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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Débat ? qui avec qui et sur quoi ?

lundi 10 décembre 2012, par :

Réaction face à la prise de position de l’église catholique sur le mariage pour tous.
Texte envoyé à l’évêque d’Autun.

A Monseigneur Benoît RIVIERE
Evêque d’Autun
Evêché
1, place du Cardinal Perraud
71407 Autun

Péronne, le 12 novembre 2012

Père,

A la retraite depuis cinq ans, j’ai quitté Lyon et suis venu vivre à Péronne, petit village de votre diocèse. C’est en toute simplicité que je me permets de vous écrire, puisque vous êtes désormais mon évêque.
D’avance, je vous demande d’excuser la longueur du document ci-joint, mais comment aborder ces questions avec le simplisme affligent d’une majorité des médias nationaux : il s’agit de la déclaration faite par le Président de la Conférence Nationale des Evêques, à la suite de sa réunion à Lourdes, concernant le projet de loi sur le mariage pour tous.

Deux questions me semblent posées par cette déclaration :

1) Comment fonctionne notre Eglise en France ?
2) L’anthropologie implicite qui sert de référence au dogme et à la morale de notre Eglise est-elle toujours d’actualité ?

Connaissant les charges de travail qui vous incombent, je vous remercie d’avance de l’attention que vous pourrez porter à ces lignes. Si vous estimez qu’une suite doit être donnée je m’engage à en être un animateur, à ma mesure.

En toute fraternité en Christ.

Pierre DAVID

Débat, oui ! Mais qui avec qui et sur quoi ?

J’ai essayé de me documenter : lire en premier le projet de loi, objet du débat ; puis lire le point de vue de personnes autorisées qui adoptent des positions différentes, voire opposées. Bref essayer d’y voir clair. Tel a été mon programme. Je me permets de vous confier ce que j’ai découvert.

1) A propos du fonctionnement de l’Eglise catholique en France

Le mariage pour tous est une énième question sur laquelle l’Eglise vient de se prononcer officiellement. Elle aura à le faire sans doute sur la question de la mort médicalement assistée. Sur la reproduction médicalement assistée, sur les « mères-porteuses », etc. Sur la question du mariage pour tous, elle vient de le faire dans la droite ligne de ses traditions, disciplinaire et dogmatique.
Au nom de quoi l’Eglise prend-elle position ?
Si c’est au nom de son magistère, ne devrait-elle pas s’adresser seulement aux catholiques ? Surtout dans un état dont elle dit reconnaître la laïcité. Le discours épiscopal, s’il est « disciplinaire », c’est-à-dire s’il définit les règles à adopter par les catholiques, doit s’adresser uniquement aux fidèles au nom de leur appartenance à l’Eglise catholique, et renoncer à des prises de position institutionnelles, inévitablement récupérées par le politique politicien. A fortiori, si elle aborde la question du point de vue sacramentaire et dogmatique, seuls ses fidèles sont concernés.
Si c’est au nom de son expertise humaine qui est intéressante et légitime pour le débat national, au nom même de la laïcité, telle qu’elle est définie par la loi de 1905, il est légitime que l’Eglise demande à ses fidèles de participer au débat, sans noyautage, au titre de leur citoyenneté.

