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Le président Macron à la rencontre des protestants : échos

La franchise du Désert

jeudi 28 septembre 2017, par :

Dans son discours aux protestants lors de leur colloque des 22 et 23 septembre 2017 à la Mairie de Paris, Emmanuel Macron a appelé les participants à se montrer comme des veilleurs de la République et à ne pas "déserter le désert", autrement dit à savoir, selon un caractère supposé inscrit dans leurs gènes, repérer toutes les dérives antidémocratiques, protester et résister.
Que penser de cet appel à la franchise ?

Emmanuel Macron appelle les protestants à se montrer comme des veilleurs de la République et à ne pas "déserter le désert", autrement dit à savoir, selon un caractère supposé inscrit dans leurs gènes, repérer toutes les dérives antidémocratiques, protester et résister.
C’est, en somme, un appel du prince à la franchise de conseillers qui pourraient l’alerter devant toute tentation absolutiste ou contraire à l’éthique. Mais cet appel même n’était-il pas un aveu de plus – après la fameuse comparaison de son rôle avec celui d’un Jupiter – de sa conception monarchique du pouvoir ? La franchise, comme l’enseignait Foucault (traitant de la parrêsia antique), opposée à la flatterie, est une vertu moins de démocrate que de courtisan à qui le monarque autorise un tel discours. Et quand, pour ouvrir aux happy few un tel espace, restreint à son intimité, le Président n’a de cesse de flatter ceux qu’il invite à la franchise, peut-on même croire qu’un tel espace soit véritablement ouvert ?
Qu’on nous permette, pour le moins, de nous y risquer.
N’y a t-il pas là, en effet, et malgré les apparences d’une politique décidée, l’évidence d’une faiblesse intrinsèque ? Le Président a cru par exemple pouvoir justifier les restrictions à l’asile par les dangers de la montée de l’extrême droite : mais ce discours n’est-il pas précisément un boulevard ouvert à l’extrémisme, alors qu’un simple rappel des droits fondamentaux, de la bouche du Président, aurait suffit à lui barrer la route ? Au lieu des excuses affichées, considérons le paysage réel : on crée un "délit d’hospitalité", que cependant on aurait tellement honte d’invoquer que les tribunaux condamnent les prévenus d’un tel délit tantôt pour n’avoir pas mis de ceinture de sécurité à un enfant pris en charge, tantôt pour n’avoir pas offert aux migrants des conditions de séjour suffisamment dignes et confortables ! Pire, pour mieux en éviter le nom on va soudoyer la Libye et y prier les factions de stopper le flux des migrants alors même que les marchés d’esclaves (voire d’organes humains) y fleurissent, selon les témoins, à ciel ouvert ? On encourage des associations dûment accréditées à aider à préparer des dossiers individuels de demande d’autorisation de séjour qui, par une politique concertée en sous-main ou simplement mise en œuvre par le zèle des administrations, faute de guichet ouvert, ou simplement de numéro accessible, ne trouveront jamais, jamais leur destination ? Et la seule humanité qu’on accepte de mettre en œuvre, c’est, tout en criminalisation l’aide alimentaire, d’installer des sanitaires du côté de la non-jungle (la jungle interdite mais toujours renaissante) à Calais, comme pour prier les migrants d’évacuer au moins leurs déchets, à défaut d’avoir pu ou simplement osé les évacuer tout entiers, y compris les enfants "non accompagnés", "fermement" c’est-à-dire manu militari ? Quels terribles présages, à l’heure où, en Allemagne même, l’extrême droite relève si dangereusement la tête !
Comme sous la présidence précédente, on borne les avancées progressistes à la satisfaction de revendications sociétales, du mariage pour tous à la PMA pour toutes, qui n’émeuvent que des oppositions éthiques, et non des résistances politiques. Faudra-t-il attendre la franchise du bouffon ? À l’ONU il y a quelques jours, seul Robert Mugabé, le "dictateur" du Zimbabwé, et le plus âgé des dirigeants actuels en exercice, a su parler franc, par exemple, à ce Monsieur Trump qu’à Paris on semble courtiser au contraire. Il l’a comparé à Goliath et lui a prédit la même fin, ainsi qu’à tout autre qui se vanterait de détruire une nation entière. Notons que Robert Mugabé, qui vient de faire arrêter en son pays un opposant, le pasteur Evan Mawarire, a grandi dans une mission... jésuite.


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