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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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De la prétention à faire "commune"

jeudi 10 juin 2010, par :

Voici un texte pour rouvrir celui de l’appel à relancer le christianisme social et découdre ce qui s’était suturé temporairement, un peu trop facilement sans doute aussi, autour de cet appel… Ce nouveau texte entend donc ouvrir la série, à venir, de tous ces autres textes possiblement fragmentaires et parcellaires qui suivront et viendront entretenir la discussion autour de l’appel et du même coup participer à la définition et à la constitution de ce qui est en train de se jouer autour de cet appel à faire proliférer les communes théologiques.

Voici un texte pour rouvrir celui de l’appel à relancer le christianisme social et découdre ce qui s’était suturé temporairement, un peu trop facilement sans doute aussi, autour de cet appel… Ce nouveau texte entend donc ouvrir la série, à venir, de tous ces autres textes possiblement fragmentaires et parcellaires qui suivront et viendront entretenir la discussion autour de l’appel et du même coup participer à la définition et à la constitution de ce qui est en train de se jouer autour de cet appel à faire proliférer les communes théologiques.

Précisément c’est bien l’objet de cet appel, présent dans son titre (« Appel pour une relance du Christianisme Social, pour des ‘communes théologiques’ »), dans le corps du texte et dans sa phase conclusive qui pose problème ("Quiconque se reconnaissant dans le Christianisme Social"). Et c’est sur cette difficulté que j’aimerais m’arrêter.


Ce qui se dit dans le texte

La proposition n’est pas venue inopinément par une quelconque lubie ou obsession de celle qui l’a faite, elle découle d’abord d’un problème grammatical. Je me propose donc de rentrer quelque peu dans les arcanes de l’écriture de cet appel. Car ce texte supplémentaire est un nouvel appel, à ce que des « quiconque se reconnaissant du christianisme social » produisent par le jeu du commentaire d’autres morceaux de textes, comme autant de voix qui commenceraient à faire chœur avec leurs cacophonies et leurs fausses notes bien évidemment. L’idée c’est en effet que les textes et la grammaire font des choses et participent de la définition du collectif de ces « quiconque ».

Car c’est bien dans la grammaire et dans la langue que s’est dit ce qui me semble être un problème constitutif du collectif qui se dessinait autour de la rédaction de l’appel : Qui parle ? Qui appelle ? Et plus loin qui en est et qui n’en est pas ? Qui est donc appelé à compter dans cette relance du christianisme social ?

C’est au détour de deux phrases que le problème s’est trouvé posé incidemment, autour du passage grammaticalement problématique du « nous » au « se », d’un sujet qui s’énonce à la troisième personne du pluriel à un autre qui se dit à l’impersonnel. Évidemment les citations qui suivent ne sont plus celles dont le lecteur a connaissance en lisant l’appel tel qu’il a été rendu public, mais qu’importe, c’est dans l’épaisseur des textes et de leurs strates antérieures que s’étaye le collectif… :

« Si nousvoulons prendre des positions, nousvoulons aussi prendre le temps de la conversation et de l’échange entre nous, semettre d’accord sur nosaccords mais aussi nosdésaccords. » (je souligne)

Premier moment où la langue ripe. Premier étonnement de ma part. Et première résolution sur un mode mineur : il y a là une simple erreur grammaticale sauf que… ça recommence immédiatement après :

« Nousréfléchissons à une rencontre nationale annuelle, l’utilisation de l’outil internet pour serendre visible, l’intervention dans les débats politiques, sociaux et théologiques. » (je souligne)

À la seconde occurrence de la même erreur le doute s’insinue : et si la grammaire nous indiquait un problème qu’elle ne peut pas nommer mais simplement désigner en creux, dans les failles des textes que nous écrivons ? Que nous dit ce « nous » qui juge opportun à certains moments de s’énoncer à l’impersonnel ?


Communautés, communes

Proposition a été faite et est réitérée ici de considérer que ce jeu dit l’absence de recouvrement du « nous » et du « se », les insuffisances d’un « nous » entendu dans sa définition limitative et exclusive (les quelques uns qui se sont retrouvés autour du texte) et l’invitation qui est faite, l’adresse que l’appel porte alors encore en germe : que ce ne soient pas « eux » qui « nous » rejoignent mais que le collectif qui se noue autour de la relance du christianisme social soit un collectif qui ne soit pas défini par avance une fois pour toutes.