Si elle estime devoir prendre une position institutionnelle, qu’elle le fasse sur le thème : Nous pasteurs de l’Eglise catholique de France, voilà ce que nous demandons à nos fidèles. Par ailleurs, nous demandons à nos concitoyens qui ne sont pas catholiques, et particulièrement à nos responsables politiques, de se poser telle et telle question, afin qu’une décision collective ne soit pas prise avec des conséquences négatives qui n’auraient pas été envisagées.
Je reconnais que cela a été émis comme vœux par plusieurs groupes d’évêques : Cf les articles publiés sur le site internet de la Conférence des Evêques de France : « Un indispensable débat", par les évêques de la province de Rouen, Déclaration9 octobre 2012 ; "Un indispensable débat", par les évêques de la province de Rouen, Déclaration Le 1er octobre 2012 ; « Les évêques des diocèses de l’Est appellent au débat »Déclaration à Besançon, le 17 octobre 2012. Il s’agit d’un appel à l’organisation par le pouvoir d’un débat entre citoyens auquel les évêques demandent aux fidèles de participer. Je n’y vois aucun appel à un débat, au sein des communautés, entre fidèles et pasteurs dont les pasteurs, parce que c’est leur mission, prendraient l’initiative. J’y vois un appel aux fidèles à « diffuser » la doctrine officielle rappelée à cette occasion sur le mariage, la famille et les enfants. Et c’est bien là le problème.
Il me semble que selon les orientations adoptées lors de Vatican II, le discours de l’Eglise devrait être l’expression de la communauté chrétienne (fidèles, docteurs, pasteurs, etc.) Et non uniquement celle d’une assemblée d’évêques. N’est-ce pas ce qu’il faut comprendre quand on lit le N°32 de Lumen Gentium : « Même si certains, par la volonté du Christ, sont institués docteurs, dispensateurs des mystères et pasteurs pour le bien des autres, cependant, quant à la dignité et à l’activité commune à tous les fidèles dans l’édification du Corps du Christ, il règne entre tous une véritable égalité. » Pour moi, cette égalité ne doit pas être une égalité de principe, mais bien une égalité d’un droit effectif à la recherche de la vérité. Les conférences nationales et les synodes diocésains institués ultérieurement n’en sont-ils pas le moyen ?
Compte tenu de l’évolution du niveau de culture des catholiques français comme de leurs concitoyens, la question du mariage pour tous, comme d’autres questions, aurait du être débattue en synodes diocésains, la conférence épiscopale devant en faire la synthèse. Je ne pense pas être le seul à estimer que depuis, Vatican II, c’est le débat entre « pasteurs, docteurs et communauté », qui doit élaborer la « doctrine » et la conduite à adopter par les fidèles et par leur Eglise.
L’Eglise catholique de France n’ aurait-elle pas manqué le coche en poursuivant dans des ornières qui la coupent de beaucoup d’hommes et de femmes de bonne volonté , car ils ne comprennent pas son obstination à fonctionner sur des modèles historiquement dépassés alors qu’elle a elle même défini d’autres instituions qu’elle n’a même pas vraiment pris le soin d’expérimenter.
Sans remonter trop loin, le moins que l’on puisse dire c’est que l’Eglise de France a erré sur la question de ses rapports avec le pouvoir et la société civile depuis deux siècles. Après s’être embourbée dans la défense de l’Ancien Régime au nom d’une lecture aristotélicienne de la Cité de Dieu, ferraillé avec la République, soutenu Vichy, rêvé d’un Royaume du Christ avec l’Action catholique, renoncé à presque tout de nos jours, elle essaie d’exister dans l’espace public par des coups de force avec l’opinion publique, à l’occasion de questions sociétales (La contraception, l’IVG, et actuellement le mariage pour tous.) On dirait que c’est toujours la nostalgie de l’époque de la chrétienté médiévale où le Pape dirigeait l’Europe, l’empereur n’étant que son bras séculier, qui guide l’unanimisme de sa hiérarchie, alors que l’on sent bien que de nombreux évêques, dont vous peut-être, sont réticents à de telles prises de position.

Et pourtant le peuple chrétien a un texte fondateur, d’une force inouïe, lumineux, à mes yeux indépassable par sa modernité prophétique, plus que jamais d’actualité :
« Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » qui n’est pas un appel à l’angélisme, comme nous l’apprend la lecture de Actes ; qui n’est pas seulement un impératif pour sa vie personnelle ; mais bien une exigence à réactualiser, chaque fois que « César agit ».

Le piège pour l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe, qu’a été l’édit de Théodose en 380 qui, pour faire court, a conféré en son temps le statut de religion d’Etat au Christianisme Nicéen ; la Réforme au XVIème siècle qui a été une chance que Rome n’a pas su saisir en son temps ; le cléricalisme né de la Contre-Réforme ; tout cela a certes reculé en France, et fait peu à peu place à l’émergence d’une société civile autonome avec laquelle l’Eglise catholique de France a lutté pied à pied durant le XIXème. Vatican II a tenté de sortir de cette impasse vieille de 1600 ans. Mais n’y est parvenu que très partiellement...nous en sommes là. Et pourtant cela serait si simple de prendre au sérieux cette injonction du Christ et d’en tirer les conséquences en rappelant que :
Pour ce qui est de Dieu, la voie c’est l’Evangile, la prédication apostolique et leur lecture spirituelle dans la communauté.
Pour ce qui est de César, la voie, c’est la réflexion, la connaissance scientifique, la raison.

2) Quelle anthropologie pour notre époque ?

