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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Pour une éthique de l’abstention

mardi 28 mars 2017

Comment réagir à l’atmosphère si lourde de la campagne présidentielle : dérive sécuritaire de l’Etat, racisme latent, nationalisme exacerbé... ?
Les auteurs de ce texte défendent l’abstention comme acte de résistance, façon de faire de la politique contre la politique telle qu’elle se fait.
Le débat est ouvert.

« L’atmosphère fasciste devient de plus en plus irrespirable ». On pourrait croire cette citation extraite d’un tract antifasciste quelconque. Et pourtant il n’en est rien. Ces quelques mots sont l’œuvre de la plume de Pierre Chaillet, lorsqu’il écrivait en mai 1937, depuis Rome, à Henri de Lubac (1). Ces deux théologiens catholiques, pas spécialement « progressistes », ne ménageaient pas leurs mots quand il s’agissait de critiquer l’obéissance à l’État. Surtout vis-à-vis de la dérive autoritaire et fasciste de ce dernier. Alors, si ces deux hommes ont pu rentrer en résistance, quitte à se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de leur hiérarchie, qu’est-ce qui nous retient aujourd’hui de dénoncer l’injustice sociale ? Pourquoi un tel silence dans les milieux chrétiens ? Et surtout, pourquoi une telle injonction à choisir son camp, en cette période électorale, et sagement déposer son petit bout de papier dans l’urne, comme si ce geste représentait un acte moral, courageux et indispensable ?

Il nous semble urgent de réagir et de proposer une alternative chrétienne aux débats politiques actuels on ne peut plus stériles en terme d’espérance de changements sociaux.

La dérive autoritaire de l’État.

Pour celles et ceux qui en douteraient encore, il est bon de rappeler une chose : nous vivons actuellement sous un régime en pleine dérive autoritaire et sécuritaire. Le cadre de l’anti-terrorisme (au niveau légal) et l’évolution des technologies (au niveau scientifique) donnent une multitude de possibilités à l’État pour contrôler, ficher, surveiller, enfermer, contraindre nos concitoyens. Et il ne faudrait pas croire que ces différentes facettes du fonctionnement de l’État représentent un mal nécessaire à l’organisation de toute société. Non, nous observons ici des choix stratégiques, où la répression et les techniques militaires sont choisies sciemment, au détriment d’autres possibilités bien plus émancipatrices. La preuve, nous n’avons jamais été filmés par autant de caméras. Cela symbolise bien l’air du temps. On pourrait également s’interroger longuement sur le contexte de l’utilisation de l’État d’urgence et ses finalités. Comme le rappelait le sociologue Mathieu Rigouste en janvier 2015, au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, il n’y a pas d’autre État, dans l’histoire, qui ait déployé la moitié de son armée sur le territoire national sans qu’il y ait un contexte de guerre (2).

Il nous semble clair que dans ce contexte, voter pour n’importe lequel des candidats ne changera rien au problème : tous vont utiliser l’arsenal juridique et scientifique pour légitimer leur pouvoir, voire le renforcer. Leurs prédécesseurs l’ont fait, pourquoi s’arrêteraient-ils soudainement ?

L’argument du vote anti-FN.

« Certes, mais voter c’est au moins faire barrage au FN et à l’extrême droite » nous rétorquera-ton. Il convient alors de rappeler une seconde chose : le problème, ce n’est pas que Marine Le Pen arrive au pouvoir, c’est qu’une partie de ses idées y sont déjà. En dehors de la dérive sécuritaire déjà évoquée, il suffit de suivre les débats publics qui existent en cette période électorale : l’identité nationale, l’accueil des migrants, la défense de la violence policière, les réformes libérales du travail... Comme le faisait judicieusement remarquer le groupe parisien du SCALP, lors de son auto-dissolution en 2013 : si le FN n’a pas forcément réussi à arriver au pouvoir, il a réussi à diffuser ses idées au sein de l’ensemble des partis (3).

L’élection, le spectacle, la soumission.

Par ailleurs, puisqu’on parle de l’actualité, il est important de tenter de prendre du recul pour observer la mascarade spectaculaire que représente cette élection présidentielle. Vous l’aurez remarqué : la plupart des courants politiques qui ont des candidats favoris selon les sondages d’opinions sont liés à des scandales financiers. Nul besoin de s’attarder sur l’aspect révoltant de ces derniers. Ce qui est surprenant, c’est que dans les milieux chrétiens, ça ne soit pas forcément quelque chose qui oriente vers l’abstention. Serait-ce par esprit d’obéissance ? Mais d’obéissance à qui au juste ? A tel ou tel candidat ? Et cela, au mépris d’une position éthique et responsable ?

