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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Ethique et unité

Coexister et tolérer des positionnements éthiques différents

mercredi 2 avril 2014, par :

Les questions éthiques sont parfois explosives. Chez les protestants, elles relèvent souvent de l’intime conviction et de la responsabilité individuelle. Outre la lecture biblique, le vécu personnel et les circonstances particulières pèsent dans la balance, et on peut arriver à des positions opposées dans une même confession. L’éthique joue alors le rôle du révélateur mettant au grand jour les différences bien concrètes qui existaient, mais étaient tues ou cachées pendant longtemps, par « souci d’unité ». La question des bénédictions de couples de même sexe est de cet ordre-là, clivante « à souhait », comme l’a été en son temps le ministère des femmes.

Protestants contre protestants : des positions irréconciliables ?

En caricaturant légèrement, sur la problématique des bénédictions des couples de même sexe s’opposent deux groupes.

D’un côté des chrétiens protestants : Pour eux, il n’y a pas lieu d’instaurer des bénédictions de couples homosexuels. Principalement pour deux raisons : primo, la condamnation unanime des rares textes néo- et vétérotestamentaires traitant de ce qui peut être assimilé à de l’homosexualité. Secundo, une lecture essentialiste des textes de Genèse traitant de la création des humains comme homme et femme, et leur reprise par Jésus dans les Evangiles, indiquant, selon eux, le rôle prépondérant du couple femme/homme dans les anthropologies bibliques. S’ils sont prêts à accueillir les personnes homosexuelles, il leur paraît impossible de bénir, « d’appeler bien » le projet de deux femmes ou de deux hommes à vivre en couple.

L’enjeu de cette question va bien au-delà de l’acceptation des couples homosexuels. Il en va, pour ce groupe, d’une lecture de la Bible qui permet d’en tirer des enseignements simples et limpides. Remettre en cause les condamnations bibliques de l’homosexualité leur paraît douter de l’autorité des Ecritures et donc renier le principe réformateur du Sola Scriptura. En outre, parmi les enseignements simples et limpides se trouvent des indications sur le couple et la famille que ce groupe ne souhaite pas remettre en question, pour maintenir la stabilité des modèles sociaux traditionnels, couple, famille, complémentarité des rôles sexués.

De l’autre côté des chrétiens protestants, également : Adeptes d’une nécessaire réinterprétation de la Bible, ils ne rejettent pas pour autant le Sola Scriptura. Ils se retrouvent dans le principe réformateur de la « clef de lecture », c’est-à-dire l’interprétation des textes bibliques à partir du message central du salut par la grâce en Jésus-Christ, mais aussi par la prise en compte des contextes historiques, culturels et littéraires ainsi que des éclairages apportés par les sciences, « dures » et humaines. Pour eux, les condamnations bibliques de l’homosexualité sont l’expression de jugements culturels historiques et ne se justifient plus dans le contexte actuel. Les couples de même sexe étant confrontés à des défis similaires aux couples « traditionnels », leurs demandes de bénédiction paraissent ainsi recevables. Ce groupe de protestants lit dans le message de la grâce le germe des valeurs modernes de liberté, de responsabilité individuelle et de justice sociale qui peuvent bouleverser les modèles classiques (Galates 3/27-28). Il lui semble que pour accueillir vraiment de manière inconditionnelle les personnes homosexuelles (lgbt, en général), il faut aussi accepter pleinement leur désir de construire une vie de couple et, le cas échéant, de demander la bénédiction divine pour cela.

Ce que chacun des deux groupes peut (ap-)prendre chez l’autre

Le premier groupe court le risque de la rigidification, dans le sens où il est tenté d’ériger un seul modèle de la vie chrétienne, du couple, de la famille etc., en délaissant la richesse multiple que l’Esprit peut apporter à toutes les situations de vie, aussi variées qu’elles soient. A l’époque du double mouvement de l’individualisme et de la mondialisation, la concentration sur le message central du Christianisme (la clef de lecture) et de nouvelles formes d’interprétation lui permettront de suivre l’évolution de la société et d’éviter le repli sur soi. Il le met d’ailleurs déjà en pratique concernant d’autres questions, délicates dans le passé, comme l’évolution des espèces ou le ministère pastoral des femmes.

Le second groupe court le risque de la relativisation, dans le sens où il est tenté de s’adapter constamment aux nouvelles tendances, de souligner le provisoire des normes morales et de brouiller ainsi la lisibilité du message. A l’époque du double mouvement de l’individualisme et de la mondialisation, l’exigence de se laisser interpeller par ce que la Bible contient de Parole de Dieu et la mise en pratique conséquente du message biblique plaçant l’individu en position de responsabilité devant son Créateur et de solidarité vis-à-vis de son prochain lui permettront d’affirmer la spécificité de l’éthique chrétienne.

Sur la question de la bénédiction des couples homosexuels

Comment dans une même Eglise réunir et concilier deux points de vue si opposés vis-à-vis de cette question ? Ne s’agit-il pas dans un premier temps d’en prendre acte et de reconnaître la relative légitimité des deux positions au sein du protestantisme actuel ? L’une étant appelée à tolérer l’autre, à coexister avec elle et à la respecter, et vice versa, dans la communion fraternelle, sans s’accuser mutuellement d’hérésie ?

Est-il possible de privilégier l’une sur l’autre ? La réponse nous semble être que non. Aussi paraît-il inéluctable, à la suite de la loi sur le « mariage pour tous », d’ouvrir la possibilité de procéder à des bénédictions de ce type pour les pasteurs et les paroisses qui le souhaitent en faveur des couples qui le demandent sincèrement. De même, doivent être respectés les pasteurs et les conseils presbytéraux qui ne peuvent s’y résoudre pour des raisons théologiques personnelles et bibliques.

  • #1 Le 6 avril 2014 à 19:34, par Musset Jacques

    Je me reconnais dans le second groupe. Dans l’Eglise catholique, il y a aussi les deux groupes mais ceux qui exercent l’autorité ne reconnaissent comme valable que la position du 1er groupe. Pour les mêmes raisons que celles exposées plus haut et aussi au nom de ce qu’ils appellent "la loi naturelle" qui serait d’origine divine. Cette loi serait inscrite dans la réalité humaine ( en fait c’est une représentation de la réalité élaborée dans un contexte culturel particulier).
    La seconde position n’est pas une position de facilité ; elle n’ouvre pas au relativisme mais à la relativité des positions et de lecture des textes bibliques littérale.
    On voit se manifester les deux positions dans le non accueil ou l’accueil du livre de l’ancien évue épiscopalien des USA : "Jésus pour le 21ème siècle " ( Karthala)
    Je peux envoyer une présentation de ce livre à quiconque me la demandera.
    Jacques Musset, catholique libéral.


  • #2 Le 6 avril 2014 à 22:33, par H. lehnebach

    Qui suis-je pour m’autoriser à mettre en doute l’amour réciproque de deux personnes, qu’elles soient hétérosexuelles ou non ? Refuser la bénédiction de Dieu serait refuser que Dieu les soutiennent dans leur engagement l’un envers l’autre. Refuserla différence c’est se murer dans la solitude. Mieux vaut être le tiers qui en cas d’épreuve, d’incompréhension, va permettre le dialogue.



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