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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Difficile de désobéir ? Commençons par ne pas coopérer ! par Jean-Paul NUNEZ

samedi 17 mars 2012, par :

Depuis quelques semaines, une action, qu’il nous faut qualifier de non-coopération avec la politique française d’immigration, circule sur le web (www.imposons-nous.org)... Une action de résistance à la domination et à la maltraitance sur le terrain de la rétention et l’expulsion des étrangers. Cette action, qui consiste essentiellement à retirer à l’Etat notre part d’impôt, ne s’attaque pas au seul coût de la politique d’immigration dans ce qu’elle a de plus répressif. Elle s’attaque directement à cette politique qui a un coût en soi qu’il soit financier ou humain.

De fait, en quelques semaines cette action a suscité l’adhésion de plusieurs centaines de personnes. Une adhésion qui consiste à s’engager pour que cette politique foncièrement maltraitante à l’égard des migrants ne se fasse ni en notre nom ni encore moins avec notre argent.

Cette action n’en est pas une de plus. Elle n’a pas été conçue de façon isolée et abstraite, sans tenir compte du travail accomplit quotidiennement par les associations, groupes et autres réseaux. Au contraire, en enlevant à l’Etat le montant de l’impôt de chaque foyer fiscal pour le reverser à ces associations, cette action ne vise qu’à provoquer un changement de paradigme. Elle vise à susciter, chez chacun d’entre nous, l’activité d’imagination, de pensée, de conscience dans la construction du rapport aux autres et à tous les exilés.

Nous avons initié cette campagne à titre individuel, comme nous avions engagé et pris, pour certains d’entre nous, le jeûne devant l’Assemblée Nationale lors des débats parlementaires de la cynique et dure loi Besson... ou comme nous nous retrouvons avec nous-même, dans le silence des cercles qui chaque mois veulent interpeller l’humanité de ceux qui nous dirigent.

Encore une fois, nous voulons d’abord en appeler aux consciences de chacun, en dehors des logiques de groupes, d’associations, de religions, de partis...

Encore une fois, nous voulons que l’attitude individuelle, la posture personnelle soit première avant les engagements, si nécessaires, dans tous ces lieux de défense des gens.

Encore une fois, nous voulons que, par un geste simple, tous ceux qui le feront se préparent à l’action en prenant conscience du geste posé. Apprendre les petits pas pour aller plus loin, pour de pas accepter les fatalités, pour ne pas se résigner, pour aller au delà de l’indignation certes nécessaire mais jamais suffisante.

Nous aurions pu penser en terme de désobéissance. C’est à dire penser à des actions pour se mettre délibérément, collectivement et publiquement en infraction tout en demandant explicitement à être sanctionné afin de faire voir ce que toutes les lois qui concernent les migrants ont d’injustes, d’illégitimes ou d’immoralités.

Mais nous savons que ne désobéit pas qui veux. C’est difficile. Certes nous apprécions que ce terme « désobéissance » soit désormais dans le registre du langage et de l’acte militant : arracher les plantes génétiquement modifiées pour protéger la santé de chacun ; cacher délibérément des sans-papiers tout en exigeant leurs régularisations, refuser en tant que directeurs d’établissements scolaires d’appliquer le « fichage » des enfants…

Certes nous apprécions la liste si longue de tous ces actes de désobéissance, comme expression d’exercice de la citoyenneté par des moyens non-violents. Que cela le reste et peut-être que nous mêmes, un jour, nous en appellerons à de tels actes.

Mais, le mouvement de la non-violence n’a pas cessé de nous transmettre d’autres formes d’actions qui permettent le cheminement, en raison des circonstances précises, vers des formes d’actions plus radicales encore.

