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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Bordeaux, retour sur le 14 décembre : Nommer nos peurs, créer les conditions de la confiance

mercredi 15 février 2012, par :

Nommes nos peurs, créer les conditions de la confiance Approches sociales et spirituelles, Bordeaux : retour sur la 2ème rencontre du Christianisme Social du 14 décembre.

Nos peurs sont peut-être inséparables de notre humanité, mais certainement amplifiées par un système reposant sur la compétition, générant du ressentiment et de la crainte du différent. Dans ce contexte, il ne suffit pas d’exhorter avec le message biblique à « ne plus avoir peur ». Il nous faut nommer nos peurs, aider les personnes en souffrance à travailler les leurs. Et ensuite chercher les vraies sécurités dont chacun a besoin, les conditions d’une confiance entre les personnes et dans notre société.

Nommer nos peurs (P. Rödel) Petite exploration du champ sémantique de la peur. Il est extrêmement vaste, comme s’il s’était agi de cerner toutes les nuances d’une émotion qui s’empare des hommes devant un danger, quelque chose ou quelqu’un d’inattendu, qui surgit dans leur champ de perception ou de conscience – un bruit, un silence, une présence insolite ou au contraire une absence. Le mot peur vient du latin « pavor » : émotion qui trouble, qui saisit, qui peut faire perdre son sang froid effroi, épouvante, crainte « pavorem metum mentem loco moventem », dit Cicéron, l’effroi est une crainte qui fait perdre à la raison son équilibre. Le verbe « paveor » qui se rattache peut-être à un verbe qui signifie au sens propre être frappé = être troublé (interdit, saisi) par un sentiment violent craindre, redouter De ce verbe découle « pavidus » : dans le saisissement, éperdu saisi d’effroi ou qui marque l’effroi qui glace, qui paralyse En français « impavide », qui n’a peur de rien ou qui ne manifeste pas qu’il a peur. mais aussi « épouvanter » : frapper d’effroi, de terreur, causer de vives appréhensions, surprendre fortement. « épave » = qui est égaré, comme un animal effrayé.

Appréhender = prendre, saisir par l’esprit. Comprendre. Penser à un danger, craindre. Mais c’est quand même une démarche plus réfléchie.

La peur est le nom général de l’émotion qui accompagne la prise de conscience d’un danger. Avec diverses nuances d’intensité, selon le contexte : Frayeur (du latin « fragor ») : bruit éclatant, vacarme ; peur violente, souvent passagère, provoquée par un danger imaginaire ou réel. Effrayer (du latin « exfridare ») : faire sortir de la paix, de la tranquillité (comme « inquiétude »), troubler. Par extension : frapper de frayeur, provoquer l’inquiétude, mettre en défiance, choquer Effaroucher : effrayer de manière à faire fuir. L’adjectif « farouche » se dit d’abord d’un animal non apprivoisé, d’une personne qui craint les rapports humains ; mais c’est aussi quelqu’un de rude, qui peut agir avec violence ; qui a un aspect hostile, sauvage ; qui se manifeste avec vigueur. Anxiété, de « angere » qui a le sens d’oppresser, serrer la gorge. Sentiment plus psychologique que Angoisse, de « angustiae », lieu étroit, resserré, défilé. D’où gêne, difficulté à respirer. Trembler (du latin « tremere ») surtout trembler de peur. Dans un contexte religieux : respect sacré. Au sens affaibli : ça craint = c’est dangereux, pénible, craignos. Redouter : en ancien français, douter exprime l’idée de craindre, puis être dans l’incertitude au sujet de quelque chose . C’est ce sens renforcé par le « re » qu’on retrouve dans redouter. Terreur (du latin « terror ») : effroi, épouvante. Même origine que « crainte ». Terrorisme : régime de terreur politique ; actes de violence pour créer un climat d’insécurité. Panique : se dit de la peur, de l’affolement qui s’empare des troupeaux d’animaux ou des hommes eux-mêmes lors de la subite apparition du dieu Pan. Phobie (du grec « phobos » : action de faire fuir, effaroucher, effrayer) s’emploie dans le registre de la nosologie psychiatrique pour désigner un certain nombre de peurs pathologiques dont la liste s’allonge, semble-t-il, au fur et à mesure que se multiplient les objets potentiels de crainte : agoraphobie/claustrophobie. xénophobie, homophobie, islamophobie

