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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Charlie-Hebdo

"Rien ne nous est dû mais tout nous est offert. Alors oui, aimons nous à tort et à travers."

Commune déclaration du mouvement du christianisme social

jeudi 8 janvier 2015

Ami-e-s,

ces assassinats nous révulsent, il faut dire notre alarme, il faut dire notre compassion, il faut dire notre espérance, il faut dire notre foi.

Cette expérience qu’on croyait si lointaine, celle de la mort violente, celle du chantage à la terreur, nous fait tous frères et sœurs : frères et sœurs des victimes, paix à leur âme, frères et sœurs de leurs familles, frères et sœur de tous les hommes de bonne volonté, frères et sœurs… en la République, frères et sœurs aussi en l’humanité.

C’est donc notre frère, notre soeur qu’on assassine, et face à cette horreur, le poète l’affirme : « C’est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour, et l’amitié, et la persuasion ».

Voilà notre foi : celle des victimes, celle des faibles, celles de tous les jours mais aussi de toutes les nuits ; celle qui remonte des cris sourds de l’injustice et que l’on entend dans le vent persistant de la liberté.

Rien ne nous est dû mais tout nous est offert. Alors oui, aimons nous à tort et à travers. Cet appel n’est pas dérisoire, n’est pas idéaliste il fait vivre contre ceux qui veulent tuer.

Cet appel est fragile aussi. Il ne vit que dans nos rires, nos combats, notre élan. Il ne peut se concilier avec la haine, avec l’insulte, avec la violence qui enferment. La liberté et l’amour sont nécessaires l’un à l’autre, alors prenons garde, défions-nous, battons-nous contre les entrepreneurs du stigmate et les juges en identité qui s’autorisent à trier entre le bon grain et l’ivraie : au nom de quoi ? Au nom de leur médiocre et si étroit désir de puissance.

La foi ne se laisse pas enfermer, elle participe de la même essence que le rire qui éclate, elle est vie. Dieu ne se laisse pas capturer, nous sommes sûrs qu’il rit de nos rires, aime de notre amour, se nourrit de notre liberté et souffre de nos peines.

Fraternellement, nous disons cela en nous réclamant du Christianisme social.
Le 8 janvier 2015, le Mouvement du christianisme social.

  • #1 Le 8 janvier 2015 à 20:42, par Houziaux

    magnifique, merci !


  • #2 Le 8 janvier 2015 à 20:46, par Else

    C’est très beau. Merci.


  • #3 Le 8 janvier 2015 à 22:01, par BAILLERGEAU

    Il faut parler du terrible constat qui dit que nos amis très chers ne sont plus là et que c’est insoutenable, abominable et révulsant.

    Il faudrait aussi dire que le destin des criminels n’a pas été modifié par la République comme on aurait pu l’attendre. Prendre en main le destin d’un enfant abandonné est une responsabilité que nous ne voulons pas partagée.
    Peur du cout ?
    Peur de l’échec possible ?
    Peur du mélange des races et des cultures ?
    Peur de ne plus croire aux vertus de la République pour tous ?


  • #4 Le 12 janvier 2015 à 12:46, par Philippe B. Kabongo-Mbaya

    Quel beau texte ! Un chant vibrant aux syncopes envoûtantes.
    Nous venons de vivre, et vivons encore, des événements d’une portée exceptionnelle. Et la manif d’hier à Paris m’ouvre les yeux sur les interrogations nouvelles.
    Je reviens cependant à ce chant, que sincèrement je salue, tant il me fait du bien.

    Mais c’est un chant que je pourrais reprendre, prolonger, comme on le fait dans les mélopées africaines. Sans improvisation, mais juste là, sur une ligne musicale avec ses paroles, qui laissent cependant un espace, une possibilité, d’une phrase qui répond, sans être attendue. Le chant devient alors complet, dynamique, vivant.

    L’humour est humain. Il est même divin. C’est entendu. Ce n’est pas là le problème.

    L’humour, comme la liberté, est presque toujours destiné à quelqu’un d’autre y compris dans l’auto-dérision. Il est donc toujours contextuel. Il engage un code. Il est un langage et donc une communication. Qui dit communication dit aussi communion. L’humour ne fonde pas la communion ; c’est cette dernière qui en est la condition.

    La question est de savoir quel est au juste notre partenaire en humour ? Voici les fous. Ils ont depuis longtemps basculé dans une autre réalité. Celle qui tient ensemble la mort à donner, la mort que l’on se donne et celle à recevoir. Dans cette logique meurtrière et folle, c’est impossible pour eux d’être des protagonistes d’un humour qui soit extérieur, hétérogène, à la guerre. Notre propre auto-dérision même leur paraît comme un stock de minutions. Une culture meurtrière du désespoir absolu. Ne pas comprendre les choses également de cette façon, c’est refuser d’interpréter plus en profondeur la portée de ce qui est arrivé.

    Le rappel des nos valeurs fondamentales, le rappel de l’inconditionnelle liberté des peuples et des individus, est presque dérisoire, car nous tapons à côté. Ce rappel incantatoire à souhait peut-il exorciser les assises de nos peurs ? Non, ils ne sont pas "partenaires" de notre humour.

    Et si nous devons comprendre et faire les choses comme il faut, il faudrait relire un autre chant. Celui de l’apôtre Paul aux Philippiens (2, 5-11). C’est un rappel significatif face à l’impasse "culturel" que nous connaissons. Si le Dieu de la Bible, en Christ, ne s’est pas acharné à nous faire devenir des dieux, à nous incorporer dans sa condition, pour pouvoir nous aimer ; s’il a au contraire choisi le mouvement inverse : cela veut dire que la vraie liberté est dans la force encore impensable de notre propre kénose. C’est elle qui tirera le fou et l’assassin de son enfer, de sa barbarie. Car le problème n’a pas seulement la dimension politique et sécuritaire. Il est dans le renouvellement de l’intelligence



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