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Article publié

Eloge de la mendicité et de l’aumône

vendredi 13 juin 2014, par :

C’est à la lecture du livre du journaliste Marc Boulet, Dans la peau d’un intouchable, Éditions du Seuil, 1994, coll. Points, que j’ai compris à quel point la mendicité et son complément l’aumône étaient considérées de façon différente en Orient et en Occident. En simplifiant beaucoup, on peut dire qu’en Occident elles sont plutôt mal vues, alors qu’en Orient elles apparaissent comme relativement normales. Cette différence m’a incité à tenter d’analyser et comparer la manière dont sont vécues ces activités aux Indes et en France afin d’en tirer des conclusions susceptibles de nous éclairer.

L’objectif de l’auteur était de se glisser dans la peau d’un Indien de la catégorie des intouchables et, ayant endossé cette identité problématique sous le nom de Râm Mundâ, d’aller mendier pendant plusieurs semaines dans la ville sainte de Bénarès en 1992 (1).

Pour commencer, tentons de définir le terme mendier. Pour le dictionnaire Larousse c’est « demander quelque chose comme une aumône, mendier son pain ». Partant de cette réponse très insuffisante, nous avons cherché le sens du mot aumône. Pour Le Petit Robert c’est un « don charitable fait aux pauvres », synonymes : bienfait, charité, don, obole. On recueille des aumônes ; la misère réduit à vivre d’aumône ; on demande ou on fait l’aumône… Signalons enfin deux citations littéraires d’opinions opposées : « Donnez, riches ! L’aumône est sœur de la prière » (Victor Hugo). « L’aumône avilit également celui qui la reçoit et celui qui la fait » (Anatole France).
La citation de Victor Hugo rappelle que si pour les chrétiens l’aumône est, à juste titre, à rapprocher de la prière, elle est pour les musulmans, avec la prière rituelle et le jeûne du Ramadan, une des cinq obligations religieuses auxquelles doit se soumettre le croyant. Je suis donc allé voir sur un site relatif à l’Islam ce que l’on disait de l’aumône et en ai extrait quelques passages très instructifs.
Pour commencer, le sens de purification attribué à l’aumône est ainsi défini par l’Islam :
Le premier sens du mot arabe zakât [aumône] est purification. En effet, la zakât est le troisième pilier de l’Islam et est une manière, dans sa signification première, de se purifier au travers des biens que l’on a acquis légalement.
En revanche, nous pouvons faire nôtres au moins les deux premiers destinataires de l’aumône tels qu’ils sont cités ci-dessous :
Les aumônes sont destinées : aux pauvres et aux nécessiteux, à ceux qui sont chargés de les recueillir et de les répartir, à ceux dont les cœurs sont à rallier, au rachat des captifs, à ceux qui sont chargés de dettes, à la lutte dans le chemin de Dieu et au voyageur. Tel est l’ordre de Dieu. Dieu sait et il est juste.

Enfin, les deux définitions suivantes du pauvre et du nécessiteux me conviennent tout à fait :
1. Le pauvre. Il n’a pas de quoi subvenir à ses besoins ainsi qu’à ceux dont il a la charge (épouse(s), parents, enfants...). Ces besoins sont la nourriture mais aussi le logement, les vêtements, etc. De même, il est possible que des non-musulmans dans le besoin puissent en bénéficier.
2. Le nécessiteux. La différence avec le pauvre est illustrée dans le hadith suivant :
“Le nécessiteux n’est pas celui qui va d’une personne à une autre, congédié par une bouchée ou deux, par une ou deux dattes, mais le nécessiteux est celui qui n’a rien à dépenser et dont on ne soupçonne pas la privation pour lui venir en aide et qui ne se présente pas pour demander l’aumône.” (Sahih Al-Boukhari)
Dans la mesure où les chrétiens ne font pas de l’aumône un commandement ou un acte de foi, nous devons nous demander comment elle est perçue dans la Bible. Nous savons que la mendicité était pratiquée du temps de Jésus comme le rapporte ce passage du livre des Actes des Apôtres :
« Ensemble, Pierre et Jean montaient au temple, à l’heure de la prière : c’était la neuvième heure. Or on apportait un homme boiteux de naissance, qui était placé tous les jours à la porte du temple appelée la Belle, pour demander l’aumône à ceux qui entraient dans le temple. Voyant Pierre et Jean qui allaient y entrer, il leur demandait l’aumône. »

