholiques intégristes, se réclamant de Civitas, le bras politique des Lefevristes qui veulent réinstaurer la « chrétienté » catholique en France. Les œuvres qu’ils tentent de détruire sont, selon eux, blasphématoires. Les actions de ces derniers mois ne sont pas des actes isolés. Ce sont les mêmes qui, il y a deux ans, avaient interrompu avec œufs et boules puantes une célébration œcuménique à Paris pour la journée mondiale contre le Sida aux cris de « Pédés hors de nos églises ». Encore eux qui poursuivent pour racisme anti-français et anti-chrétien Houria Bouteldja, porte-parole du mouvement anti-raciste « Les indigènes de la République » pour s’être moqué de l’expression raciste « Français de souche » en utilisant le terme « souchien ». Toujours eux qui appellent régulièrement à des rassemblements de prières devant les centres d’avortement, pratique qu’ils avaient réduite ces dernières années. Ces rassemblements ont pour but de dissuader les femmes de passer la porte du centre, alors que le droit à l’avortement est garanti par la loi et qu’il a été gagné de haute lutte, par des femmes, parfois chrétiennes, protestantes pour beaucoup. Plus inquiétant, la dernière manifestation, à Lille, ne rassemblait pas uniquement des fondamentalistes, mais aussi des catholiques se reconnaissant dans Vatican 2.

L’évêque de Lille a eu une attitude plus qu’ambigüe face aux manifestations contre la pièce de Castellucci : s’il avait lancé un appel au calme, il invitait à « prier silencieusement » avec lui mardi soir à la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille. A Paris, on a vu un étrange revirement de l’Archevêché : alors qu’André Vingt-trois avait clairement condamné les manifestations contre la pièce de Castelluci, face à « Golgotha Picnic », il organisé une veillée de prière car, selon André Vingt-Trois, la pièce « insulte la personne du Christ ».

Toute personne a le droit de dire publiquement son désaccord avec une autre expression publique, y compris artistique. Au-delà, la société française a fait le choix de ne restreindre la liberté d’expression que dans des cas limités, comme l’incitation à la haine contre un groupe en raison de son appartenance à une race, une religion ou une autre spécificité supposée. Comme citoyens, nous sommes inquiets de groupes religieux – et le battage anti-musulman cache trop souvent l’activisme bien plus réel des intégristes catholiques – qui voudraient aller au-delà en imposant par le harcèlement et la violence un délit de blasphème.

Comme croyants issus d’une religion minoritaire, nous nous rappelons que ce délit de blasphème a permis dans le passé de torturer, exiler, condamner à mort athées et croyants minoritaires. Le Christ lui-même a été crucifié pour blasphème. La liberté d’expression publique de la pluralité des convictions – y compris minoritaires ou scandaleuses - est un acquis de nos démocraties modernes. De ce point de vu, les attaques récurrentes contre des musulmans minoritaires de la part des gouvernements français successifs est un signe aussi inquiétant que l’activisme liberticide de l’extrême-droite chrétienne. Nous avons soutenu le chrétien Andres Serrano dans sa liberté de dire sa foi à sa manière, nous soutenons Roméo Castellucci qui exprime dans sa réponse aux intégristes un sens profond du pardon et du martyr de Jésus et nous donne une belle leçon d’Evangile. Nous soutenons Rodrigo Garcia dans sa dénonciation par Golgota Picnic du monde de l’hyperconsommation et si nous ne pensons pas comme lui que Jésus « multiplia la nourriture pour le peuple au lieu de travailler avec lui », nous pensons qu’il a le droit de l’affirmer avec sa liberté d’artiste, même si cela nous choque. Jésus ne doit-il pas toujours choquer le bigot qui est en nous ?

Ces actes de l’extrême-droite catholique ne sont pas de pures et spontanées réactions de chrétiens outrés ou méconnaissant l’art contemporain. Ils résultent d’une volonté de créer un rapport de force au sein de l’Eglise catholique, comme vis-à-vis de nos gouvernants, au prétexte de lutter contre une soit disant christianophobie. Mais derrière se cache un combat d’extrême-droite, contre l’immigration, contre les droits des femmes et des minorités. Contre les principes minimums des démocraties libérales, nés des Lumières et de l’humanisme chrétien, dont la Réforme.

Les Eglises comme le gouvernement se sont montrés bien ambigüs devant ces actes qui exigeaient d’être condamnés clairement. Que dirions-nous si les fondamentalistes musulmans utilisaient en France les méthodes qu’ils utilisent dans les pays arabes contre les chrétiens minoritaires, ainsi Asi Bibi condamnée à mort au Pakistan pour blasphème ? C’est pourtant bien la même idéologie liberticide qui est mise en œuvre par ces catholiques juste à nos portes. Dans les méthodes, la seule différence est qu’elles n’ont pas le support de l’Etat : mais dans tous les deux cas, c’est la volonté d’imposer ses convictions par la violence.

