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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Christianisme social et Mission populaire évangélique

vendredi 11 juin 2010, par :

Contribution de Guy Botinelli à l’occasion de la réunion nationale de la Mission populaire évangélique (MPEF) à Dourdan du 6 au 9 mai 2010.

Rien d’étonnant à ce que la MPEF ait envie de remettre à l’ordre du jour la question du Christianisme social. Dans les premiers temps de son existence elle s’est présentée comme un mouvement d’appel à la conversion , par l’annonce du salut, en observant une stricte neutralité sociale et politique. Cela pouvait se comprendre , compte tenu de l’origine étrangère de son fondateur et de la crainte de réveiller des revendications de justice noyées dans le sang de la Commune, encore si proche. Mais son implantation en milieu populaire ne pouvait laisser la MPEF indifférente aux thèmes déjà débattus dans ce qui allait devenir le Christianisme Social , dont la création officielle remonte à 1888. Puisqu’une gestation précède toujours une naissance , on doit se souvenir que de n ombreuses œuvres protestantes avaient déjà vu le jour, tous les protestants n’étant pas passionnés par les querelles entre libéraux et orthodoxes au 19s.,la « question sociale »ayant pour eux priorité. La MPEF fut également conduite à prendre en compte la condition ouvrière dans son ensemble, avec ses déterminants sociaux et politiques. C’est pourquoi les choix du Christianisme Social ont fini par investir totalement son activité. Les deux parallèles ne pouvaient que se rejoindre , au moins idéologiquement. Sur le terrain des combats de la classe ouvrière, les pratiques ont divergé. Là où la MPEF diversifiait ses activités ( religieuses, culturelles sportives , sanitaires et sociales) , le Christianisme Social accentuait sa spécificité , comme lieu de recherche et de réflexion, parfois tenté de créer un parti politique. Ceci étant, nous devons nous interroger sur les raisons qui l’ont conduit vers un lent déclin. Selon Maurice Voge , qui en fut le secrétaire général entre 1947 et 1961 ,le mouvement comptait selon les périodes, entre 4 et 500 membres , des groupes locaux consistants (Paris, Marseille, Lyon St Etienne) , des « camps sociaux « jusqu’en 1961 , et la Revue diffusait largement au delà du monde protestant . Ensuite le mouvement s’est progressivement réduit à une Revue de qualité , grâce à la plume d’intellectuels connus (André Philip, Paul Ricoeur, etc …).Puis , ses titres successifs donnent la mesure de l’évolution du mouvement , frisant parfois les querelles de chapelle, : « Parole et Société » « Itineris » , pour finir avec « Autres temps » témoignant tous de la volonté de faire entendre une parole chrétienne-sociale. Mais un dîner de têtes (comme aurait pu dire Prévert) n’a jamais accouché d’une famille populaire ! Le Christianisme Social n’a pas su ou pu,préserver une base opérationnelle prometteuse et mettre en pratique une règle dont les EOP firent ensuite la promotion à partir des années 60. A savoir, comment faire résonner cette parole en présence de ceux dont on défend la cause et pas seulement avec ceux que la question sociale intéresse. Si dans les EOP, la participation d’intellectuels (ou pseudos ..) n’est pas interdite , il demeure que c’est au monde populaire, les « concernés », qu’il revient de donner le LA. Certes, le déclin du Christianisme Social tient aussi à d’autres causes que sa distanciation du monde populaire , mais si je retiens celle-la, c’est parce que la MPEF qui y est bien implantée cherche à se repositionner. Le débat est ouvert.

Dans ces lignes, je m’en tiens à deux autres questions laissées également en héritage par le Christianisme social. Je pense à la réflexion chrétienne-sociale dans l’Eglise catholique et aux rapports que le mouvement chrétien-social en général, peut entretenir avec la gauche, je devrais dire, avec les gauches françaises.

Sur le premier point, il serait trop long de décrire la place qu’occupe la question sociale dans l’église catholique avant et après l’encyclique « Rerum Novarum «  (1891) sur « la misère imméritée des travailleurs ». On retrouve l’histoire très riche des actions menées par des travailleurs et des patrons catholiques qui aboutit, entre autres, à la création d’un syndicalisme chrétien en opposition avec le mouvement socialiste. Si Léon XIII est à l’origine d’une « doctrine sociale de l’église » , on doit noter, qu’au cours des dernières décennies, la terminologie a évolué , de « pensée sociale de l’église » à pensée sociale dans l’église » , pour arriver aujourd’hui à « pensée sociale chrétienne » (1)

Ce n’est pas qu’une affaire sémantique, mais une manière de reconnaître que :

- « dans un monde qui évolue , cette pensée n’est pas déterminée une fois pour toutes,

- sous la même forme. Certains domaines n’ont pas encore été explorés et pensés « (1)

(Mais c’est actuellement en cours , notamment ,l’économie financière)