Ce fait étant acquis, les évangiles en parlent peu mais attestent également du fait qu’elle est pratiquée. Matthieu nous rapporte ces paroles de Jésus dans le Sermon sur la Montagne qui nous enseigne comment faire l’aumône :
« Quand donc tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes. En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Mais quand tu fais l’aumône, que ta (main) gauche ne sache pas ce que fait ta (main) droite, afin que ton aumône se fasse en secret, et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »
Si l’aumône n’est pas strictement une obligation, je pense que l’on est en droit de l’intégrer à l’ensemble des bonnes actions qui lors du jugement dernier permettent de reconnaître les élus de Dieu telles que le Christ les enseigne à ses disciples dans son discours d’adieu :
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez recueilli ; j’étais nu et vous m’avez vêtu ; j’étais malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous êtes venus me voir. Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger ? — ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire ? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli ? — ou nu, et t’avons-nous vêtu ? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous venus te voir ?” Et le roi leur répondra : “Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela pour l’un de ces plus petits, l’un de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” »
Ces actes charitables ne sont rien d’autre que la mise en pratique de la loi d’amour évangélique.

Ayant rappelé ces bases religieuses, nous pouvons passer à la partie pratique de notre étude c’est-à-dire à l’observation du phénomène tel qu’il se présente sur le terrain. La définition du pauvre donnée par l’Islam nous rappelle, et le livre de Marc Boulet le confirme, que le mendiant est, à de rares exceptions près, dans un état de misère extrême, c’est pourquoi mendier est pour lui une question de survie. À Bénarès notre pseudo-mendiant doit seulement gagner de quoi se nourrir et s’acheter de quoi fumer (des biri, cigarettes indiennes bon marché faites de feuilles d’eucalyptus roulées, et une boite d’allumettes). Ses autres besoins sont réduits au strict minimum : il possède pour seuls vêtements un maillot de corps, une chemise et un lungi (une pièce de tissu que l’on passe entre les jambes et que l’on noue autour du bassin) qu’il a volontairement salis et soigneusement réduis en loques, accompagnés d’un foulard en étamine bon marché. Enfin, comme des millions d’Indiens, il dort dehors par terre sous une mince couverture.

Les besoins de survie pour ceux et celles qui font la manche dans les transports parisiens sont d’une tout autre nature. Selon le discours stéréotypé entendu dans le métro, il leur faut je les cite : « un repas chaud, une chambre d’hôtel, de quoi prendre une douche pour rester propre, et pour certains, de quoi subvenir aux besoins de leur enfant, en général une fille, dont l’âge évolue au fil du temps. » Cette relation des faits sert à établir un parallèle entre ces deux situations, mais n’autorise pas à porter un jugement sur nos mendiants parisiens. Elle permet simplement de constater que la mendicité s’adapte à l’environnement social dans lequel elle s’exerce. Pour que la comparaison soit complète, il faut noter que les désirs du mendiant indien tels que les rapporte Marc Boulet sont de l’ordre du vécu, alors que les propos du quémandeur parisien sont de l’ordre du discours. De ce fait, il est difficile de savoir quels besoins réels se cachent derrière ces demandes, enfin, bien que très visible, cette attitude n’est cependant pas majoritaire et il y a beaucoup de mendiants plus discrets.
Marc Boulet, notre pseudo-mendiant indien, va faire la manche dans deux lieux très différents, représentatifs des endroits réputés propices à l’exercice de cette activité : la gare de Bénarès et les berges du Gange. Il faut en effet pour avoir une chance de récolter quelques pièces se placer dans un endroit où il y a beaucoup de passage et un environnement favorable à la motivation des donneurs. Il commence dans la gare, celle-ci étant en quelque sorte le centre du monde pour les hindous, car c’est le lieu où des milliers de personnes débarquent du train pour effectuer leur pèlerinage dans la ville sainte. Suivant l’exemple des autres, il mendie en longeant les trains en partance et en tendant la main par la fenêtre à l’intérieur de chaque compartiment ; c’est fatiguant mais relativement rémunérateur. Après avoir arpenté les quais, il ira se poster, assis par terre sa sébile devant lui, sur une passerelle qui surplombe les voies et où circule une foule nombreuse.

