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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Nous aimons un Christ blasphématoire - Interview

mercredi 11 janvier 2012, par :

Fabien Carlat, étudiant à Paris 3 en master de journalisme européen, devait réaliser une interview sur le thème de la polémique et des mobilisations autour de Golgotha Picnic et autres manifestations des intégristes. Pour changer, il a voulu point de vue de militants chrétiens et je me suis prêtée au jeu. Voici le résultat. Merci à Fabien de s’être intéressé à une parole moins visible dans ce débat !

Nous aimons un Christ blasphématoire

Héloïse Duché est membre de l’Église Réformée de France et de la Coordination du Christianisme Social, la seule organisation chrétienne signataire de l’appel « Défendons nos libertés contre l’ordre moral » en soutien à la pièce Golgota Picnic de Rodrigo Garcia. Elle est étudiante en sciences de l’éducation à l’Université Paris 8, où elle rédige un mémoire sur le scoutisme féminin.

Avez-vous été offensée par Golgota Picnic ?

Je n’ai pas vu la pièce, mais j’en ai lu des extraits. Cela ne m’offense pas du tout. Dans une démocratie, c’est important qu’il y ait un brassage d’opinions divergentes, y compris pour nous interpeller en tant que chrétiens. Le Christ nous invite à aller de l’avant, à nous réformer sans cesse. C’est ce qu’on appelle la réforme perpétuelle. Et on ne peut se réformer que dans un monde en mouvement. L’art est fait pour déranger. Pour autant, il y a certaines productions qui ne sont pas très heureuses... Il faut distinguer la liberté d’expression et le bon goût. Nous défendons cette représentation contre la censure, mais cela ne veut pas dire que la pièce soit forcément bonne ou intéressante. Je ne suis pas en faveur d’une interdiction des caricatures de Mahomet parues dans Charlie Hebdo, bien qu’elles aient été de très mauvais goût.

Que répondez-vous aux manifestants catholiques qui demandent la fin des subventions publiques pour Golgota Picnic au nom de la laïcité ?

Je ne crois pas qu’ils défendent la laïcité. Ce sont des groupes extrémistes, au niveau religieux et au niveau politique. Ils veulent que le blasphème soit un délit ; les subventions aux organisations catholiques ne les dérangent pas. Qu’ils se sentent offensés, ça les regarde. Et ils ont le droit de manifester, comme nous avons le droit d’exprimer notre désaccord avec eux... Mais qui sont-ils pour fixer les règles ? Leur tradition religieuse ne doit pas s’imposer à tous.

Vous écrivez « Le Christ a été condamné pour blasphème »...

Nous aimons un Christ blasphématoire, qui embrasse les pieds d’une prostituée, qui envoie valdinguer les Marchands du Temple. Il nous invite à vivre dans un doute permanent... Aux premiers temps de la Réforme les protestants reprochaient aux catholiques d’être idolâtres, et voilà que ce sont les intégristes catho qui s’insurgent des représentations du Christ. ! Pourtant, si l’on y pense, ils vénèrent les saints, ils représentent le Christ en croix. Je ne partage pas leur interprétation des Évangiles, leurs manifestations laissent à penser qu’il n’y aurait pas d’autre christianisme que le leur.

Avez-vous le sentiment que Civitas veut s’arroger le monopole de la parole chrétienne ?

Je ne formulerais pas les choses ainsi. Cela reste une question politique, pas une question théologique. Nous sommes en pleine campagne électorale, et les lefebvristes entretiennent des liens très forts avec Marine Le Pen.

Que pensez-vous du terme « christianophobie » ?

Je me sens outragée par l’utilisation de ce terme, dans un contexte d’islamophobie grandissante. Ils veulent imposer un rapport de force parmi les catholiques, pour pouvoir réintégrer l’Église dont ils sont exclus depuis la réforme Vatican II, dans les années 1960. Force est de constater qu’ils ont réussi leur coup puisque le terme « christianophobie » est repris par des personnes qui ne sont pas lefebvristes....

Est-ce difficile d’être croyante au sein du mouvement social ?

Il n’existe pas de difficulté à être chrétien en France. Cela dit, dans les cadres de militantisme, on me colle parfois l’étiquette de « la chrétienne » et on me parle des questions théologiques. Je peux parler d’autre chose ! C’est plus difficile pour les femmes musulmanes qui portent le voile. Certains y voient matière à polémique. J’avais exprimé ma solidarité avec Ilham Moussaïd lorsqu’elle était candidate aux régionales pour le NPA. Ce qui est important, c’est de garder l’envie d’agir ensemble.

Propos recueillis par Fabien Carlat.


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