En réalité, cette exploration sémantique ressemble à une description phénoménologique de la peur. De l’inquiétude légère à l’affolement le plus complet. Avec toute une gamme de réactions physiques : le cœur s’accélère, le souffle est coupé, les jambes tremblent, on a des sueurs froides, … Dans un premier temps, on peut voir dans la peur une manière d’avertissement de la possibilité, de l’éventualité, de la proximité d’un danger. Avertissement bénéfique dans la mesure où l’homme, les sens aux aguets, se prépare à une réponse adaptée au surgissement de l’événement. Mais dans un deuxième temps, il est clair que la peur paralyse aussi bien les fonctions intellectuelles que le corps lui-même ou qu’elle les désorganise complètement. La peur peut donc avoir un aspect profondément irrationnel. Plusieurs attitudes sont dès lors possibles : soit l’on cède à ses peurs, on prend la fuite, on s’évanouit soit l’on combat sa peur, on cherche à la surmonter pour faire face au danger passer de la peur à l’assurance, à la sécurité afin de ne pas sombrer dans le désespoir Cf. Spinoza : « La crainte [metus] est une tristesse inconstante née de l’image d’une chose douteuse […] si de ces affects [crainte et espérance] le doute est supprimé, l’Espérance devient Sécurité et la Crainte Désespoir ; à savoir une joie, ou une tristesse, née de l’image d’une chose que nous avons crainte ou que nous avons espérée. »(sc.2, prop. 18, p.III) Il est clair, aux yeux de Spinoza, que seule la connaissance de la nécessité des choses peut nous permettre de nous débarrasser de nos craintes comme de nos espérances. Il nous faut sortir de cette inconstance (fluctuatio animi), de ce doute qui nous interdit de faire usage de notre capacité de raisonnement. Mais c’est une tâche sans doute plus difficile à mener à bien que ne le pensait Spinoza. Pascal lui répondait par avance, à la suite de Montaigne : « Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu’il ne faut, s’il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainc de sa sûreté, son imagination prévaudra. Plusieurs n’en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et suer. » Mais cela semble être la seule façon d’échapper à la manipulation de nos peurs par des gens intéressés à nous maintenir dans un état chronique d’affolement dont ils vont pouvoir jouer au mieux de leurs intérêts. Si « avoir peur » peut, nous l’avons vu, avoir un aspect positif, l’adjectif « peureux » est déjà plus ambigu, et l’expression « faire peur à quelqu’un » ou « jouer sur les peurs de quelqu’un » est nettement négative. Nous sommes alors en pleine aliénation puisqu’il s’agit bien de faire perdre à quelqu’un ses moyens, c’est-à-dire ses capacités à analyser, à réfléchir, à chercher et à trouver une solution adaptée à la situation qui a semé le trouble en lui. Ce n’est pas un hasard si la critique très forte que l’on trouve chez Spinoza de la crainte et de l’espoir s’explique par la volonté de lutter : contre l’intrusion du théologique dans le politique (cf. le thème de la lutte contre les superstitions, thème central du rationalisme classique et des Lumières), contre un pouvoir de type tyrannique ou autoritaire.

Décrypter les causes de nos peurs (O.Brès) La peur contemporaine est plutôt une incertitude et une inquiétude, pas devant la crise mais devant la mutation qui s’annonce (depuis 40 ans !). La peur est d’ordre global, social, et personnel. • peurs globales Catastrophes écologiques, environnementales Causes : surconsommation, logique de l’économie et de la technique (Ellul) que nous ne maitrisons plus. D’autres plus profondes ? • peurs sociales : Peur du déclassement (Eric Maurin), du futur moins bon que le présent Causes : une promotion de l’individu exacerbée par le néolibéralisme. La bifurcation récente dans la trajectoire de l’individu moderne (Castel) : l’individu était libre parce qu’encastré dans des structures collectives, « assurantes ». Aujourd’hui les conditions de possibilité de l’autonomie disparaissent, et on demande le plus à ceux qui ont le moins. Conséquences : peur du déclassement, du plus proche en-dessous, dont il faut se distinguer et quand ça ne marche pas … peur de l’étranger. • peurs personnelles : Peur de la mort sociale (voir plus haut), Peur du non-sens de son existence (pas de cadre partagé d’interprétation du présent et du futur) Peur de la mort personnelle ( ?)

Créer les conditions de la confiance (O.Brès) Une triple tâche, politique, sociale, spirituelle • politique : besoin de reconnaissance, de « compter pour » (Paugam), avoir une place (la recevoir, la prendre, la construire ensemble ?) • Socio-économique : les conditions sociales : égalité des places plus qu’égalité des chances (Dubet). Besoin de protection « compter sur » (Paugam). • Spirituelle : dépendance, fragilité, vulnérabilité, comme valeur collective et individuelle.

Approche Biblique de la peur (O.Brès) Deux types d’occurrences (en dehors de la crainte-respect de Dieu) • Personnelle (ex : Adam, Sara) : vulnérabilité, image de soi modifiée => accepter • Collective (Mer rouge, tempête apaisée) : pas d’avenir visible => vers un autre « possible » Et aussi la peur des femmes au tombeau : peur de la transformation que Dieu pourrait opérer dans nos vies (la plus forte ?)

Débat (résumé des interventions, riches, de l’assemblée) et conclusions : Comment prendre les risques d’une transformation en face de la catastrophe réelle annoncée ? Est-ce que je les prends ? Comment ? Des thèmes à creuser : La décroissance, une solution. => ce sera le thème de la conférence du 5 mars Mondialisme et proximité : « penser global, agir local », lucidité et utilité Le besoin de partager ces questions en confiance avec d’autres => Christianisme social Le besoin de discernement pour juger de la situation, des évènements, des dérives. Les extrémismes jouent sur l’émotion, la peur et les images Peut-on être chrétien et d’extrême droite ? ce sera le thème de la conférence du 12 mars Un autre monde est déjà en marche ; il se caractérisera par une mutation des valeurs : De la compétition … à la solidarité De la tyrannie des marchés … à la loyauté des échanges De la peur paralysante … à la vigilance militante Face à un monde en crise … une nouvelle conscience universelle


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