Ma réaction quant aux modalités de fonctionnement de l’Eglise de France ne tranche pas la question de fond : qu’est- ce qui pour un catholique français et de façon plus œcuménique, pour un chrétien dans notre pays, fonde un choix de société ? La question du mariage pour tous n’est pas fondamentalement une question de morale même si elle pose des questions morales. Le mariage pour tous renvoie d’abord à une question d’anthropologie, puis de politique (politique au sens premier, ce qui détermine les règles qui permettent aux hommes de construire une société.)
Le texte de loi proposé se présente comme un aménagement du code civil avec la suppression, chaque fois que la clarté du texte n’en souffre pas, de la désignation des personnes, qui distingue hommes et femme, père et mère, pour la confondre dans les notions d’époux et de parent. En corollaire le texte aménage la question de la filiation et celle de l’adoption des enfants des conjoints, nés avant le mariage et de ceux nés après le mariage ; l’exposé des motifs reconnaît, lui, qu’il s’agit bien du passage d’une conception anthropologique implicite, à une nouvelle conception anthropologique, en accord avec la rapide évolution de nos sociétés.

Reprenons le texte :

PROJET DE LOI visant à ouvrir le mariage aux couples de personnes de même sexe, Exposé des motifs

« De fait, jusqu’à une époque récente, l’évidence était telle que ni les rédacteurs du code, ni leurs successeurs, n’éprouvèrent le besoin de le dire expressément. La différence de sexe n’en était pas moins une condition fondamentale du mariage en droit français, de sorte que son non respect constituait une cause de nullité absolue du mariage (article 184 du code civil).
L’idée de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe a constamment progressé depuis le vote de la loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité, une majorité de français y étant aujourd’hui favorable. Il est vrai que si le pacte civil de solidarité a permis de répondre à une aspiration réelle de la société et que son régime a été significativement renforcé et rapproché de celui du mariage, des différences subsistent, et cet instrument juridique ne répond ni à la demande des couples de personnes de même sexe qui souhaitent pouvoir se marier, ni à leur demande d’accès à l’adoption.
Une nouvelle étape doit donc être franchie. »

Pour un chrétien la question est donc de savoir si l’anthropologie sous-jacente à cette nouvelle extension de la notion de mariage est en accord avec sa foi, ou si elle est absolument antinomique.

L’anthropologie dite chrétienne a des racines juives, grecques, romaines. Avec un zeste d’éléments empruntés à différentes barbaries. Elle n’a été constante, ni dans sa conception, ni dans sa formulation, au cours de l’histoire de l’Eglise. Elle a toujours été tributaire des choix philosophiques utilisés pour la mettre en forme (Platon, puis Plotin, puis Aristote, etc.) et des relectures successives qui en ont changé les paradigmes sans toujours faire preuve de l’esprit critique nécessaire. Par exemple quand le référentiel néoplatonicien qui est celui qui éclaire la pensée de Saint-Augustin, devient aristotélicien avec Thomas d’Aquin. Du coup, ce qui doit être compris comme figure chez Augustin, est compris comme essence dans la scholastique. Avec quelques contresens à l’appui !

Les apports culturels d’autres civilisations que celles du bassin méditerranéen l’ont encore fait évoluer avec l’anthropologie définie par les humanistes de la Renaissance, conséquence des Grandes Découvertes. Chaque fois cette évolution a rencontré des résistances vite formulées en anathèmes, contre de supposées hérésies devenues des vérités évidentes cent ans plus tard.

Par exemple, le contentieux sur Humain/non-humain lors de La controverse de Valladolid à propos des indiens d’Amérique. Ou encore, le conflit avec Galilée, qui illustre bien le constant décalage historique des références anthropologiques retenues par le magistère pour dire le dogme et, à la même époque, les références anthropologiques adoptées par la société civile, en phase d’autonomisation. Ce qui était en jeu était la représentation cosmologique adoptée depuis des siècles, en accord avec les textes bibliques, déterminant la place de l’homme dans le cosmos, qui brutalement, entre en contradiction avec les découvertes cosmographiques devenues possibles grâce à l’emploi de la lunette d’observation.

Paradoxalement, la seule constante de l’histoire du dogme, c’est son incapacité à reconnaître comme relatif à une situation, à une époque, à un système culturel, ce qui a été promulgué précédemment comme définitif ! Comme si reconnaître la nouveauté parfois radicale d’une conception de l’homme, était une trahison de la Tradition, alors qu’elle en est le moteur. La conception anthropologique majoritaire à une époque donnée, n’est que le fruit de l’expérience de la civilisation dominante au sein de laquelle le dogme se formalise ; or les civilisations sont mortelles, comme les anthropologies qu’elles modélisent. Voilà bien un élément de modernité à prendre en compte dans le débat sur le mariage.