En tant que protestants, nous ne savons que trop bien où mène les combats pour imposer une vision unique de la foi. Nous lisons dans les évangiles un Christ qui bouscule les évidences de son temps, un Dieu d’amour et de tolérance. En tant que protestants nous nous rappelons que le combat pour la laïcité, a aussi été le combat des minorités religieuses contre une Eglise catholique toute puissante. En tant que protestant nous ne nous reconnaissons pas dans les représentations idolâtres du Christ dans lesquelles se confinent les intégristes catholiques. Nous refusons qu’ils les imposent au reste de la société et s’attribuent le monopole de la bonne ou la mauvaise représentation du Christ.

On pourrait s’en laver les mains en se disant que c’est un problème de catholiques qu’ils doivent eux-mêmes régler. Mais parce qu’ils utilisent à tour de bras le concept vide de sens en occident de Christianophobie, ils embarquent tous les chrétiens dans leur délire victimaire et liberticide. Laisserons-nous les fondamentalistes utiliser le nom de chrétien sans rappeler qu’il recouvre une diversité et que nous ne nous reconnaissons pas dans leur combat ?

Nous appelons les Eglises protestantes – en premier lieu l’Eglise Réformée de France, l’Eglise Evangélique Luthérienne de France – et la Fédération Protestante de France, comme l’a fait avec intelligence l’ERF d’Avignon au moment de l’affaire Serrano, à montrer leur attachement à la liberté d’expression, à marquer leur désaccord avec les méthodes et les idées diffusées dans ces rassemblements et à exprimer leur inquiétude devant la montée de l’extrémisme catholique.

  • #1 Le 17 décembre 2011 à 22:28, par Jérémy Duval

    Il a pris sur lui les insultes
    pour que les insultes ne m’atteignent plus.
    Il a pris sur lui les moqueries
    pour les moqueries ne me blessent plus.
    Il a essuyé les crachats pour que les crachats ne m’humilient plus.
    Il a pris les coups pour que les coups ne me brisent plus.
    Il a été condamné pour que je ne le sois plus.
    Il a été crucifié pour être solidaire de tous ceux qui sont défigurés.
    Il est mort pour que je n’ai plus peur de la mort.
    Il est ressuscité pour que je naisse dés maintenant
    à une vie renouvelée
    pour laquelle je n’ai pas besoin d’insulter, de moquer, de cracher,
    de donner des coups, de condamner et de tuer.

    Et c’est au nom de ce dieu-là qu’ils déversent leur haine !?
    Ils sont en vérité les ennemis du Christ.

    Ils n’ont pour dieu que l’absolu qu’ils définissent.

    Mais le Christ a relativisé nos expressions de la foi
    pour nous garder ouvert à la relation.

    Il s’est effacé pour me révéler le frère
    qui est en l’autre.

    Merci à vous d’ouvrir un espace de vigilance.


  • #2 Le 18 décembre 2011 à 19:15, par pepite

    Je ne pense pas que manifester avec une fleur blanche à la main soit un signe de haine par contre envoyer 800 crs pour les contenir cela en est un ; le maire de Paris ne l’aurait jamais fait s’il s’était agi d’une manifestation pour protester contre le judaisme ou l’islam . Que signifie pour vous la seconde phrase du " notre Pére" : que ton Nom soit sanctifié ; ou la deuxième phrase des 10 commandements ; tu ne prononceras le nom de Dieu qu’avec respect. Croyant etre moderne , ouvert et tolérant à nimporte quoi , vous n’etes que pitoyable


  • #3 Le 22 décembre 2011 à 15:24

    Ce texte est assez pitoyable en vérité. Par des arguments assez faibles vous tentez de justifier l’inaction, voire l’acceptation de ces spectacles clairement dirigés contre la Foi.
    Mélanger ces catholiques convaincus à l’extrême-droite est un procédé facile pour tenter de les discréditer...


  • #4 Le 22 décembre 2011 à 15:49, par Lavignotte

    Pourriez-vous dire en quoi vous trouvez le texte pitoyable avec des arguments faibles ?

    Sur le positionnement d’extrême-droite de Civitas et de la Fraternité saint Pi X, voir ce papier très fouillé de Libération :

    http://www.liberation.fr/societe/01012376742-le-bon-dieu-sans-concessions



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