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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Refonder la parole politique : écho de la journée du 23 octobre 2021

La parole néolibérale détruit le « vivre ensemble »

par Marie-Noële Duchêne

mercredi 17 novembre 2021, par :

Cet exposé se propose de définir rapidement le néolibéralisme et surtout de traiter de ses conséquences désastreuses : augmentation des inégalités, recherche de rentabilité dans tous les domaines : santé, enseignement, justice, suppression des services publics, dévalorisation du travail, déshumanisation, refus de prendre en compte les problèmes écologiques. Tout ce qui détruit la cohésion sociale.
Pour finir sur un espoir : le néolibéralisme est peut-être en crise. Avec la Covid, de nombreux citoyens ont pris conscience qu’un autre monde est possible.

Le néolibéralisme
D’après Pierre Bourdieu, le néolibéralisme est la mise en pratique d’une utopie convertie en programme politique ; une utopie qui parvient à se penser comme la description scientifique du réel. Le discours néolibéral n’est pas un discours comme les autres. Son programme tire sa force sociale de la force politico-économique de ceux dont il exprime les intérêts (actionnaires, opérateurs financiers, industriels, etc)-Il tend donc à favoriser la coupure entre l’économie, au service des plus riches et les réalités sociales.
Le néolibéralisme propose de réduire la taille de l’État, de le confiner à un rôle de « veilleur de nuit » et de laisser le libre-marché faire le reste…
Le néolibéralisme réduit toute politique à l’économique, basée sur le capital et la finance ; la doctrine de la libre concurrence serait solution à tous les problèmes sociaux.
La fin des années 70 et le début des années 80, avec les gouvernements de Reagan et de Thatcher, implanteront les idées néolibérales et modifieront le paysage politico-économique.
Le nouveau paradigme est présenté comme le seul possible.
Propriétés néfastes de la parole néolibérale
Le néolibéralisme contemporain alimente tous les maillons d’une chaine d’irresponsabilités : il lie les mains des entreprises cotées face à des actionnaires eux-mêmes convaincus de ne porter aucune responsabilité́ éthique. Il sacralise le secteur bancaire à qui, depuis de nombreuses décennies, nous
avons confié́ un pouvoir considérable dont ce dernier n’a pourtant cessé d’user pour satisfaire ses propres intérêts aux dépens de l’intérêt général. Le Monde du 23 septembre dernier a publié un article montrant comment les acteurs financiers soutiennent l’expansion pétrolière et gazière et alimentent la crise climatique. La banque est en réalité le lieu central du creusement massif des inégalités et du conflit social. Aujourd’hui, le patron d’une grande banque française gagne mille fois le SMIC.
En bref on se retrouve confronté à la puissance du pouvoir financier. La société tombe dans la compétitivité et la rentabilité ; les services publics sont donc mis en cause, le travail est dévalorisé, la personne humaine est méprisée comme le sont les problèmes écologiques.
Une théorie caractéristique : le mythe du ruissellement
La théorie mythique du ruissellement est un exemple de ce qu’affirme le néolibéralisme.
La théorie du ruissellement se fonde sur l’hypothèse selon laquelle un gain de revenus des plus riches serait immédiatement et en grande partie réinvesti dans l’économie et donc profiterait à tous y compris les plus pauvres.
C’est un mythe, une construction imaginaire, puisque aucun économiste n’a jamais démontré la validité de l’effet de ruissellement. Pourtant cette idée si décriée est encore utilisée ; si Emmanuel Macron déclare « Je ne crois pas au ruissellement, mais je crois à la cordée » avec un premier de cordée qui entraine les autres, il ne fait que changer de vocabulaire mais pas de théorie. Le 14 octobre un article du Monde précisait : « Selon France stratégie, la suppression de l’impôt sur la fortune et la flat tax n’ont pas entrainé le ruissellement promis par Emmanuel Macron »
Pouvoir, mensonge, perte de confiance
La théorie du ruissellement fait apparaître le mensonge du discours politique actuel néolibéral. Il y a malheureusement bien d’autres détournements de la vérité sur les chiffres, comme ceux des engagements écologiques pris et non tenus (glyphosate, énergies fossiles)
Le mensonge est d’autant plus néfaste dans les pays qui se veulent démocratiques car il ruine la confiance que les citoyens portent à la classe dirigeante et, par ricochet, donne du crédit aux théories du complot et aux bobards les plus saugrenus. Nous en avons un exemple récent avec la vaccination anti Covid et les élucubrations qui ont circulées sur les réseaux sociaux.
La perte de confiance dans la parole politique s’est exprimée dans le taux d’abstentions aux dernières élections régionales et départementales : 65,7 % soit 2 français sur 3 ; un record !
Hannah Arendt écrivait : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. » Là est bien le danger.
Logique économique contre logique sociale
La logique économique s’oppose à la logique sociale.
Les entreprises doivent s’ajuster de manière de plus en plus rapide aux exigences des marchés ; cela sous peine, comme l’on dit, de « perdre la confiance des marchés », et, du même coup, le soutien des actionnaires ; ces actionnaires soucieux d’obtenir une rentabilité à court terme, sont de plus en plus capables d’imposer leur volonté, de fixer des normes, et d’orienter les politiques en matière d’embauche, d’emploi et de salaire.
Ainsi s’instaure dans l’emploi le règne absolu de la flexibilité, avec les recrutements sous contrats à durée déterminée, les intérimaires et les « plans sociaux » à répétition.
Rentabilité, compétitivité
Le néolibéralisme ne prône pas simplement l’indépendance du marché, mais l’extension et la dissémination des valeurs du marché à la politique sociale et à toutes les institutions. Toute action, toute décision politique obéit à des considérations de rentabilité.
Le management ne se revendique plus « participatif ». Il s’est adapté à l’objectif de maximisation de la rentabilité fixé par les actionnaires ; il mute et devient « management par objectifs  »
La crise sanitaire a été le révélateur des problèmes des hôpitaux. Le neurochirurgien Stéphane Velut déclare :
« J’entends dire, il faut « rentabiliser », mais je ne peux plus entendre ça, parce que je suis un être humain qui m’occupe d’autres êtres humains… Je prendrai toujours tout patient qui a besoin de nos soins. » Il continue : « La bascule vers la rentabilité s’est faite en plusieurs étapes : Il y a eu la création de la T2A (tarification à l’activité) en 2003, le plan Hôpital 2007, et puis en 2009 le don de tous les pouvoirs aux directeurs.