Après plusieurs jours passés dans la gare, un peu lassé de la monotonie de cette expérience, il va en sortir et descendre vers le Gange pour s’installer avec de nombreux mendiants sur le ghât de Dashâshvamedh, la berge la plus touristique de Bénarès (le ghât est un large escalier de pierre qui plonge dans le fleuve). Les pèlerins qui affluent pour se baigner attirent les quémandeurs car ceux-ci vont leur permettre d’exercer la charité qui est un devoir religieux. Et les dévots aiment s’en acquitter sur ce ghât sacré.

Il est vraiment difficile de comparer les lieux où l’on fait la manche à Bénarès à ceux de Paris, où le métro est le lieu privilégié où s’exerce cette activité. On peut tenter malgré tout de le faire en commençant par visiter deux gares de la capitale. À la gare de Lyon, je n’ai pas trouvé trace d’un seul mendiant dans l’enceinte des bâtiments et encore moins sur les quais. Quelques rares SDF stationnent aux alentours sans mendier. Au pied d’un petit escalier assez éloigné, une mendiante se tient accroupie sur la plus basse marche avec un enfant sur les bras. Cette situation se confirme à la gare Saint Lazare où je n’ai vu absolument aucun mendiant. Il leur est manifestement impossible d’accéder à ces lieux très passants qui seraient favorables à la mendicité ; ils en sont découragés par les nombreuses patrouilles de police qui les parcourent. On n’en voit pas non plus dans les centres commerciaux où ils sont refoulés par les vigiles. En revanche, s’il n’y a pas de mendiants dans les gares, il y a des quémandeurs qui vous abordent pour vous demander les deux euros qui leur manquent pour acheter leur billet de train pour Senlis ou Villedieu-les Poêles.
Qu’en est-il alors des lieux sacrés ? Prenons par exemple le Sacré Cœur que l’on peut comparer aux ghâts de Bénarès dans la mesure où ce lieu conjugue lui aussi les deux aspects sacré et touristique. Je m’y suis donc rendu et ai constaté là encore qu’il n’y avait pas de mendiant, à l’exception d’une seule recroquevillée à la porte de la basilique et d’une autre à l’entrée de l’église voisine de Saint Pierre de Montmartre. On rencontre encore à la sortie de la messe ces personnes qui perpétuent une très ancienne tradition en voie de disparition.
Les méthodes employées pour faire la manche sont elles relativement universelles ; elles consistent à tendre la main, ou bien à secouer une sébile (en France c’est plutôt un gobelet en carton). Il y a quand même quelques techniques plus locales, ainsi dans les transports parisiens on peut aussi déposer sans parler sur les sièges non occupés une petite carte sur laquelle sont écrites les raisons de cette quête. En Europe, le mendiant assis ou à genoux pose devant lui un carton sur lequel est inscrit sa demande.