L’anthropologie sous-jacente au projet de loi sur le mariage pour tous, est à mon sens, l’avatar contemporain de cette légitime évolution de la pensée, autonome par rapport au dogme. C’est ce qu’estime le législateur et il en tire les conséquences.

Si la société française et le pouvoir politique qui la dirige, estiment que le temps est venu de modifier le code civil , l’institution sociale du mariage, les règles d’adoption et de transmission patrimoniale, la notion de parentalité, etc. (dossier complexe dans lequel il est évident que la prudence doit être la moindre des règles) qu’il prenne ses responsabilités et qu’il organise les débats qui permettront de dégager une majorité significative, selon les règles de la démocratie républicaine. C’est Kant, Freud, Durkheim, Lévi-Strauss, Braudel, Ariès, etc. qui doivent présider aux débats. Et que les catholiques en tant que citoyens y participent. Et pourquoi pas des évêques, non pas en tant qu’évêque, mais en tant que simple citoyen, car ils sont, comme leurs frères, aussi des citoyens. Ce serait une grande nouveauté et sans doute plus d’un détracteur de l’Eglise serait obligé de constater la qualité de leur intervention et de leur culture.

Un catholique est aussi un citoyen, donc un agent des évolutions de la société dans laquelle il vit. Si l’évolution proposée lui apparaît rationnellement condamnable, politiquement néfaste, ou partiellement souhaitable, qu’il s’engage dans le parti politique accueillant ses idées. Si l’évolution envisagée lui paraît juste et un progrès, qu’il le fasse dans un parti qui correspond à son jugement. Un citoyen membre de l’Eglise catholique, comme tout citoyen, doit mobiliser sa raison, ses connaissances, son expérience y compris son expérience spirituelle pour prendre position dans un débat au sein de sa communauté. C’est cela qui doit légitimer sa prise de position et non un renoncement à sa propre capacité de réflexion et d’opinion, avec adhésion à priori, en tant que fidèle, à la prise de position de sa hiérarchie.

Mais le fait que sa société, évidemment façonnée par le christianisme durant des siècles, rencontre l’hostilité de la hiérarchie catholique lorsque cette société, change de références anthropologiques, n’est-il pas, pour un catholique, le signe que l’Eglise se trouve en décalage avec la société à laquelle elle s’adresse ? Ne butte-t-elle pas sur les conséquences de ne pas avoir fait confiance à ses intellectuels les meilleurs ; de ne pas avoir pris au sérieux les apports scientifiques déterminants en biologie, en neurophysiologie, en psychologie, etc. ; campant sur des notions philosophiques utiles à leur époque, mais incapables de rendre compte des dernières évolutions de la pensée ?

Je note ironiquement au passage, que le pouvoir s’installe dans une rivalité mimétique avec la Conférence épiscopale accablée de tous les soupçons : On met le projet de loi au rôle de l’Assemblée Nationale, majoritairement acquise et réputée compétente, et on laisse aux médias le soin de faire le bruit de fond dont ils vivent, et que l’on feint de prendre pour de la pensée. C’est peu glorieux mais électoralement payant. Passons.

Parallèlement, il aurait été légitime que la communauté catholique, prie, réfléchisse, s’organise pour des débats entre frères, dans une attitude de recherche de la Vérité et que dans un deuxième temps , temps de synthèse des débats, la conférence épiscopale énonce les règles que l’Eglise de France demande à ses fidèles d’adopter, face à ce nouveau texte.

Je comprendrai très bien, que les évêques en tant que pasteurs, après avoir organisé des synodes diocésains, proposent aux fidèles catholiques homosexuels concernés, de renoncer à un mariage civil, et à fortiori religieux, parce que la majorité de la communauté ne le souhaite pas.
Mais je comprendrai tout aussi bien qu’à la suite de ces synodes, l’Eglise catholique propose une nouvelle conception du mariage au sein de sa communauté. Estimant par exemple que la dimension « reconnaissance de l’amour entre deux personnes » est une dimension désormais plus fondamentale que la fonction « cellule de base » assurant la reproduction de la société qui actuellement se reproduit aussi en dehors de la famille. Qu’elle considère dans ce cas l’union de deux personnes du même sexe, comme un cas particulier du mariage catholique, faisant une lecture nouvelle de la phrase de Saint-Augustin « Ama et fac quod vis »
Je comprendrai très bien que les synodes estiment que l’adoption des enfants nés avant l’engagement d’un de leur parent dans une union homosexuelle, soit finalement meilleure pour eux. Mais je comprendrai très bien aussi que les synodes demandent aux fidèles qui seraient concernés, d’accepter la stérilité de fait de leur couple, au nom du droit des enfants. Comme je comprendrai très bien que des synodes soient conduits à adopter la même position dans le cas de parents stériles tentés de recourir aux services d’une « mère porteuse ».

