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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Les lycéens et les manifestations pour les retraites

vendredi 15 octobre 2010, par :

Deux chroniques de Stéphane Lavignotte cette semaine sur Fréquence Protestante.

Les lycéens sont-ils trop jeunes pour manifester contre la réforme des retraites ?

Je ne vous redirai pas les arguments des uns et des autres. Je remarquerai que dans la Bible le « trop jeune » est rarement un argument pour ne pas confier de grandes missions, au contraire. Quand Dieu envoie Samuel chercher un roi chez Jessé le Bethléémite, il voit passer tous les frères, et celui qu’il désigne, c’est « le plus jeune » dit le texte.

Ce plus jeune, il se fait engueuler par ses frères quand il descend de la montagne sur le champs de bataille, qu’il descend pour venir se battre plutôt que de garder ses moutons.

Saül lui dit : « tu n’es qu’un gamin, tu ne peux pas te battre contre ce philistin ».

Bref, le texte insiste lourdement sur le « trop jeune » qui s’appelle David... pour finalement donner la victoire à David sur le géant surarmé Goliath.

On pourrait aussi citer les prophètes, qui, quand ils sont désignés par Dieu refusent dans un premier temps la mission car ils se sentent incapable de ce qui leur est confié. Un des arguments qui revient : je suis trop jeune, c’est que répond par exemple Jérémie.

Dans le nouveau testament, c’est le cas de Marie. Le terme qu’on traduit souvent par vierge peut aussi être traduit comme pré-pubère, par encore réglée, bref, le miracle, autant que le fait qu’elle aurait un enfant sans relation sexuelle, c’est qu’elle est trop jeune pour avoir un enfant. Enfin, Jésus est oublié par ses parents à Jérusalem, et se retrouve à 12 ans dans le temple à écouter et interroger les maitres, et à dire des choses trop intelligentes pour son âge...

Pourquoi Dieu passe-t-il par des gamins pour intervenir dans l’histoire ? Parce qu’ils sont justement trop petits, trop faibles, pas à leur place. Des personnes qui auraient trop de force, trop de connaissance, s’ils avaient la victoire, pourraient dire : c’est grâce à nous, à nos propres forces.

S’ils n’ont pas cette force et cette connaissance, par exemple parce que trop jeune, mais qu’ils ont la victoire, c’est bien à Dieu que revient la victoire, c’est lui et personne d’autres qui donne la victoire.

Et puis, de manière plus général Dieu choisit les petits, les faibles, les pauvres pour annoncer son message d’amour, comme critique permanente à toutes les puissances.

Pourquoi le gouvernement a-t-il peur de la descente des jeunes dans la rue. Pour leur force, parce que ça fait beaucoup de monde dans la rue. Mais aussi en raison de leur faiblesse : parce qu’ils sont désorganisés, parce qu’il n’y a pas de service d’ordre pour éviter les affrontements, parce que le gouvernement a peur par dessus tout qu’il y ait des affrontements, des blessés, comme ce jeune à Caen, victime d’une grenade lacrymogène, voir qu’il y ait un mort.

Ce qui menace les puissants, c’est cette faiblesse de la jeunesse, la faiblesse nue, celle qui met la faiblesse d’un corps sans arme devant des forces de police habillées comme des Goliath.

La jeunesse dans la rue ?

Oui, c’est irresponsable. Pour paraphraser Paul, les lycéens dans le mouvement contre la réforme des retraites, c’est folie pour le gouvernement, scandale pour la police. C’est peut-être ça aussi la folie de Dieu...


On reproche à la jeunesse de ne pas s’intéresser à la vie de la cité, on aimerait que les générations se serrent plus les coudes, on s’inquiètent que les jeunes ne s’intéressent qu’aux jeux vidéos et à internet. Mais quand ils descendent dans la rue, se mettent en grève, participent à un mouvement avec leurs aînés, on leur reproche vertement et on leur envoie les CRS.

On reproche aux pauvres d’être assistés, de profiter sans rien faire de l’aide social, de ne pas être assez volontariste en créant leur entreprise, de mal consommer des cochonneries jetable. De toute part, on nous incite à trier nos déchets, à réutiliser des objets d’occasion plutôt que jeter. Mais quand des pauvres s’installent dans la rue, pour revendre des objets, des vêtements, qu’ils ont récupéré dans les poubelles, comme cela se fait dans le 20e et le 18e arrondissement de Paris - on appellent ces vendeurs des biffins - les voisins râlent, la police est envoyée. Et quand ces biffins manifestent devant la mairie du 20e arrondissement, plutôt que discuter, on annule le conseil d’arrondissement.

On peut s’interroger.
Veut-on vraiment que les jeunes se politisent, soient plus citoyens ? Veut-on vraiment que les pauvres soient plus autonomes, créent leur propre revenu  ?

Où plutôt, on veut qu’ils le fassent comme on a décidé pour eux. Lycéens, votez aux élections quand vous aurez 18 ans, et avant taisez-vous, votez pour vos délégués de classe sans pouvoir et ça suffira bien. Pauvre, contentez-vous du RSA et acceptez les petits boulots précaires et mal payés qu’on vous propose. Passez par les espace insertion, les conseillers d’insertion, même si vous ne trouvez rien au bout.

Bref, les uns et les autres, on veut surtout que les uns et les autres restent à la place qu’on a décidé pour eux. Et n’en débordent pas, sinon, on envoie la police.

Rien n’a changé depuis l’époque de Jésus.
Le pouvoir religieux avait plein de lois pour les pauvres. La pauvreté était bien encadré, y compris en parti pour les protéger et les soutenir. Mais en même temps, ils avaient une place et ne devaient pas en bouger. Les lépreux, les samaritains, les malades, les prostitués avaient le droit d’aller là et pas autrement. De rencontrer telle partie de la population, et pas telle autre. Jésus provoquait le scandale parce qu’il ne respectait pas les places assignées aux uns et aux autres. Les pécheurs mangeaient à sa table, les lépreux se baladaient par bande de 10, les femmes samaritaines ou syro-phéniciennes venaient lui parler directement.

Et finalement, on a envoyé les forces de l’ordre pour mettre fin à tout ça. Un lycéen interviewé aujourd’hui à la radio disait : nous voulons construire notre avenir. La bonne nouvelle c’est cela : nous seulement, il y a un avenir pour chacun, mais le vouloir de chacun déborde des places, il est l’énergie qui fait construire. Hier en Galilée, aujourd’hui dans les manifs de lycéen.


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