L’idée s’étoffe. Se clarifie et s’explicite ce que le texte ne disait pas encore mais qu’il dit maintenant bien plus clairement : que notre communauté se définisse d’abord par le manque plutôt que par le plein, qu’elle ne se définisse pas parce qu’elle a en propre. La formulation s’appuie ici sur les propositions faites par Roberto Esposito dans son livre Communitas. Origine et destin de la communauté (2000 pour la traduction française) et sur son analyse de l’ambivalence étymologique du cum-munus que l’ont tend trop souvent à comprendre de manière erronée comme un cum unus (la communauté qui se définit en propre, comme unité) alors que c’est d’abord un cum munus (une communauté qui se définit par sa dette). J’aimerais d’ailleurs souligner que son analyse se poursuit si mes souvenirs sont bons (car en cet instant précis je ne retrouve évidemment pas son livre, égaré ou prêté quelque part où j’espère qu’il ne sommeille pas trop !) en convoquant comme exemple la communauté qui s’organise autour de la personne de Jésus et de son sacrifice. Il y a là une première piste, à suivre...

Cette acception de la communauté n’est pas sans faire écho à ce que d’autres (le comité invisible) ailleurs (dans L’insurrection qui vient, La Fabrique, 2007) appellent commune :

« La commune, c’est ce qui se passe quand des êtres se trouvent, s’entendent et décident de cheminer ensemble. La commune, c’est peut-être ce qui se décide au moment où il serait d’usage de se séparer. C’est la joie de la rencontre qui survit à son étouffement de rigueur. C’est ce qui fait qu’on se dit ‘nous’, et que c’est un événement » (p. 89).

Je me souviens de cette phrase énoncée il y a plusieurs années par l’un de ceux qui participe aujourd’hui de la relance du christianisme social : « J’attends un événement » me disait-il. Et je me souviens également de mon bouillonnement et de ma perplexité : quel est cet événement qu’on attend ? Davantage, est-il possible d’attendre un événement ? Là encore, quelle est cette grammaire de l’événement ? Et j’aimerais proposer qu’à l’occasion d’échanges ultérieurs ici ou là puisse être posée cette question de l’événement, puissent être discutées des acceptions et des ontologies différentes, possiblement contradictoires, de l’événement. Car l’appel à se constituer en communes engage évidemment une certaine acception de l’événement. Mais c’est une deuxième piste, à suivre...

Vers la prolifération de communes théologiques ?

Évidemment la proposition faite par l’ouvrage précédemment cité de « se constituer en communes ne se décline pas dans ses versions théologiques. Les grandes institutions citées auxquelles il est proposé de substituer ce mode d’organisation en communes sont « la famille, l’école, le syndicat, le club sportif, etc. » (p. 90).

Pourtant la proposition faite par Roberto Esposito et son arrimage explicite sur les communautés qui se sont montées autour de la personne de Jésus nous invitent à relire certains de ses miracles et surtout sa manière de s’adresser aux gens sans s’en tenir aux places auxquelles la société les assignent (à commencer par les prostituées) comme autant de façon d’autoriser ces personnes à se dire autrement que par leurs défauts. Il y a là un travail de subjectivation et de désassignation qui n’est pas sans faire écho à celui que le montage en communes et en communautés engage.

Finalement, la dernière question (de cette première série) que pose le texte de l’appel c’est celle du sujet du texte et donc de la signature. Si les êtres amenés à s’organiser en communes théologiques ne se définissent pas dans leurs pré-appartenances et leurs identités fixées une fois pour toutes, quel est ce sujet qui peut signer le texte de l’appel ? Comment le nommer ? C’est là le sens du « quiconque », de la place laissée ouverte à celle ou celui dont on ne sait pas encore qui il est. Et la proposition a embrayé sur une prise qu’il m’intéresse de mettre en discussion avec les théologiennes et théologiens (patenté-e-s ou amateur-e-s), manière de leur suggérer de poursuivre la discussion autour de la qualité « théologique » de ces communes : Laurent Gagnebin a ainsi fait remarquer que le « quiconque » se trouve cité à quatorze reprises dans une des épîtres de Jean (I Jean 4 : 7 « Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu »). Une troisième piste est lancée…

Quelqu’une se reconnaissant (peut-être) dans le christianisme social

  • #1 Le 31 août 2010 à 12:53

    Merci, voilà ce qu’il fallait dire : démasquer l’inconscient "nous" déjà
    constitué qui "se" pense sur la scène médiatique et se met en scène et déjà
    exclut... L’entrée grammaticale est sans appel.
    Oui, la relance du christianisme social me paraît nécessaire, la voix
    protestante est bien faible en ce moment dans une actualité pourtant brûlante,
    mais ce cercle-là, je ne me sens pas en être, ni y être possiblement accueillie
    d’ailleurs...



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