Il faudrait, pour ainsi dire, parler d’amour, de compassion, d’oubli de soi,
d’abandon à l’autre, quand on parle politique. Mais également de réconfort. De
celui qui donne à tous un toit, une occupation à la hauteur des ambitions de
chacun. Ce n’est pas être trop exigeant que de vouloir que tous nous ayons
droit à notre part de dignité. Â notre part de bonheur. Ce bonheur si léger,
modeste et facile à comprendre. Cet amour possible, celui de Dieu, m’est
confirmé chaque fois qu’en lieu et place de la colère, j’installe en moi la
paix, la paix sereine, la paix de l’abandon. Et je perçois souvent les
possibilités qu’il y a d’imaginer un monde fait de cette paix, de cette
justice. De cette prière, que nous avons nécessairement reçue du ciel. Or, la
prière veut tout. Elle veut l’amour, non pas la haine. Elle veut la paix, non
pas la guerre. Elle veut l’apaisement, non pas la douleur. Elle veut la
compassion, non pas le jugement. La prière est amour, paix, douceur et
attention. Inaltérable mansuétude. La prière veut effectivement le bonheur
simple d’un amour léger, d’un amour sans détour. Oui, l’amour est immuable et
nul ne peut le nier. C’est ainsi qu’il construit notre avenir : finies les
haines fratricides, les guerres forcément meurtrières, les jugements sournois,
les médisances malsaines. Il n’est pas nécessaire de démontrer : qui
pourrait vraiment dire l’amour ? Et le pardon, l’oubli de soi, l’abandon à
l’autre ? Alors il faut être conscients que toutes ces choses, tous ces
mystères, ainsi que la politique, ne souffrent pas qu’on se moque d’elles. Car
elles engage le monde. Alors, oui, il faut sans détour parler de politique.
Puisqu’en l’occurrence l’amour n’est pas la guerre. Et que l’amour – n’en
déplaise à certains – n’est pas non plus la haine. Or nous disons que si la
haine fatigue et finit par achever, l’amour, lui, offre le repos d’éternité
comme avenir, présent, passé. Cet amour qui fait si couramment place à la vie.
Vie de bohème ou vie tranquille – qu’importe ? C’est la vie de toujours.
La vie qui rie, pleure, chante et se lamente. La vie des amertumes, la vie des
peurs. La vie des joies. Aussi. Mais chacun peut le constater : nous
sommes au pied d’une croix que nous appréhendons fort mal. Pourtant c’est le
mystère de cette croix qui nous sauvera de la douleur qui n’a pas de sens. Le
Christ ne s’est-il pas laissé sacrifié pour nous, une fois pour toutes ?
On peut donc annoncer la gloire à venir de l’Homme qui aime, désir, avec tout
contre lui l’amour de ses vingt ans – j’entends que nous fîmes tous un jour,
une heure, une seconde, l’expérience de l’amour, du pardon, de l’abandon à
l’autre. C’est un pari. Qui prend le risque de se mouvoir en certitude :
en rien je ne puis nier le fait que j’ai connu cet amour là. Cet amour là, et
pas un autre. Quoi qu’il en soit, il faut être rêveur pour véritablement penser
ou repenser nos institutions ! Or le peuple est rêveur. Car, bien que par
la force des choses il ait nécessairement les pieds sur terre, il ne faut pas
se résigner à voir ce peuple ne jamais lever la tête et se mettre à rêver de
jours meilleurs, d’amour de l’autre, d’espoir réalisables. Encore faut-il y
croire un peu. Rêver, peut-être.
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Article publiéDes membres de la Fraternité Spirituelle des Veilleurs se réclament du Christianisme Social.
mercredi 13 octobre 2010, par :
L’amour et le pardon, la compassion, l’oubli de soi, l’abandon à l’autre,
sont des postures éminemment politiques. Dieu nous invite à ces postures. Il
est, de ce fait, présent en tout ce qui peut faire de nous des Hommes libres.
C’est acquis. Et la pertinence des différents messages du Christ face à nos
désarrois contemporains pourrait désarçonner bien des consciences, bonnes ou
mauvaises, et faire ainsi que l’Homme reconnaisse tout autant la bonté qu’il a
reçue que celle qu’il donne.