Cet enseignement en évolution , à l’origine plus social qu’économique , est maintenant dénué de toute prétention hégémonique, ne propose ni une économie chrétienne (sauf , le mouvement des Focolari , avec son « économie de communion « ) , ni une troisième voie entre capitalisme et socialisme, et ne redoute plus l’emprise marxiste.. On peut retenir quelques axes de cet enseignement : la dignité inaliénable de la personne, le principe de solidarité, la destination universelle des biens, le développerment humain , tout l’homme, tout homme et tous les hommes. Ils rappellent, dans un autre style ,les publications protestantes sur les « principes sociaux de l’Evangile « (Rauschenbusch , Chastand ). Ces rapprochements m’ont conduit à écrire dans mon petit bouquin (2) qu’en ces « temps d’œcuménisme institutionnel et théologique frileux , ne faudrait-il pas insister sur un œcuménisme social « ? Cette invitation, peu médiatisée, n’a évidemment reçu aucune réponse ! Mais la MPEF ne pourrait-elle pas contribuer ainsi à orienter différemment l’œcuménisme ? Nous avons tout intérêt à puiser dans la richesse de cet enseignement qui se poursuit , de Léon XIII à Benoît XVI (pour ne parler que des encycliques) afin de discerner les éléments d’un christianisme-social et d’en tirer profit pour notre propre élaboration.

Venons-en à la deuxième question.

Pour qui s’intéresse aux origines du mouvement du Christianisme Social, il suffit d’évoquer le nom de quelques œuvres et associations protestantes du 19ème siècle. En 1825 « la société protestante de prévoyance et de secours mutuels » , en 1833 « la société des amis des pauvres », en 1868 , « la société assistance par le travail « . Si on y ajoute le « Cercle socialiste de la libre-pensée chrétienne » de Tommy Fallot (1882) et le mot rageur d’Elie Gounelle (en 1899) : « nous ne prenons pas contact avec le vrai peuple ; nous ne convertissons que des mendiants , ou des gens à tempérament de mendiants ! « , nous avons les préliminaires de ce qui allait s’appeler « l’Union des socialistes chrétiens « (1908) , un non-parti qui veut être un vivier du parti socialiste d’alors. Quant au Christianisme Social (1882 .. ou 1888 , c’est selon) il demeurera un mouvement d’éducation populaire ( dirions-nous aujourd’hui) , fondé sur l’Evangile et à visée socialiste. « Une micro société de ressourcement « écrira Raoul Crespin. Dans les formulations qui précèdent, on reconnaît les problèmes et les défis que rencontre la MPEF , et entre autres, sa relation avec la gauche et le monde populaire. Ce penchant à gauche , on le trouve dans de nombreux textes (pétitions, dénonciations, etc …) sans parler des attaques frontales ou à peine voilées, contre l’actuelle majorité gouvernementale. Mais une fois cette évidence admise, il reste à savoir de quelle gauche on se sent le plus proche, puisqu’il y en a au moins quatre variantes en France : gauche extrême, front de gauche, P.S. et Europe Ecologie. Nous sommes souvent des sympathisants de gauche très « pique-assiettes « , car chacun a tendance à se fabriquer la gauche de son cœur, dans un paysage où les 2/3 des Français ne font pas confiance aux hommes politiques pour gouverner selon leurs souhaits !

Ceci étant , ces constats ne doivent pas occulter la thématique centrale qui divise le monde politique depuis vingt ou trente ans « En un l’économie, en deux l’économie et en trois l’économie « martèle un journaliste économique du « Monde , du 10/11 Janvier 2010. Aucune réflexion sur le Christianisme Social ne peut contourner cette donnée essentielle. Or, que constatons-nous dans les textes de la MPEF ? On saute du social au politique , en frôlant à peine l’économique (3). Notre forte insertion dans le social (pauvreté, logement, immigration, école) nous met en relation avec de nombreux « usagers » , parfois envahissants, et imaginer qu’on puisse les distraire de leurs lourdes contraintes pour débattre d’économie est une gageure redoutable. Et pourtant , la question demeure posée,il n’est pas impossible d’aider à une prise de conscience , et d’apporter quelques réponses. ; avec de la pédagogie, les E.O.P. sont là pour ça.

Ce qui est cause ici, c’est le rééquilibrage de nos activités, pour qu’une Parole de vie circule de l’assistance à la formation

Ce qui est en cause c’est de redécouvrir le sens de ces activités humaines que sont : le concevoir, le produire, le distribuer , le consommer, le communiquer, le distraire , aujourd’hui dévoyés dans le grand bazar de la marchandisation.

Ce qui est en cause c’est d’œuvrer (peut-être) à la reconstruction d’ un Christianisme Social.

Guy Bottinelli

Janvier 2010

(1)Cette dernière formulation a été introduite par l’Antenne Sociale de Lyon : elle représente l’expression lyonnaise du catholicisme social français. D’autres associations du même type (loi de 1901) de développent actuellement, et deviennent un relais local des Semaines Sociales de France.

(2) Non à la fatalité du tout économique Ed. Olivetan 2006

(3) Le mot ne figure pas dans le texte de La Rochelle(2004) mais il se trouve celui d’Ecully (1992)


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