Le langage des administratifs s’adapte pour cacher les vérités qui dérangent : alors « réduire le nombre de lits », devient faire un « redimensionnement capacitaire » ; de même : « gardez les malades le moins longtemps possible, on n’en veut plus dans vos lits », devient « passez d’un hôpital de stock à un hôpital de flux » » C’est surréaliste !
Les domaines de l’enseignement, de la justice et de la santé ne peuvent pas être rentables ; c’est une aberration de le prétendre.
Suppression des services publics
Les services publics disparaissent petit à petit ; le néolibéralisme ne connaît pas la notion de service !
Les infrastructures, qui ne permettent aucune rentabilité directe, sont progressivement délaissées. L’usure du matériel comme l’absence d’investissements sur les infrastructures (rails à entretenir pour la SNCF) ou l’immobilier (bureaux de poste à rénover pour La Poste) engendre une dégradation des services : très progressive et à peine palpable, quand il s’agit de constater que les voitures de métro ne sont pas renouvelées fréquemment ou que les retards sont récurrents, mais brutale quand le matériel vieillissant non remplacé provoque des accidents comme la catastrophe en juillet 2013 à Brétigny-sur-Orge, avec le déraillement d’un train Corail qui a fait sept morts et trente blessés.
Cette situation favorise une ouverture à la concurrence, comme dans le cas des lignes ferroviaires. Elle va même parfois jusqu’à la privatisation du service comme c’est le cas des autoroutes qui ont fait l’objet de concessions au privé, qui ont réduit leur personnel et augmenté régulièrement les péages.
Le service public doit-il nécessairement être rentable ? Les préoccupations de gestion des coûts n’ont-elles pas changé de statut en passant de moyens à prendre en compte pour assurer des missions de service public, à une fin en soi ? En négligeant ce qui ne se mesure pas (lien social, présence et attractivité territoriale, qualité des services rendus…), le service public ne se vide-t-il pas de son sens premier et essentiel ?
Dévalorisation du travail – Flexibilité
Une conséquence du néolibéralisme a été l’instauration d’une économie basée sur le capital et la finance, et non plus sur le travail. Autrefois, la meilleure façon pour un individu comme pour une société de s’enrichir, c’était par le travail. Or, voici que celui-ci est de moins en moins valorisé, avec pour conséquence que les salaires diminuent et les emplois deviennent de plus en plus précaires, alors que l’enrichissement se fait par placements et transactions purement financières. C’est de cette façon que la richesse se concentre dans les mains d’une minorité, alors que la grande majorité est laissée à elle-même.
Écologie et néolibéralisme sont incompatibles
L’écologie, à l’instar du « social », ne s’accommode pas du libéralisme économique.
L’écologie engage le long terme et le collectif : deux dimensions que le marché et la recherche du profit à court terme sont bien en peine d’assumer.
L’écologie exige de relocaliser drastiquement certaines productions et de privilégier les circuits courts : cela passe par la domestication de la finance, le contrôle des mouvements de capitaux et la remise en cause du libre-échange. Elle suppose un vaste plan de soutien pour les transports collectifs, la rénovation énergétique des bâtiments ou bien encore la recherche en faveur des énergies renouvelable, car la réduction de la consommation énergétique - en tout premier lieu - et le développement des énergies renouvelables sont indispensables.
Les nombreux exemples d’échecs des tentatives des ministres de l’environnement successifs font apparaître au grand jour l’impossibilité de mener des réformes écologistes dans le système actuel. Or citoyens, experts, et scientifiques le clament : l’écologie est l’enjeu du XXIe siècle. Pas un enjeu parmi d’autre, l’écologie est centrale et incontournable pour qui aspire à une vie meilleure et harmonieuse entre les humains et les millions d’espèces avec lesquelles ils cohabitent sur cette planète. En février 2021 le tribunal administratif de Paris a reconnu la responsabilité de l’État français dans les manquements en matière de lutte contre le réchauffement climatique et non-respect des engagements ; ceci après la plainte de 4 ONG (Greenpeace, Oxfam, la Fondation Nicolas Huot, Association Notre affaire à tous) et une pétition qui comptabilise 2,3 millions de signatures. Le 14 octobre le tribunal est allé plus loin puisqu’il a condamné l’État à réparer le préjudice écologique qu’il a lui-même causé par le non-respect de ses engagements.
Le néo-libéralisme, qui depuis quarante ans a envahi nos esprits, nous paralyse en laissant croire que les banques sont au service de l’intérêt général. Nos banques possèdent des milliards d’actifs dans leurs comptes, dont la valeur s’effondrerait si nous prenions au sérieux l’urgence de renoncer aux énergies fossiles ; elles sont donc opposées à la transition écologique. Pourquoi s’étonner dès lors si, en portant des banquiers au pouvoir, nous ne parvenons pas à faire le moindre progrès en faveur de la décarbonation de nos économies ?
Le néolibéralisme est-il en crise ?
Mais tout n’est pas perdu !
La crise de la Covid-19 qui a brusquement frappé le pays a suscité un élan de solidarité inédit. Particuliers, entreprises, organismes de prévoyance chacun, en fonction de ses moyens et de ses missions, a pu apporter sa pierre à l’édifice pour soutenir ou aider ses proches, ses voisins. Une situation qui révèle combien la solidarité est une valeur profondément ancrée dans les esprits.
Le confinement est venu casser le traditionnel « métro, boulot, dodo » ; il y a eu une prise de conscience de la domination et de l’oppression d’un monde où tout va vite, trop vite, tout le temps.
On a pu aussi redécouvrir le besoin de nature ; quitter la ville pour la campagne, beaucoup en rêvent. Plus de la moitié des Français aspirent à aller « vivre ailleurs », et cette envie est très marquée chez ceux qui vivent dans un cadre très urbain : c’est 78% pour les habitants de l’agglomération parisienne.
Guillaume Fond, psychiatre aux hôpitaux universitaires de Marseille écrit : « Il ne faut pas considérer le confinement comme une contrainte mais comme une opportunité de réfléchir à nos modes de vie, à notre société… C’est également une opportunité pour développer son esprit, et pour cela il faut accepter de passer du temps tout seul et d’arrêter de bouger. »
Changer de voie
Il est possible de « Changer de voie » selon le titre du dernier livre d’Edgar Morin.
Changer de voie pour retrouver « le vivre ensemble » qui suppose l’épanouissement de chacun.
Avec une gouvernance de concertation
une démocratie participative
une politique de solidarité
la réduction des inégalités
une éco politique.