Aux Indes, l’apostrophe classique est celle-ci : « Bâbu ! Donnez-moi de l’argent ! Bâbu ! » En France, au-delà du discours cité plus haut, on demande simplement une petite pièce ou même un ticket-restaurant. Dans la rue commerçante de mon quartier le samedi matin, un homme correctement vêtu portant un petit chien dans un sac accroché à l’épaule, aborde les passants de cette manière un peu originale : « Vous n’auriez pas un euro par hasard ? »

Parmi les demandes, on entend ou on lit sur des cartons : « J’ai faim » ou « Pour manger SVP ». Prise au pied de la lettre, la réponse évidente à cette requête serait de donner quelque chose à manger au mendiant. Aux Indes, Marc Boulet en fait une première expérience très négative. Il raconte comment un Indien pauvre répond à cette sollicitation : « Il jette dans mon écuelle le reste du gâteau qu’il rongeait. » Il va bien sûr s’empresser de jeter ce débris sans y toucher. Lorsqu’il mendiera sur le ghât il bénéficiera d’aumônes traditionnelles en nature : une poignée de riz cru, des cacahuètes ou une boule de mélasse. En France, certains donneront un morceau de pain, parfois un croissant ou un pain au chocolat, plus rarement un sandwich ou un fruit.

Bien que partant sans doute d’un bon sentiment, cette sorte de don dénote en réalité une forme de mépris envers le mendiant car elle sous-entend souvent l’idée plus ou moins justifiée qu’il va dépenser cet argent pour le boire. Quelle qu’en soit la raison, cette attitude est une atteinte à la dignité humaine, elle fait fi de la liberté de l’individu de décider ce qu’il va faire de son argent. C’est ce que dit notre pseudo-mendiant indien qui, comme ses collègues, préférerait toucher ces dons en espèces et il ajoute à propos des femmes qui font ces aumônes : …les rombières s’en moquent. Et tout en méprisant nos désirs, elles tiennent à être mieux réincarnées…

Le don en nature mis à part, comment répond-on en général à la mendicité ? De deux choses l’une : ou bien l’on donne ou bien l’on ne donne pas. Commençons par le cas le plus général qui consiste à ne pas donner. Marc Boulet, aux Indes essuie de multiples refus, en réalité beaucoup moins qu’il n’en aurait en France. Il dit qu’environ une fois sur dix on lui donne quelque chose ; pour le reste, il n’est pas à proprement parler ignoré, on le chasse simplement d’un geste de la main ou parfois plus violemment. Plus rarement, on lui assène, comme il le dit, une leçon de morale en l’apostrophant de la façon suivante : « T’es jeune. Travaille ! » En France, à cause du chômage de masse, on n’ose pas dire une chose pareille même si on le pense un peu. Je ne me souviens pas avoir entendu cette injonction à l’encontre d’un mendiant. En revanche nous donnons très peu et nous ignorons beaucoup ; dès qu’apparaît un quémandeur dans un wagon de métro, tout le monde baisse le nez et se plonge dans sa lecture, ou encore son précieux téléphone mobile, pour éviter de montrer le moindre signe d’intérêt qui pourrait être interprété comme la possibilité de recevoir quelque chose.

Je dois avouer pour ma part qu’à l’exception des musiciens, je n’ai jamais donné aux quémandeurs ; je ne sais pas si je dois en avoir honte car il y a quelque raison à cette attitude largement répandue. J’appartiens en effet à une génération née avant ou juste après la seconde guerre mondiale au moment où la France se dote par la volonté du Conseil National de la Résistance d’un système généralisé de protection sociale très généreux qui nous incitait à croire qu’il ne devait plus y avoir en France de pauvres ou de laissés-pour-compte, en conséquence de quoi la prise en charge de ces catégories sociales défavorisées ne relevait plus de la charité individuelle mais de l’État. Nous nous trompions, car il y a toujours eu et il y aura toujours, des individus qui, pour une raison ou pour une autre, vont passer à travers les mailles du filet protecteur institutionnel. Le nombre de ces personnes a beaucoup augmenté dans les vingt dernières années et les raisons en sont multiples.

Les refus étant connus, nous pouvons nous intéresser à ceux qui donnent. Aux Indes, Marc Boulet dresse le portrait de ceux qui pratiquent l’aumône, d’abord dans la gare de Bénarès : « … des hommes bien vêtus de trente à cinquante ans. » Sur le ghât la mendicité est une activité reconnue à cause des pèlerins qui fréquentent ce lieu sacré. On y vend de la monnaie pour permettre aux dévots de remplir leur devoir et de donner à un maximum de mendiants pour multiplier les chances d’une meilleure réincarnation.

