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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

en mémoire

Jean Hoibian nous a dit : à Dieu.

lundi 25 novembre 2013

Le pasteur Jean Hoibian est décédé le 16 novembre à 92 ans.
Il avait été notamment fondateur de l’ARAPEJ (Association Réflexion Action Prison Et Justice) , mais bien des protestants et des non-protestants l’avaient croisé dans ses engagements multiples, encore ces dernières années dans la Drôme.
Serge Soulié évoque cette figure du protestantisme engagé.

J’ai eu le bonheur de rencontrer Jean Hoibian alors qu’en relation avec l’aumônerie il venait de créer l’ ARAPEJ. Il avait une telle force de conviction qu’il entrainait avec lui aussi bien ses futurs collaborateurs que les sortants de prison à qui il donnait l’envie de se réinsérer. Dans le cadre de mon travail, je le suivais à la prison mais aussi auprès de toutes les administrations, des tribunaux ou encore des réunions d’information et de formation.
Je découvris par la suite combien il était attaché à l’Evangile mais dans un premier temps ce qui frappait c’est l’aisance avec laquelle il s’adressait à tout public. Pour lui il n’y avait pas de frontière entre croyants et incroyants, entre prisonniers et gardiens, gens du pouvoir ou des administrations et bénévoles. S’il y avait une frontière elle était entre la justice et l’injustice, entre la violence et la paix, entre l’exclusion et l’intégration, entre la reconnaissance et le mépris. C’est pourquoi, Jean ne prêchait pas l’Evangile, il le vivait. Lutter contre tout ce qui asservit l’être humain était sa manière de l’annoncer. Sortir les plus fragiles et les plus démunis de leur enfer était sa préoccupation première.
Son engagement était si fort, qu’il pouvait soulever ciel et terre pour remettre sur les rails ceux qui avaient déraillé et leur rendre ainsi la liberté. Il pouvait contacter les plus hautes personnalités, frapper aux portes de la chancellerie, interroger les ministres. Il fallait accompagner Jean dans un tribunal ou dans un commissariat de police pour le voir défendre contre vents et marées et malgré l’évidence des faits un homme pris en flagrant délit. Non, il ne mentait pas, il ne trichait pas, il ne niait pas la faute, il ne l’excusait pas. Il n’était pas dupe. Parfois même il s’insurgeait contre ceux qui par idéologie se seraient arrêtés à un pardon sans suite. Mais Pour lui un acte répréhensible ne méritait pas automatiquement une incarcération si le coupable était suivi en vue d’une réinsertion. Il y avait toujours possibilité de se reprendre. Il ne fallait surtout pas condamner et enfermer mais donner une chance et ouvrir des portes.
Mais il serait injuste de réduire Jean à un homme d’action, et ce n’est pas par hasard si l’association qu’il avait créée s’appelait association réflexion action prison et justice ; Jean cherchait toujours quelles propositions faire pour repenser le fonctionnement de la justice, améliorer le système pénitentiaire et rendre efficace l’insertion dans notre pays. Nous étions à l’écoute des spécialistes, avocats, juges d’application des peines. Il organisait des conférences, des débats, des ateliers. Il nous a conduit dans différents pays du monde dix ou quinze jours pour étudier le système pénitentiaire et les structures d’insertion : Canada, Etats Unis, Mexique, plus près de nous Espagne, Allemagne, Angleterre, Hollande, Suède et j’en oublie. Nous y visitions les prisons, les tribunaux, les foyers d’insertion…
Je ne parle là que d’un moment de sa vie. Mais ceux qui parmi nous ont côtoyé Jean pendant ses presque trente années de retraite savent combien il restait un militant, attaché à l’engagement auprès des exclus, des étrangers (cercle du silence,) ainsi qu’au renouvellement de la pensée afin de mieux comprendre notre monde (association ensemble, chrétien citoyen) et renouveler la pensée théologique (Protestantisme libéral). Son engagement réel et authentique dans l’œcuménisme s’inscrivait à la suite de l’intérêt qu’il avait porté en leur temps aux théologies de la libération et au mouvement des prêtres et pasteurs ouvriers. Et il restait attentif à l’évolution et à l’ouverture des Eglises aussi bien protestantes que catholiques.
Sur un plan plus personnel, Jean pouvait reconsidérer des choses qu’il croyait acquises. Non seulement pour améliorer le fonctionnement des domaines dans lesquels il s’engageait mais aussi pour lui-même. Je l’ai entendu remettre en cause ce qu’il croyait depuis longtemps acquis et indéfectible. Et parfois on sentait que cela lui coûtait parce qu’il voulait être fidèle à ses convictions et à sa foi, à ses traditions. Mais il arrivait à se surpasser et à repenser les choses. Il en a été de même pour sa maladie qu’il a dominée sans se plaindre durant de très longues années. Il était accroché à la vie.
A sa manière, cherchant sans cesse dans l’Evangile, il a apporté sa pierre à l’Edifice qu’est le royaume de Dieu, Royaume de paix et de justice auquel il croyait fortement. Aujourd’hui, comme il le disait souvent, il peut poser à Dieu les questions pour lesquelles il ne trouvait pas de réponses. Nous garderons de lui la conviction que l’amour du prochain n’est pas seulement un sentiment, une émotion, une proclamation idéologique mais une pratique, un combat. L’amour ne se laisse pas enfermer dans les temples, les églises, les offices, les liturgies, il s’étale dans la rue, change, transforme ceux qu’il touche. Jean se disait lui-même avoir été transformé par lui. L’amour rétablit l’humain dans sa pleine humanité. Il révèle Dieu et donne sens à la foi. Telles étaient les convictions de Jean.


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