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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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L’aide au Tiers-Monde, à qui profite-t-elle ? Aux pays du Nord qui l’accordent

samedi 18 décembre 2010, par :

Intervention d’Alain Houziaux lors du Sam’dix-treize de l’Auditoire du 20 novembre 2011.

L’aide au Tiers Monde constitue un paravent et un leurre qui cachent des vérités tout autres : a) Si les pays pauvres sont pauvres, c’est d’abord à cause du système économique que les pays riches leur imposent. ; b) Ce sont les pays pauvres qui enrichissent les pays riches en non l’inverse ; c) Les sommes investies par le Nord dans le Sud reviennent largement multipliées dans les pays du Nord ; d) L’écart entre les pays riches et les pays pauvres s’accroît : en 1900, le revenu moyen des pays riches était cinq à six fois supérieur à celui des pays pauvres ; aujourd’hui il est 80 fois supérieur environ.

Jusqu’à ce jour, les sommes qui ont transité du Sud vers le Nord ont été 7 fois supérieures à celles qui ont transité du Nord vers le Sud, et ce pour les raisons suivantes :

• Lorsque les pays du Nord aident les pays du Sud, ils obligent souvent ceux-ci à utiliser cette aide pour acheter des produits du pays donneur, même s’ils ne sont pas prioritaires pour eux.

• Le remboursement des dettes contractées par les pays du Tiers Monde auprès des institutions mondiales (FMI et Banque Mondiale), du secteur privé (banques, entreprises du Nord) et des Etats doit se faire en devises étrangères. Pour cela les pays du Tiers Monde utilisent une partie des revenus provenant de leurs exportations, et comme celles-ci sont en forte baisse, ils sont obligés de souscrire de nouveau emprunts à des taux élevés. Chaque année, les remboursements de la dette sont infiniment supérieurs aux montants des nouveaux prêts accordés.

• 70% de la richesse privée non foncière des habitants des pays sub sahariens sont envoyés dans les banques du Nord ou investis dans les pays du Nord.

• En raison de la corruption, le tiers des impôts prélevés par les Etats africains est détourné vers les banques européennes et les paradis fiscaux.

• Les sommes en banque dans les pays du Nord pour le compte des potentats africains ou autres représentent la moitié de la dette contractée par les pays pauvres auprès des pays riches.

• Lorsqu’ils exportent vers les pays riches, les pays pauvres doivent payer des taxes douanières aux pays riches. Pour chaque dollar fourni en aide ou en allègement de la dette, les pays pauvres en perdent 14 à cause de ces barrières commerciales.

La parabole de l’intendant malhonnête et les relations Nord Sud

Dans leur propre intérêt, les pays riches devraient cesser de s’enrichir sur le dos des pays pauvres. La parabole de l’intendant malhonnête (Luc 16, 1-8) explique pourquoi . Que dit cette parabole ? L’intendant d’une propriété n’arrive pas à faire rentrer les fermages dus à son patron et il risque de se faire renvoyer. Il imagine alors une stratégie pour le moins surprenante. Il diminue, de manière semble t’il tout à fait malhonnête, le montant des produits qu’il doit recouvrer auprès des métayers pour le compte de son patron. Et ô surprise, son patron le félicite . Essayons de comprendre pourquoi. Lorsqu’il recouvre un fermage, l’intendant recouvre en sus de ce qui est dû à son patron, une autre part de biens qui lui est destinée en rémunération de son travail. Ainsi en diminuant les produits qu’il a à recouvrer auprès des métayers, l’intendant renonce purement et simplement à percevoir sa propre commission. Et ce renoncement est triplement payant : les métayers sont contents (ils ont moins à verser), le patron est content (il touche enfin ses fermages) et l’intendant est content parce qu’il conserve son emploi. Quel enseignement peut-on tirer de cette parabole ? L’intendant renonce à la part de fermage qui lui revient, c’est-à-dire annule la dette des fermiers à son égard. Ce qui est original, c’est que cette remise de dette n’est pas faite pour sauver les débiteurs (les fermiers), mais bien plutôt les créanciers (l’intendant et le patron). De la même manière, les pays riches du Nord devraient renoncer à leurs créances auprès des pays pauvres du Sud, et ce d’abord pour se sauver eux-mêmes ! Ils pourraient ainsi éviter qu’une crise grave n’intervienne dans les pays pauvres, crise qui handicaperait leurs exportations vers ces pays et les importations qu’ils reçoivent d’eux. Les pays riches ont besoin des pays pauvres au moins autant que les pays pauvres ont besoin des pays riches. Et ils ont besoin que les pays pauvres deviennent moins pauvres pour pouvoir rester riches. De plus, il est souhaitable que les pauvres des pays du Sud, plus exposés au réchauffement climatique, ne forcent pas d’une manière ou d’une autre la porte des pays du Nord. Pour cela, il faut qu’ils puissent rester chez eux dans des conditions décentes. Les vertus évangéliques auraient –elles des vertus économiques et politiques ?

Les sources des informations figurant sur la première page de ce texte sont référencées dans mon ouvrage Christianisme et conviction politique, 30 questions impertinentes dans le chapitre « L’aide au Tiers Monde, à qui profite-t-elle ? »


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