En France, j’ai remarqué que les jeunes femmes musulmanes, voilées ou non, originaires du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne, donnent quasi systématiquement. Elles se conforment en cela au commandement de l’Islam dont nous avons parlé au début de cet article. Dans la mesure où les autres donneurs sont rares et d’origines variées, je ne suis pas en mesure d’établir une typologie.

Pour aborder un des derniers aspects de cette brève étude, interrogeons-nous sur la façon dont le mendiant d’une part, ou celui qui donne d’autre part, considèrent leur geste respectif. Reprenons pour cela la citation d’Anatole France : « L’aumône avilit également celui qui la reçoit et celui qui la fait. » Je ne vois pas en quoi faire l’aumône avilit celui qui la dispense, d’autant moins que ce geste le place en position de supériorité et lui donne bonne conscience. En revanche, pour celui qui fait la manche ce n’est pas aussi simple. Si l’on en croit Marc Boulet, il passe, selon les circonstances, du désespoir à l’indifférence. Dans la gare de Bénarès après une journée monotone où il a été rabroué, il se sent comme un mendiant indien ordinaire très sale et très méprisé. En revanche, sur berges du Gange où les mendiants sont indispensables aux pèlerins, il dit que mendier à Dashâshvamedh n’est pas vraiment humiliant.

En France, les personnes qui mendient utilisent différents moyens pour éviter de se sentir avilis. Des travailleurs sociaux qui les accueillent dans certaines structures, m’ont appris qu’ils parlent de leur activité comme d’un travail. On constate également qu’ils utilisent ce que j’appelle des stratégies d’évitement en dissimulant la mendicité derrière une petite activité de vente ; ils ne s’en cachent pas car ils précisent bien dans leur discours qu’à défaut d’achat, ils acceptent aussi l’aumône. Cette pratique est plus ou moins structurée. Pendant quelques années la vente de journaux spécialement conçus à cet effet a pratiquement disparu. On se souvient peut-être du Réverbère ; je vois encore mais rarement l’Itinérant. Ils ont été remplacés par la vente de petits guides comme Le guide des restaurants pas chers à Paris ou de journaux de mots fléchés, mais il semble qu’ils aient aussi disparu. La plus récente de ces activités à ma connaissance, mais je ne sais pas si c’est un fait isolé, est la vente de bracelets en perles de bois à deux euros.

Le don contribue certainement à atténuer l’humiliation que ressent le mendiant ; plus généralement, le fait de le reconnaître comme une personne humaine l’aide peut-être à surmonter sa honte. C’est la raison pour laquelle on peut au moins accueillir leur demande par un regard et un sourire.

En ce qui concerne les aspects légaux de l’exercice de la mendicité, ils consistent pour l’essentiel en interdictions. Aux Indes, la mendicité serait peut-être interdite et punie de prison par la loi. En France, les municipalités promulguent des arrêtés dits « anti-mendicité ». Ces deux façons de tenter d’éradiquer cette activité sont très discutables sur le plan des libertés individuelles et par ailleurs totalement inapplicables. Comme le dit Marc Boulet : Comment incarcérer un millions et demi de mendiants dans une démocratie ? En France l’expérience prouve que l’on ne fait que déplacer le problème (pour autant que cela soit un problème).
Cette modeste enquête nous permettra-t-elle de décider s’il nous faut donner aux mendiants ? Comme chrétiens, si l’on considère que la première des qualités dont nous devrions faire preuve est la générosité, la réponse est oui. Il ne nous reste plus qu’à passer à l’acte.
Philippe Wender

(1) Les intouchables, dans le système très structuré des castes indiennes, sont répertoriés avec les membres des groupes tribaux comme hors-castes et sont méprisés par le reste de la population. Le mot hindi pour les désigner est dalit. Gandhi les qualifiait d’harijan, enfants de Dieu. Les Indiens qui refusent le système des castes adoptent aussi cette manière positive de les désigner, encore que certains la trouvent trop paternaliste.


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