  • #1 Le 18 novembre à 08:58, par Vanhoutte Didier

    Totalement d’accord sur tout !


  • #2 Le 18 novembre à 13:45, par Philippe Vinsonneau

    le néolibéralisme est un cancer, dont en France macron est une de ses métastases.
    Ce que vous évoquez bien connu - redit et redit - pénalise particulièrement les plus humbles d’entre nous.
    Puisque nous sommes encore partiellement en démocratie,
    ceux là bénéficient encore d’un bulletin de vote.
    Aussi il me semble que si toutes les victimes de ce néolibéralisme se rendaient aux urnes au mois d’avril prochain, sans aucune abstention, et portaient au pouvoir le marxisme, elles n’auraient pas besoin de chouiner sur leurs sorts. Redistribution des milliards des parvenus du cac 40 afin de créer trois millions d’emplois donc... de consommateurs, toutes les entreprises en SCOP ce qui ne changerait rien puisque les financiers sont des improductifs nuisibles, sauf que le profit supprimé entrainerait une baisse des prix, relocalisations immédiates. Un programme en trois jours - ah oui les riches vont fuir vont vomir les cons - et bien qu’ils foutent le camp mais à poil - saisi de tous leurs biens. Vous voyez que du temps des bavardages le capitalisme s’en contrefout. Première démarche TOUS AUX URNES ! en fait ce que j’écris là ça s’appelle le christianisme social


  • #3 Le 29 novembre à 11:34, par CLAVIER Jacques

    Du libéralisme historique au néolibéralisme (page 1339) :

    1.Le Marché n’est pas un mode de coordination sociétal (page 1347)

    2.Le traitement de la monnaie et du Droit en tant que biens publics révèle l’inconsistance du concept de bien public de la vision postclassique (page 1348)

    3.le rejet de l’ordre domestique dans le domaine privé (page 1349)

    4.l’illusion du détachement spatial du marché économique et du marché politique (page 1350)

    5.une définition confuse de la richesse (page 1351)

    dans l’ouvrage de Monsieur Bernard Billaudot :

    « Société, économie et civilisation.
    Vers une seconde modernité écologique et solidaire ? »

    L’ouvrage est librement accessible à l’adresse suivante :
    https://books.openedition.org/emsha/422



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