Je serai d’autant plus prêt à admettre toute position nouvelle de l’Eglise sur ce sujet, que le mariage catholique tel qu’il est actuellement conçu , formalisé du point de vue sacramentaire, traité dans les faits du point de vue disciplinaire, est une « invention » très récente au regard de l’histoire de l’Eglise ( sacrement seulement au 13ème ; codifié au Concile de Trente en 1545) ! Que l’Eglise se saisisse de cette question pour poursuivre cette évolution de la conception qu’elle a du mariage, serait à mes yeux un signe de sa vitalité et de l’espérance qu’elle porte, pour nos sociétés occidentales. Qu’à cette occasion elle réactualise l’anthropologie qu’elle utilise pour dire son espérance, sa foi : rien de plus souhaitable.

Tant que l’Eglise a été de fait l’organisatrice de la société civile, puis a voulu conserver cette fonction, elle a été obligée de prendre en compte la diversité des règles culturelles des populations qui se sont converties. On a trop tendance à considérer comme traditionnellement chrétiennes, des institutions créées en réponse à des situations historiques particulières. La question du mariage pour tous n’est à mon sens qu’un cas de plus. Sauf que, en France, ce n’est plus à l’Eglise qu’incombe la responsabilité de l’organisation de la société civile.

Voilà pourquoi je ne comprends pas une prise de position d’hostilité des évêques, à une décision prise par les autorités politiques de notre pays, sans avoir consulté la communauté des catholiques.

Si l’Eglise de France fonctionnait comme le lui a de mande Vatican II, elle aurait organisé des synodes diocésains après avoir fourni aux participants un dossier comprenant :

- les éléments scripturaires et les exégèses contradictoires qui en ont été faites par les Pères et les théologiens contemporains significatifs.
- les éléments historiques sans avoir peur des contradictions que l’histoire met en évidence ; car ces contradictions permettent de comprendre la Tradition comme action de l’Esprit dans une humanité faillible, multiforme, en avenir.
- les éléments scientifiques sur la psyché humaine qui concourent à une compréhension de l’homosexualité ; sur la sociologie qui décrit les rapports de l’individu au groupe ; sur la place de la personne dans les sociétés post-industrielles occidentales.
- les éléments philosophiques contradictoires (essentialisme/existentialisme) sur la notion de Nature Humaine et la notion sociologique de Culture ; sur le rôle du politique : doit-il prendre en compte l’évolution des mentalités, les anticiper, les refouler ; sur le rôle de la morale dans son rapport au droit ; sur le rôle des lobbys dans le système démocratique français.
- les éléments analysant l’expérience de pays où une telle législation a été adoptée comme en Belgique, en Espagne et en Argentine.

Je reconnais ce qu’il y a d’utopique dans cette proposition. Elle suppose que des catholiques auraient accepté de réfléchir ensemble avec l’exigence au moins d’avoir lu le dossier esquissé ci- dessus. Cela aurait pu être organisé sur un semestre en lieu et place de l’homélie, lors de l’assemblée du dimanche, homélie qui aurait été confiée à tour de rôle, à des laïcs chargés d’expliquer les éléments du dossier en fonction de leurs compétences (historiens, sociologues, praticiens, associations familiales, etc.) Cela aurait pu être relayé par des débats comme celui qui a été organisé par RCF. Relayé par des publications comme La Croix, La Vie, Golias Le monde des Religions, Les Etudes, etc. Relayé par un système de blogs ouverts sur le NET...Bref cela aurait fait entrer l’église de France dans le 21ème siècle !

Un synode diocésain aurait pu réunir les points de vue de ces assemblées locales qui y auraient désigné leurs porte-parole, puis les reformuler en propositions à adopter par l’assemblée des évêques. N’est-ce pas comme cela qu’a fonctionné le concile Vatican II ?
Il n’aurait sans doute pas manqué d’amuseurs publics pour ridiculiser une telle démarche. Mais qu’importe. Les catholiques de France auraient pu être fiers d’une telle initiative et peut être auraient-ils pu servir de modèle à une nouvelle forme de démocratie pour la société civile.
Pierre DAVID – (Péronne – Nov. / Déc. 2012)


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