Nous souhaitons donc aujourd’hui affirmer ceci : il est éthique de s’abstenir de voter. Le vote n’est pas une manière de « faire de la politique » mais un acte éphémère, qui demande très peu d’engagement. On peut tout à fait s’en passer. Il en va de la responsabilité individuelle de chacune et chacun de ne pas donner sa Voix à un homme ou une femme qui participe à un projet politique qui n’est pas en accord avec le respect et la défense de chaque vie humaine.

Le 23 avril et le 7 mai, abstenons-nous !

Quelques chrétiens abstentionnistes

  • #1 Le 1er avril à 15:37, par Douglas Nelson

    Je m’étonne de trouver cet article sur le site du christianisme social sans même que les auteurs prennent la peine de signer de leurs vrais noms.
    Bien sûr, on peut se débattre sur l’utilité ou non de mettre un bulletin dans l’urne, mais je trouve leur argumentation un peu courte, qui contribuent au discours "tous pourris".
    C’est vrai que notre démocratie fonctionne mal, mais je pense personnellement qu’il faut continuer à participer au processus électoral, même si cela ne suffit pas en lui-même...


  • #2 Le 1er avril à 15:38, par Douglas Nelson

    Je m’étonne de trouver cet article sur le site du christianisme social sans même que les auteurs prennent la peine de signer de leurs vrais noms.

    Bien sûr, on peut se débattre sur l’utilité ou non de mettre un bulletin dans l’urne, mais je trouve leur argumentation un peu courte, qui contribuent au discours "tous pourris".

    C’est vrai que notre démocratie fonctionne mal, mais je pense personnellement qu’il faut continuer à participer au processus électoral, même si cela ne suffit pas en lui-même...


  • #3 Le 1er avril à 21:33, par Robert OLIVIER

    Comme acte civique je préférerais le vote avec "bulletin blanc" comptabilisé comme "suffrage exprimé", ce qui n’est pas le cas aujourd’hui !

    Mais pour obtenir cette reconnaissance... on devra voter pour un des deux candidats qui la proposent : Benoit Hamon et Jean-Luc Mélanchon !


  • #4 Le 3 avril à 19:05, par JF Josserand

    Pour une éthique de l’irresponsabilité ?
    Etes-vous capables de signer de vos noms un tel papier ? Vous préconisez l’abstention alors que mécaniquement le vote FN est d’autant plus important que l’abstention est forte et que le FN est aux portes du pouvoir. Que Trump, Poutine et Erdogan n’attendent que ça pour affaiblir l’Europe. Le FN est aux portes du pouvoir à cause d’irresponsables qui lui ont donné les moyens de se développer – Mitterrand et la proportionnelle pour sauver son poste en 1986, je ne sais quelle majorité qui a trouvé intelligent de favoriser le discours démagogique en finançant les partis à hauteur de 1,30€ par votant, Sarkozy qui a joué le diviseur des français pendant 5 ans – ne jamais oublier que Cabu le caricaturait en diable, i.e. « celui qui divise « – et tous les champions de la doxa sociale-libérale qui met tant de nos concitoyens hors jeu de la mondialisation, non sans oublier de détruire la Terre notre maison commune. On est chez Ponce Pilate ou chez des chrétiens engagés dans la cité ? Il n’y a pas d’éthique à se défiler. Si comme moi vous êtes en colère contre les institutions délétères de la Vème République et contre trop de professionnels de la politique irresponsables, faisons ensemble des propositions concrètes, mais surtout allez voter et faites voter autour de vous. Je ne sais quelles seront les informations à ma disposition le 22 avril au soir, mais si rien ne change d’ici là, je vote pour le meilleur barrage à Marine Le Pen à savoir Emmanuel Macron le 23 avril et sans doute le 7 mai. Puis, je marque ma défiance à sa politique sociale-libérale en votant plus à gauche aux législatives. Plus nous serons nombreux à faire ces choix, mieux notre pays se sortira de cette période de dingues. Bien à vous. Jacques-Frédéric Josserand (jacques-f.josserand@orange.fr)


  • #5 Le 4 avril à 10:47, par Stéphane Lavignotte

    Il y a donc des hérésies et des hérétiques à brûler en protestantisme ? Le vote serait un culte public obligatoire auquel les chrétiens ne devraient pas se soustraire ? Je trouve sain que ce texte ouvre le débat sur une abstention qui n’est pas un dépit personnel mais une position politique. Je fais ce commentaire rapide, mais sans doute avec quelques autres nous contribuerons de manière plus complète à ce débat.


  • #6 Le 4 avril à 16:14, par Bertrand Marchand

    C’est la République qui est aujourd’hui en danger. Le vote ne suffit pas, et de loin, mais refuser de voter, c’est rejeter les outils de la République ; il me semble que c’est déjà dire oui à l’extrême-droite qui n’a que faire de la République.



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