Gandhi aimait dire que « pour obtenir réparation de l’injustice, nous devons refuser d’attendre que le coupable ait pris conscience de son iniquité. (…) Au contraire, il faut combattre le mal en cessant d’apporter notre concours au malfaiteur d’une manière directe ou indirecte ». Nous avons là l’énoncé du principe essentiel de la stratégie de l’action non-violente : la non-collaboration. Ce principe repose sur l’analyse suivante : dans une société, ce qui fait la force des injustices du désordre établi, c’est la complicité, c’est à dire la coopération passive, volontaire ou forcée de la majorité silencieuse des citoyens.

Parmi les exemples de non-coopération nous pouvons rappeler celui qui, un jour de juillet 1846 aux Etats-Unis, amena Henry David Thoreau de refuser, par principe, de verser de l’argent à l’Etat alors même qu’il est en désaccord avec la politique de cet Etat et qu’il ne souhaitait absolument pas contribuer à financer la guerre contre le Mexique. Il en sera arrêté. Il relatera d’ailleurs son expérience et argumentera son acte sous le titre de « Résistance au gouvernement civil », qui, après sa mort, deviendra « La Désobéissance civile ».

Ou encore rappeler qu’en 1919, Gandhi, en désaccord avec le système imposé par les britanniques à son pays recommandait à ses concitoyens indiens la "non-coopération", le boycott de certains produits et l’indépendance individuelle. Cette démarche était (et reste) parfaitement cohérente et logique. Lorsqu’on est conscient que le système dans lequel on se trouve est malsain et nous emmène à la ruine, comment peut-on continuer à y coopérer (au-delà du strict nécessaire) ? L’inconscience semble la seule excuse valable.

La campagne « Imposons-nous » s’inscrit dans la volonté de ne pas coopérer. Parce que nous pensons que le système en place est malsain dans la façon dont il traite les étrangers en situation dites irrégulières, alors nous appelons tout un chacun à minimiser autant que possible notre apport à ce système. Il y aurait quelque chose d’hypocrite et de complètement incohérent à simplement protester verbalement contre un système auquel nous continuons à coopérer concrètement quotidiennement.

En matière d’étrangers et d’exilés, depuis des décennies, tous les jours, on voit que l’Etat dit de « droit » viole ses propres règles. Depuis des décennies on s’aperçoit que les étrangers et les exilés sont souvent confinés dans des zones « grises » d’un véritable infra-droit. Et ce mal qui est fait à chacun de ces êtres est une atteinte à notre propre humanité. Le geste de non-coopération auquel appelle la campagne « Imposons-nous » est pour que cela cesse.

Le geste auquel nous appelons est celui qui amènera d’abord non seulement à un ajournement provisoire, une sorte de moratoire certes, mais surtout à la suppression des zones de rétention et de détention des migrants, à un arrêt définitif des expulsions forcées, à un démantèlement des dispositifs et des outils qui maltraitent au quotidien en notre nom et avec notre argent.

Et notre message est clair pour tous ceux qui ont, en ces temps, la prétention de vouloir régir notre pays : tous ces dispositifs sont anachroniques, antipolitiques, dangereux et destructeurs. Ils ne sont pas acceptables et nous ne pouvons les accepter.

Le geste auquel nous appelons est celui qui pourrait déboucher sur une forme de processus « constituant », un processus qui reprenne à la base, un processus qui amène une réorientation de la politique migratoire internationale. De nombreuses associations, groupes et réseaux ont fait déjà des propositions dans ce sens : Une politique migratoire insérée dans une construction politique de nos pays, de l’Europe au service de la paix, de la justice, du renouveau social, de la collaboration et du partage.

Alors, à coté de toutes ces propositions, nous,nous disons simplement ; Imposons-nous.

Commençons par ne pas coopérer en participant et en faisant participer ceux qui nous sont proches à la campagne « imposons-nous ». Et demain, si le mal continue nous trouverons d’autres moyens d’actions pour renvoyer les dispositifs de rétention et d’expulsion à la place qu’ils n’auraient jamais du quitter : le musée des horreurs de l’humanité.

Jean-Paul NUNEZ

source de l’article : http://www.placeauxdroits.net/portail/node/13


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